Skip to main content

Full text of "Production et fixation des variétés dans les végétaux"

See other formats


3 
th 
s,? 


AUTH 
ne 
, fn " 


£S 


É FE 


FA) 


: 


ie nie 
SAS 
Lt 

“È 


es lite, 


3 


W, 


LT 
Ke L 
D ta 


*, ce 
ah 
tas 
Sr 


à; 


ne, 


w 
; 


AÉLSÉPSS 
LE 


6 


Non 


it 
Date 
tagtente de 


Sante lits 


OH, 
LS 
SUS 
RS 
ANS, 


ds 
HS 
Mes 


HNENS 
SAS ons 


ù 


N 

St 

té MINE 4 
ui 


4. va, 
au 


ue 


Me 


EM, 
SES 
vi 
de, 


eh 


SA 


Re 


ne 


wi: 


ELLES 
F4 /. Hi 4 
ES LR ÉÉIISÉST. 


OS 
EI 
Net 


SUR 


Me 

OS 
TS 
LUS 
IN 


DUC 
à 
tn the 


ar 
[ES 
[NII 


ns 
CARE 


jte 
“es 
Les D 
ME He 
SUN 
Mt 


HORS 
aan 
DE 
ue 


Re Lt 
RAS 


us 
RES, 
A Re 
dt 


CROSS 


ra 


Nitstste TS Fran 


CARE 
HN 
DR Pare 


A tan 


rw, 


os 


+, 


me wi, 
OR À ste 


Le 


M 

Te 
D Prog 
Non a 


Rs 
RASE 

Lee? + GA 
Les 


4, 
UE 
ses 
Hs 


ME RE TR AUS 
ne : 
es 
CEE 
Le Ke . 
PART TERS 


we 
trs 
sn, 


#: 
te 
MONS 
SEAT NeN 


HIDE 

k, HAE Ne 

LE 2. 4 

NES Et 

à HOUS on, 

OL EME 
êtes, 


à 


4 
Li 


ke 
LP 
n 


Cdt eh 
must 
is 
ls 


à; 


L 


EE À: CARRIÈRE | 


CHEF DES répinines AU MUSEUN D'HISTOIRE NATURELLE DE PARIS 


La stabilité tes dans un group ë qu 
végétaux, est, en général, en raison inverse du n es. 
pèces qu'il contient, ainsi que de leur is de domestication 


| : PARIS 
(CHEZ L'AUTEUR. 


RUE DE BUFFON, 53 


DES VARIÉTÉS 


DANS LES VÉGÉTAUX. 


subit sie daés td : fr DES 
DR mom mean vomi tén > #h 


*! 
4 
| 
à 


k 
: 
Le 
ï 
k 
| 4 
il 
(à 
4 
4 
La 
dé 
“ 
1 Bt 
| 


ps] 
E= 
2 
CA 
< 
N 
2 
E 
A 
= 
= 
= 
el 
= 
Es] 
«A 
& 
A 
Es] 
Le] 
< 
Fa 
LA 
E 
E 
/ 
© 
= 


PR ED AO OP VS 


ES 


PRODUCTION ET FIXATION 


+ - 


DANS LES VÉGÉTAUX 


PAR 


E. À. CARRIÈRE 


Chef des pépinières au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 


La stabilité des formes, dans un groupe quelconque de 


DES VARIÉTÉ 


r 


végétaux, est, en général, en raison inverse du nombre d’es- 
pèces qu’il contient, ainsi que de leur degré de domestication. 


PARIS 


CHEZ L'AUTEUR, RUE DE BUFFON, 99 


LIBRAIRIE AGRICOLE DE LA MAISON RUSTIQUE 
26, RUE JACOB, 26 


Se 


me | 
4 
|. 
; 
Î 
b 
0! | 
# 
D! 
1 | 
+ mi 
4 
ls 
El 
HN : 
E 
De |! 
| 
et | 
#2 | 
Em | 
| 4! 
mt ! 
hi 
Ë 
Ë 
& 


| 


ete 
no .. 
LC ; , 
e 
h . 
…. £ Lx Es 
Le . so. + 
, pv YA 
, x : 
QL $ , 555 E 
\ 2 À s - 
A ART - ) A 
st . L : A : # f 
À . = a à + ! Le “0, 
LS . ES AR Î £ 4 
! DADUE ss JE 6 4 
, PTS L 0 | et 
° oi W, + À , LA 
'e fl ROCATTSÈES { “ , É 2 
Li - L r 
! [ ' 55: hp à 17. 
: ., , 
: . 2 à : 
2 ù NW . ts 
VZ Ÿ LS . is 0, 
S - nn 
n k LR AA 
NY D”. LE 
É Z 5 
é KP 7. 
/ 5, à : LYS ete 
» NI rs 
. . . . . 
PL, < Dre 2: 
ou | 722 = 
. 54 N Top ÿ 
« ‘ VE ETS 
NA VAR , 
NS Ÿ 2 
ES el où, DAC # 
moe C 
} ÉD : 
\A D À 
f: 
N NS 
Fe N le À Li 
so. NE } 
: Ÿ D) \ k 
2 DL 
ci A ES N sers À 
N .. } 
\ N mel 
n = , 1 
2 Q (É 
er 4 ELLE Se : 
$ Ù LA À 
4 Z 
4 J/ 
N KA N\ © L id 
s à , U 
« . Fr + : 
25 NN \ .C Éy2 
Ÿ *. Fe CU 
AO 
Sa 


Er LE 


ër 
T 
Q 
À 
* 
< 
x 
> 
O 
Q 
te 
u 


HU \ 
2. FA É 
ss 


RWIN + 


is 


+ FRANCISCVS 


ETAT 


Cabidae University. Library: 
O: sermenent deposit from 
&: Soiany School 


ae nee RTE 


PRÉFACE. 


La Société impériale et centrale d’Horticulture du département de la Seine, 
persuadée, d’une part, que la culture des plantes ornementales, quant à ce qui 
concerne les variétés qu’on emploie, manque de guide, que, sous ce rapport, tout, 
pour ainsi dire, est livré au hasard, ct, d'une autre part, voulant remédier à cet 
élat de choses, décida qu'un concours serait ouvert dans ce but, et que les can- 
didats qui y prendraient part, devraient, sur son indication, traiter divers suj ets 
qui se rattachent à cette question, et poser certaines règles propres à fixer les 
principes et à faire reposer les procédés dont ils découlent sur des bases solides, à 
la fois pratiques et théoriques. 

Ayant pris part à ce concours, la brochure que nous publions aujourd'hui est 
en partie la reproduction du Mémoire que nous avons adressé au secrétariat de la 
Société au commencement de l'automne 4862. Nous disons qu'il est en partie le 
même ; on verra plus loin pourquoi. 

Le programme dressé par la Société impériale el centrale d'Horticulture, en 
même temps qu'il indiquait les divers sujets que les candidats devaient traiter, 
disait que le mémoire couronné serait, seul, reproduit dans les Annales de la So- 
ciété; notre Mémoire n’ayant obtenu qu'un deuxième prix, il ne devait point 
paraître. Néanmoins, à cause de certains faits nouveaux, inédits ou peu connus, 
qu’il contient, nous avons cru qu'il pouvait rendre quelques services; c'est là ce 
qui nous a engagé à le publier. 

La commission chargée d’examiner notre travail a trouvé que, bien que rem- 
fermant des faits intéressants, la division en était confuse, et que la rédaction 
n'en était pas toujours irréprochable, surtout au point de vue de l'ordre et de la 
netteté. D'une autre part, celte commission, par l'organe de son rapporteur, 
nous fait le reproche : « de ne point conclure et de ne pas nous résumer. » 

Ce reproche, selon nous, porte à faux, car pour conclure et nous résumer, 1l 
aurait fallu nous répéter, et alors, tout en augmentant la confusion et le manque 
d'ordre, la répétition n’aurait pu rétablir la netteté, qui, d’après le rapport, man- 
quait à notre Mémoire. 


NT TR Re à Re eme tente mme me EU UU 7 
ee Se DRE UE LEE = Re Le PES Le AE bee 


PRÉFACE. 

Nous ne comprenons pas non plus cet autre reproche que la commission fait 
à notre opuscule: d’être composé « de notes recueillies dans les Jardins et dans les 
livres pendant plusieurs années … (1) » Sans contester ces faits, qui sufliraient 
presque à faire notre éloge, nous trouvons néanmoins étrange l'observation, pres- 
que le reproche qu’on nous adresse; car, puisqu'il s'agissait de choses-relatives ax 
jardinage, où fallait-il aller chercher des exemples si ce n’est dans les jardins ? 
Mais nous rejetons comme faux le reproche « d’avoir recueilli des notes dans les 
livres », bien que, d’après l’esprit du programme, nous en eussions le droit. Nous 
sommes d'autant plus surpris de ce reproche que le mémoire couronné est com- 
posé en partie de citations puisées dans différents ouvrages, dont l'auteur s’est 
servi pour tirer des conséquences et appuyer son dire. 

Devons-nous ajouter que sur la médaille qu'on nous à décernée pour notre Mé- 
moire On à fait graver le mot Hybridation, chose dont il n’était pas question .dans 
le programme ct dont le apport n'a pas parlé? Ce fait pourra paraitre quelque 
peu singulier; car, si la commission a trouvé que la partie du Mémoire qui 
traite de l’hyÿbridation a une certaine valeur (ce que semble indiquer la légende 
qui se trouve sur la médaille), comment se fait-il que le rapport n’en parle 
pas? 

Quoi qu'il en soit, nous admettons comme vrais et mérités les reproches 
que la commission nous a adressés, et nous ajoutons que, selon nous, per- 
sonne n'en sera surpris lorsqu'on saura que ce travail est entièrement de 
notre rédaction, et que personne autre que nous n’y a mis la main. D'une 
auire part aussi, nous devons dire que nous avons mieux aimé être long et 
nous répéter, sauf à être lourd, que de rester incompris faute de détails 
suffisants. 

Toutefois, nous aimons à croire que la commission a bien jugé, et surtout 
qu'elle à agi avec impartialité. Du reste, nous n'avons rien à voir à sa déci- 
sion, ct la brochure que nous publions aujourd’hui, et qui n’est pas une pro- 
testation confre cette décision, ne doit pas non plus être mise en concurrence 
avec le Mémoire que là commission a couronné. | 

En livrant cette brochure au public, nous le répétons, nous n’avons d'autre 
but que de faire connaître certains faits ignorés ou peu connus, qui nous ont 
paru dignes d'intérêt, tant au point de vue pratique qu’au point de vue scien- 
tüfique. 

En recopiant notre manuscrit, qui est déposé à la bibliothèque de la Société 
impériale et centrale d'Horticulture, nous avons remarqué certaines répétitions 
tellement saillantes et rapprochées l’une de l’autre qu’on n'aurait même pas dû en 
tenir compt>; nous ne les avons pas reproduites. Du reste, ces répétitions n’alté- 
raient ni ne changeaient en rien le sens des idées; peut-être les rendaient-elles un 
peu moins claires, c’est tout. 


1 « Pour exprimer toute notre pensée à cet égard, nous dirons que c’est peut-être moins un mémoire 
qu'une réunion par chapitres, enchaînés pius où moins logiquement, de notes recueillies dans les jardins 
et dans les livres pendant plusieurs années d’une existence consacrée à la pratique intelligente et raisonnée 
de lhorticulture..… » Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture de la Seine, 1864, 
page 228, 


en 


PRÉFACE. en. 

Quelques passages, se rapportant à des faits que nous n’avions pu suffisam- 
ment étudier, mais que néanmoins nous avions Cru devoir rapporter à cause de 
l'intérêt qu’ils semblaient présenter, ont été supprimés comme ne nous paraissant 
par offrir de garanties suffisantes; mais par contre, comme depuis que notre 
Mémoire a été déposé jusqu'au jour où il a été examiné, il s’est passé presque 
deux ans, nous avons pu faire de nouvelles observations que nous avons cru de- 
voir ajouter, ainsi que des notes, lorsque cela nous a paru nécessaire. 

D'une autre part encore, profitant de la critique faite par le rapporteur de la 
commission d’éxamen qui dit : Que delongues notes ajoutées dans le texte viennent 
encore contribuer à le rendre plus confus, nous avons rejeté ces notes à la fin 
de l'ouvrage, où on les trouvera sous un numéro d'ordre correspondant à un 
numéro semblable placé dans le texte. Enfin, pour mieux fixer les idées et faire res- 
sorür certains faits de végétation qui, d’après nous, ont une grande importance, 
nous avons jugé nécessaire de les accompagner de dessins, de manière à appuyer 
notre dire et à donner au travail que nous publions, un double intérêt : de le ren- 
dre à la fois utile à la science et à la pratique; en d’autres termes, de le faire par- 
ler aux veux en même temps qu’à l'esprit. 


_ Mai 1865. 


| 
| 
| 
} 
è 
À 
À 
$ 
Î 


rar ere 


PORT EE ECTS 


notera rer "0 


PRODUCTION ET FIXATION 


DES VARIÉTÉS 


DANS LES VÉGÉTAUX 


En 1869, la Société impériale et cen- 
Wale d'Horticulture de la Seine a proposé 
€t mis au concours la question sui- 
vante : Sa 

« Exposer, en se basant soit sur des 
< expériences nouvelles, soit sur des faits 
« connus, mais bien établis, les circon- 
€ stances qui déterminent la production 
«et la fixation des variétés dans les 
€ plantes d'ornement. » 

Cette question est três-complexe ; pour 
la bien comprendre et la traiter conve- 
nablement, il faut d’abord la simplifier, 
4 décomposer, pourrait-on dire, afin de 
dégager les uns des autres tous les faits 
Qui, bien qu’ils sy rattachent trés-étroi- 
lement, n’en sont cependant que des 
Corollaires qui peuvent être traités à 
Part. 

En effet, il est facile de reconnaître 
u'on peut décomposer la question 
Comme il suit : 

1° Comment se forment les variétés? 

° Peut-on en provoquer l'apparition? 

39 Peut-on, lorsqu'elles sontproduites, 


€ conserver, et alors comment? 


ais comme dans la nature rien n’est 
isolé, qu’au contraire tout s’enchaîne, et 
Cela d'autant plus étroitement que la 


Partie qu’on étudie est plus circonscrite, 
Al s’ensuit que la question proposée tou- 


La stabilité des formes, dans un groupe quelconque de 
Végélaux, est en raison inverse du nombre d'espèces qu’il 
contient, É 


che à beaucoup d’autres, auxquelles 
même elle est intimement liée. Aussi 
les divisions que nous venons d’établir 
sont-elles elles-mêmes tellement com- 
plexes qu’on reconnait tout de suite que, 
comme conséquences, elles nécessitent 
de nouveaux développements qui em- 
brassent plusieurs ordres de faits. Malgré 
cela encore, en suivant cette voie, et 
quelles que soient les divisions et sous- 
divisions qu’on puisse établir, on con- 
State que, en définitive, il n’y a là que 
des effets divers d’une même cause. 
Cette cause, c’est ce que, dans les scien- 
ces naturelles, on est convenu d’appeler 
une espèce; c’est donc par celle-ci qu’il 
faut commencer. : 

Or, qu'est-ce que l'espèce? 

Dans son acception la plus rigou- 
reuse, le mot espèce signifie type, c’est- 
à-dire principe fondamental, origine; 
d’où il résulte que, commeilne nous sera 
jamais donné de connaître l’origine des 
choses d’une manière absolue, l'espèce, 
quelle qu’elle soit, ne peut être que re- 
lative, et plus ou moins conventionnelle. 
Mais comme en tout il faut partir d’un 
principe, et que, à défaut de base ab- 
solue, on est forcé, lorsqu'on traite un 
sujet, de partir d’un point connu, qui 


devient alors l’origine (relative, bien en- 


D ER 


EE 


6 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


tendu) du sujet qu’on traite, on a dù 
aussi, afin de s'entendre sur la valeur 
du mot espèce, fixer des bases à ce 
terme, en donner une formule qui, en 
matérialisant, pour ainsi dire, l’idée, la 
rendit compréhensible tout en facilitant 
son application. 

Les diverses définitions qu’on a don- 
nées de l'espèce, et qui, on peut le dire, 
varient suivant leur auteur, suffiraient 
déjà pour prouver que, comme nous 
avons dit, l'espèce est quelque chose 
d'indéfini, uné sorte de concept relatif. 
Voici notre définition : 

On nomme ESPÈCE un type complexe, 
représenté par un ensemble de carac- 
tères pouvant s'appliquer à un nombre 
plus ou moins grand d'individus qu'ils 
relient, en revêtant chacun d'eux d’un 
cachet spécial qui lui donne un œr 
de parenté, et qui permet alors de le 
rapprocher de certains autres avec les- 
quels il constitue un groupe particulier 
qu'on nomme GENRE. 

Les caractères auxquels nous venons 
de faire allusion, qui s’appliquent à l’es- 
pèce, et que pour cette raison on nomme 
caractères spécifiques, sont permanents 
et transmissibles par voie de génération; 
ils peuvent se perpétuer tant que des 
influences d’un ordre supérieurne vien- 
nent pas ou les modifier plus ou moins 
profondément, ou même les faire dis- 
paraître, et par conséquent anéantir 
l'espèce. 

Mais, d'autre part, ce que nous venons 
de dire de l’espèce,nous pouvons le dire 
de presque tous les individus qu'elle 
comprend; car, bien que ceux-ci pré- 
sentent un certain nombre de caractères 
qui les relient au type commun et les 
spécialisent, ils en présentent néanmoins 
d’autres qui leur sont propres et qui les 
individualisent. Ce sont ces derniers 
qui constituent les variétés ‘, les sous- 
variétés, les races, les sous-races, etc. 

D'autre part encore, ces caractères de 
second ordre pouvant aussi, dans beau- 
coup de cas, devenir permanents et trans- 
missibles, il s'ensuit que certaines va- 
riétés peuvent se fixer, devenir à leur 
tour le point de départ de nouvelles sé. 


D'une manière générale, on nomme varlété tout 
individu qui, par quelque caractère que ce soit, se 
distingue d’un ou de plusieurs autres avec lesquels 
onle compare et qu’on considère comme apparte- 
nant à un même type spécifique. 


ries, et donner naissance à des individus 
qui leur ressemblent, et qui forment 
alors des groupes particuliers qui gra- 
vitent autour des premiers auxquels ils 
se relient. C’est ce qu'on nomme des 
races. 

Les termes variétés, races, sous-races, 
etc.,sont donc eux-mêmes complexes; ils 
peuvent aussi, par suite de leur exten- 
sion, former des sortes de cadres ou de 
sous-genres dans lesquels viendront éga- 
lement se ranger un nombre plus ou 
moins grand d'individus, de sorte qu’on 
peut encore, pour matérialiser cette idée 
afin de la rendre plus saisissable, com- 
parer l'espèce, la variété, la race, la sous- 
race, etc., à des sortes de boîtes qui en 
contiendraient d’autres à peu près sem- 
blables quant à la forme générale, et qui 
n'en différeraient que par les dimen- 
sions. 

Pour résumer ce qui précède et pour 
en faciliter la compréhension, nous al- 
lons tâcher d’en faire l'application, de 
l’'appuyer de quelques exemples pris 
parmi des plantes bien connues, telles que 
Pelargonium, Reine-Murguerite, Delphi- 
nium, Giroflée, Pivoine, ete. Ainsi, dans 
le genre Pelargonium, nous citerons 
comme espèce, les P. granchflorum, 20- 
nale,peltatum, etc. Ge dernier, n'ayant 
jamais guère été multiplié que par bou- 
tures, a produit, par dimorphisme (note 1) 
une variété à feuilles panachées. 

Le Pelargonium grandiflorum, en rai- 
son des nombreux semis qu’on a faits de 
ses graines, a produit une quantité con- 
sidérable de variétés, dont certaines se 
sont fixées et ont constitué des sortes de 
sous-types qui, à leur tour, comprennent 
un plus ou moins grand nombre d’indivi- 
dus qui sont autant de variétés. Ainsi par 
la culture, à l’aide de soins particuliers, 
on a obtenu, comme sous-races, des Pé- 
largoniums à GRANDES FLEURS proprement 
dits, les P.dits FANTAISIE, puis les P. dits à 
cing macules où ÜDIERS, qui compren- 
nent chacune un nombre illimité d’indi- 
vidus. 

Le Pelargonium zonale, qui est éga- 
lement devenu tête de série, a aussi 
produit un nombre considérable de va- 
riétés, qui, tout en conservant les carac- 
tères principaux du type, en ont revêtu 
qui leur sont propres et qui les groupent 
autour de lui. 

Le genre Reine-Marguerite (Galliste- 


è 
ë 


DANS LES VÉGÉTAUX. + 7 


phus) ne renferme qu’une seule espèce, 
qui, par les nombreux semis qu’on a faits 
de ses graines, a produit les variétés dites 
Pyramidales, pivoines, à tuyaux, naines, 
grandes, etc., qui se sont fixées et ont 
constitué des races dans lesquelles on 
trouve des sous-races qui renferment un 
certain nombre de plantes distinctes, soit 
par les formes, soit par les couleurs, et 
qui, à leur tour aussi, tendent à former 
de nouveaux groupes. 

Il en est à peu près de même du'genre 
Balsamine, vrai, qui ne renferme non 
plus qu’une seule espèce, la Balsamina 
hortensis. Gette espèce a également 
donné naissance à des variétés qui se 
sont fixées et ont formé des races diffé- 
rant les unes des autres, soit par la 
hauteur des plantes, soit par leur port 
Ou facies, soit par les couleurs des 
fleurs, etc., desquelles aussi sont sorties 
des sous-races qui se distinguent égale- 
ment par des caractères particuliers, et 


Qui se reproduisent presque identique- 


ment par graines. 

Le genre Camellia ne renferme guêre 
qu’une espèce, le C. Japonica. Les va- 
riétés qu'il a produites sont innombra- 
bles, mais aucune d’elles n’a encore 
formé de races; les différences qu’elles 
présentent sont toutes individuelles; 
elles portent soit sur la forme, soit sur 
la couleur des fleurs, soit sur ces deux 
choses, soit enfin sur la forme et sur les 
dimensions des feuilles. Ces différences 
ne se transmettent pas par semis. 

Le genre Delphinium comprend un 
assez grand nombre d’espèces, la plu- 
part vivaces; quelques-unes sont an- 
nuelles, Parmi les premières, il en est 
une, le D). elatum, qui, dans les cultures 
et d’après les nombreux semis qu’on a 
faits de ses graines, s’est tellement mo- 
difiée qu'aujourd'hui il est à peu près 
impossible de reconnaître le type. 

Une espèce annuelle de ce même 
genre, le Delphinium Ajacis, tout en 
nous fournissant l'exemple d’une exces- 
sive plasticité, nous donne aussi celui de 
la formation de races et de sous-races 
qui, toutes, se reproduisent à peu près 
identiquement par leurs graines. Ajou- 
tons que, toutes, indépendamment du 
port des plantes, de leurs dimensions, 
ainsi que des coloris si divers et si con- 
stantsque présentent leurs fleurs, celles- 
el sont tellement modifiées que, dans 


certains cas, c’est à peine si on en ren» 
contre à fleurs simples. 

Il en est à peu près du Pied d’alouette 
des champs, (Delphinium Consolida), 
comme du 1). Ajacis. Dès son introduc- 
tion, pour ainsi dire, dans nos cultures, 
il a donné naissance à de nombreuses 
variétés, qui bientôt se sont fixées et 
ont constitué des races très-différentes 
par leurs fleurs, et dont les caractères 
se reproduisent parfaitement à l’aide de 
graines. Toutes ces variétés sont à fleurs 
doubles (dans le sens horticole). 

La Giroflée commune (Cheiranthus 
Cheiri), qui croît si fréquemment sur 
nos murs, à produit aussi un grand 
nombre de variétés qui se distinguent 
par la couleur et par la grandeur des 
fleurs, et quelques autres aussi dont les 
fleurs. très-pleines sont également de 
couleurs diverses. 

Le genre Mathiola, qui comprend les 
plantes connues sous les dénominations 
horticoles de Quarantaine, de Giroflée 
quarantaine, de Cocardeau,etc.,ne ren- 
ferme que deux espèces, qui ont pro- 
duit un très-grand nombre de variétés; 
celles-ci une fois fixées ont constitué des 
races qui, à leur tour,ont formé des sous- 
races, parmi lesquelles on trouve égale- 
ment des sous-variétés de toutes dimen- 
sions, d’aspect, de port et de coloris très- 
divers, qui se reproduisent à peu près 
identiquement par graines, et qui par 
conséquent équivalent à des sous-races. 

Le genre Pivoine renferme quatre es- 
pèces ou types; ce sont : le Pæonia pa- 
paveracea (d’où sont sorties toutes les 
Pivoines en arbre ou Moutan), le Pæo- 
nia officinalis, le P. Sinensis et le P. te- 
nuifolia. Les trois premières espèces 


ont produit un nombre considérable de 


variétés à fleurs pleines, semi-pleines, 
doubles, simples, etc., de formes et de 
couleurs très-variées. 

Tout ce qui vient d’être dit des végé- 
taux herbacés peut également s’appli- 
quer aux végétaux ligneux; en voiciquel- 
ques exemples pris parmi des plantes 
communes et bien connues. Afin d’abré- 
ger, nous ne ferons que citer les noms. 

Le Lilas commun à produit des varié- 
tés à fleurs blanches, rouges, violacées, 
semi-pleines, etc. À gas 

Une espèce du genre Cytise, le Cytisus 
Laburnum, a produit les variélès quer- 


| cifolium, bullatum, monsirosum, etc. 


tte 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Dans les genres Rosier, Azalée,Rhodo- 
dendron, etc., les variétes sont innom- 
brables. 

Parmi les essences forestières, le Ro- 
binier commun, l’Orme, le Frêne, les 
Chênes, les Saules, les Pins, ete., nous 
présentent également une quantité con- 
Sidérable de variétés. Mais c’est princi- 
palement chez certains de nos arbres 
fruitiers, tels que: Poiriers, Pommiers, 
Vignes, etc., que les variétés sont nom- 
breuses; elles sont incalculables. 

Après ces explications, qui, bien que 
resireintes, peuvent Cependant donner 
une idée de ce qu’on doit entendre par 
espèces, variétés, races, elc., nous devons 
encore, afin d’être compris lorsque plus 
tard nous entrerons dans les détails 
d'application, faire ressortir certaines 
particularités très-importantes. 

Constatons d’abord ceci : que, puisque 
ce sont les mêmes sucs séveux qui, en 
se modifiant diversement sous les lois 
de la vie, constituent les herbes, les bois, 
les feuilles, les fleurs, les fruits, etc al 
suffira que les modifications s’opèrent 
d'une manière différente, ou avec plus 
ou moins d'intensité dans tel ou tel Cas, 
pour donner naissance à des produits 
de nature et d'aspect trés-variés. D'autre 
part, il ne faut pas oublier que la nature 
des plantes, quoiqu’en apparence sim- 
ple, est extrêmement complexe, à tel 
point qu’on peut dire d’un végétal qu’il 
n'est pas un, mais bien une infinité de 
végétaux. En effet, chacune de ses par- 
ties, lorsqu’elle est détachée et placée 
dans des conditions appropriées à sa na- 
ture, peut produire une plante sembla- 
ble à celle dont elle a été détachée ; d’où 
il résulte que, puisque chacune de ces 
parties a une existence particulière, 
qu’elle peut vivre de son propre fonds, 
et que, tout en possédant les propriétés 
générales de la plante dont elle sort, elle 
en à aussi qui lui sont particulières, qui 
Peuvent se stabiliser et quelquefois même 
se transmettre, un végétal pourra pré- 
senter sur l’une ou sur l’autre de ses 
parties certains caractères exceplionnels, 
et qu’alors, si l’on détache, qu’on greffe 
où qu'on bouture ces parties elles pour- 
ront consituer des plantes nouvelles, 
parfois très-différentes ou même complé- 
tement différentes de celles dont elies 
proviennent. Ce sont ces sortes de faits, 
auxquels, en horticulture, on a donné le 


nom d'accidents, que nous nommons Soit 
dichroïisme, soit dimorphisme (note 1). 

Nous devons encore, afin de distinguer 
l’une de l’autre les diverses phases de la 
végétation, après avoir indiqué et donné 
quelques exemples de ce qu'on doit en- 
tendre par variétés, dire aussi en quel- 
ques mots ce qu’on doit entendre par 
varialion. 

On nomme variations des phéno- 
mênes qui se montrent parfois sur cer- 
taines plantes, mais qui sont tellement 
fugaces qu’il est impossible de les stabi- 
liser; tels sont, par exemple, ceux qui se 
montrentsur les Tulipes, chez lesquelles, 
dans les plantes très-modifiées par la 
culture, les couleurs paraissent être 
constamment en voie de modification 
(note 9). 

On trouve des faits sinon semblables, 
du moins analogues, sur certaines varié- 
tés de Dahlias panachés, chez lesquels 
il n’est pas rare de rencontrer, çà et là, 
sur une même plante, des capitules ou 
inflorescences unicolores, mélangés à 
d’autres qui sont plus ou moins et diver- 
sement panachés. Tous ces faits sont 
des variations, non des variétés; celles- 
ci peuvent se stabiliser et constituer des 
individualités permanentes ; celles-là, 
non. Ge sont des phénomènes qui ap- 
paraissent sans qu’on en connaisse la 
cause, ni qu’on puisse en fixer les effets. 

Nous croyons aussi devoir indiquer 
ce qu'il faut entendre par le terme fixé, 
si souvent employé en horticulture, On 
ne doit se servir de ce mot qu’en par- 
lant de végétaux issus de graines, qui, 
ayant revêtu des caractères particuliers, 
les reproduisent lorsqu'on les multiplie 
à l’aide de graines; on doit donc, sous 
ce rapport, comme valeur organique, le 
distinguer du mot dimorphisme, qui, au 
point de vue pratique, sert à caractériser 
ces accidents ou ces faits exceptionnels 
qui, tout à coup et sans cause apparente, 
se montrent Sur un végétal quelconque, 
et qu'en suite on perpétue à l’aide soit 


du bouturage, soit du greffage. Ainsi, 


pour en citer un exemple, supposons 
que, Sur une plante dont les feuilles 
Sont vertes, 1l se soit développé une bran- 
che dont les feuilles soient panachées ; si 
on prend cette branche et qu’on la bou- 
ture ou qu’on la greffe, cet accident 
pourra se maintenir; mais si la plante 
résultant de cet accident produit des 


DANS LES VÉGÉTAUX. 9 


graines et qu'on les sème, on verra pres- 
quetoujoursdisparaitre ce caractère, qui, 
comme son nom l'indique, n’était qu'ac- 
cidentel. 11 n’y avait donc là rien de fité, 
il y avait tout simplement un fait excep- 
tionnel, stabilisé et rendu permanent 
par un mode particulier de multiplica- 
tion. 

Faisons encore, relativement au mot 
firé, l'observation suivante : qu'une va- 
riété ou une race quelconque pourra 
être fixée quant à ses caractères géne- 
raux, sans pour cela l'être quant a ses ca- 
ractères particuliers, c’est-à-dire quant à 
certains détails quitiennent à sa descen- 
dance. Par exemple, cette variété pourra 
produire constamment des plantes d’une 
même forme, ayant un même facies, mais 
qui, néanmoins, différeront par des ca- 
ractères particuliers, soit par la couleur, 
soit par les dimensions des fleurs, etc. 
Dans ce cas, c’est le port ou aspect qui 
est fixé et qui constitue la race; mais les 
couleurs ou les dimensions des fleurs 
wont rien d’absolu; elles sont propres 
aux individus qu'elles caractérisent. 
D’autres fois, au contraire, c’est la cou- 
leur qui faitle fonds ou le caractère essen- 
tiel de la variété; l’aspect, la forme, etc., 
caractérisent les individus. 

Faisons aussi remarquer que les di- 
verses combinaisons faites pour perpé- 
tuer les variétés, ou pour en obtenir de 
nouvelles, reposent sur cette loi générale 
que, dans la nature, tout tend à se re- 
produire et même à s'étendre, que 
par conséquent les modifications peu- 
ventnon-seulement devenir héréditaires, 
mais qu’elles peuvent encore servir de 
moyen pour arriver à d’autres modifica- 
tions, à étendre et à multiplier de plus 
en plus les séries typiques. 

Aprés cette sorte de préambule, qui 

peut-être pourra paraître un peu en de- 
hors du sujet, mais qui cependant nous 
a paru nécessaire afin de bien détermi- 
ner la valeur des termes, de manière 
à donner une idée nette et bien arrêtée 
du sens que nous y aftachons, nous al- 
lons aborder la question au point de vue 
pratique, c’est-à-dire tirer les consé- 
quences des divers faits que nous avons 
tâché de faire ressortir. 

.Constatons d’abord que, d’une ma- 
hière générale, nous pouvons partager 
les variétés en deux grands groupes: l’un 
qui comprendra celles à la production 


desquelles nous prenons une part plus 
ou moins grande; l’autre, au contraire, 
qui comprendra les variétés pour les- 
quelles nous ne pouvons rien ou à peu 
près, quant à leur apparition, qui sont 
le produit de faits auxquels nous sommes 
tout à fait étrangers, et que par consé- 
quent nous devons saisir lorsqu'ils se 
présentent afin d'en tirerle meilleur parti 
possible. Le premier groupe se rattache 
exclusivement aux semis; le deuxième a 
rapport aux accidents. 

Dans la pratique, les semis peuvent 
aussi se diviser en deux groupes princi- 
paux : l’un dans lequel, en combinant 
les opérations préliminaires qui s’y rat- 
tachent de manière à obtenir certains 
résultats, on laisse néanmoins agir la na- 
ture en ce qui concerne la fécondation; 
l'autre dans lequel, indépendamment 
des combinaisons particulières, on prend 
une part importante, en intervenant 
d’une manière directe, pour en quelque 
sorte contraindre la nature à donner 
des produits qui paraissent être un peu 
en dehors de ses lois, c’est-à-dire à 
suivre une marche différente de celle 
qu’elle aurait suivie si on l’eût aban- 
donnée à elle-même. On obtient ce ré- 
sultat à l’aide de certaines combinaisons, 
et tout particulièrement en pratiquant 
la fécondation artificielle. 

D'une autre part, comme il y a diver- 
ses séries de variétés, les moyens, soit 
de les provoquer, soit de les conserver, 
sont toujours relatifs et subordonnés à la 
nature des variétés qu’on veut obtenir. 
Ces séries, que nous examinerons suc- 
cessivement, peuvent être portées au 
nombre de six principales, ainsi ré- 
parties : 

La première comprendra tout ce qui 
a rapport aux dimensions soit des plan- 
tes, soit seulement des fleurs; 

La deuxième comprendra ce qui se 
rattache soit à la précocité, soit à la tar- 
diveté; 

La troisième comprendra ce qui se 
rapporte aux couleurs; | 

La quatrième comprendra ce qui se 
rapporte aux panachures; s 

La cinquième comprendra ce qui a 
rapport aux formes; 

Enfin la sixième comprendra les plan- 
tes à fleurs dites doubles. 

Comme dans la suite nous aurons sou- 
vent à parler des porte-graines, nous 


A0 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


croyons devoir, en quelques lignes, dire 
ce qu'on entend par cette expression. 

On nomme porte-graines tout végé- 
tal qui, quelle que soit sa forme ou 
sa nature, est particulièrement destiné 
à la production des graines. 

Ces considérations générales étant éta- 
blies, nous allons entrer dans les détails 
d'application, en suivant l’ordre des sé- 
ries indiqué ci-dessus. 


Aer GROUPE. — Are SECTION. 


Semis naturel, c’est-à-dire semis opéré 
sans qu'il y ait eu fécondation artificielle 
des fleurs, mais fait avec combinaisons 
préalables, relativement aux porte-grai- 
nes, dans le but d'obtenir des variétés. 


Série A4, — Dimensions. 


Lorsqu'on vise à obtenir des variétés 
soit naines, soit grandes, on doit, dans le 
premier cas, choisir pour porte-graines 
les individus qui présentent les plus pe- 
ttes dimensions possibles, sans toutefois 
offrir rien de disgracieux ni de contraire 
au but que l’on veut atteindre. Dans le 
deuxième cas, au contraire, on choisit 
les individus qui ont une tendance à s’é- 
lancer et à dépasser les dimensions ordi- 
naires, tout en conservant, bien entendu 
encore, l'aspect général qu’on désire ob- 
tenir; en un mot, dans l’un comme dans 
autre cas, on doit récolter les graines 
sur les individus qui présentent au plus 
haut degré les caractères que l’on re- 
cherche. Si, au lieu de viser aux dimen- 
sions des plantes, on visait à celles des 
fleurs, on agirait absolument ainsi qu’il 
vient d’être dit, mais alors en prenant 
pour guide, c’est-à-dire comme point 
de mire, les fleurs au lieu des plantes. 

C'est en partant de ces principes, et en 
les mettant en pratique à chaque géné- 
ration, qu’on arrive à créer des variétés 
ou même des races, c'est-à-dire à obte- 
nir des plantes qui, parfois, par leur 
Stabilité, présentent sous ce rapport le 
caractère d'espèces. En voici quelques 
exemples : 

VARIÉTÉS NAINES OBTENUES ET FIXÉES 
PAR LES SEMIS. 


Ageratum cœlestinum nanum ; 

Agroslis cœli rosea nana : 

Balsamina hortensis nana (variétés nom- 
breuses) ; 


Calceolaria Yunghii nana ; 

Callirrhoe pedata nana : 

Clarkia pulchella nana ; 

Coreopsis tinctoria nana (2 variétés); 

Delphinium Ajacis nana (variétés nom- 
breuses) ; 

Dianthus Sinensis nana: 

Giroflies quarantaines (variétés très- 
nombreuses) ; 

Helianthus annuus nanus; 

Helichrysum bracteatum nanum : 

Leptosiphon densiflorum nanum ; 

Lobelin gracilis erecta nana: 

Lupinus (plusieurs varlélés) ; 

lemesia elegans nana: 

Œnothera Drummondii nana ; 

Papaver somniferum nanum (plusicurs 
variétés) ; 

Phaseolus coccineus nanus : 

Polygonum orientale nanum : 

Reines-Marguerites naines (variétés nom- 
breuses) ; 

Salpiglossis sinuata nana; 

Salvia coccinea punicea nana ; 

Scabiosa alropurpurea nana (plusieurs 
variétés) ; 

Senecio eleguns (plusieurs variétés) : 

Tagetes erecta nana; 

palula nana ; 

signala nana ; 

Tropæolum majus nanum (plusieurs va- 
riétés); 

Viscaria oculata nana. 


_— 


__— 


Quant aux variétés grandes ou géantes, 
nous ne Îles indiquons pas; il y en a peu, 
du reste, par cette raison qu’en cherche 
plutôt à diminuer qu’à augmenter les 
dimensions des plantes. Toutefois, si l’on 
voulait en obtenir, on agirait ainsi qu’il 
a été dit précédemment, mais en suivant 
une marche tout à fait opposée à celle 
qu’on devrait suivre si l’on voulait ob- 
tenir des plantes naines. Nous faisons 
les mêmes observations relativement aux 
fleurs. 


Série B.— Précocité et Tardiveté. 


Les bases posées dans la série précé- 
dente relativement au mode d'opérer 
étant semblables pour cette série et 
pour les séries suivantes, iln’y a donc, 
dans chacun des cas, qu’à en faire di- 


versement lapplication, c’est-à-dire à 


se conformer, dans la pratique des opé- 
rations, ainsi que pour le choix que 


me ne 


gg are me 


DANS LES VÉGÉTAUX. 11 


l’on fait des porte-graines, au but que 
Von veut obtenir. | 

Ainsi, lorsqu'on désire avoir des varié- 
tés hâtives, on doit surveiller avec soin la 
floraison des plantes afin de remarquer 
celles qui présentent les qualités qu’on 
recherche et qu’on désire améliorer, puis 
choisir parmi celles-ci les individus qui 
fleurissent les premiers, en récolter et 
semer les graines, puis choisir de nou- 
veau, parmi les individus qui résultent 
de ce semis, ceux qui, tout en fleurissant 
1es premiers, ont cependant aussi con- 
servé les autres caractères auxquels on 
tient également. Dans un grand nombre 
de cas on se trouvera bien aussi de ré- 
colter les graines provenant des fleurs 
qui se sont épanouiesles premières et de 
les semer à part; celles-ci ont parfois 
une tendance à donner des plantes en- 
core plus hâtives. 

Lorsque, au contraire, on désire obte- 
nir des variétés tardives, on agit absolu- 
ment comme il vient d’être dit, quant à 
la manière générale de procéder, mais 
dans un sens inverse, c’est-à-dire en 
prenant pour porte-graines, à chaque 


génération, les individus dont la florai- 


son est la plus tardive. 

Comme exemple de hâtiveté nous ci- 
terons particulièrement le Pyrethrum 
Sinense præcox (note 3). 


Série €. — Variétés portant sur les couleurs des 
fleurs, obtenues et fixées par les semis. 


Lorsqu'on veut fixer des variétés qui 
drésentent une couleur déterminée, on 
choisit, parmi les plantes sur lesquelles 
on porte particulièrement son attention, 
les individus qui, avec un port et un 
feuillage convenables, se rapprochent le 
plus, par leurs fleurs, de celles qu’on 
désire obtenir. Ainsi, par exemple, si on 
tient à avoir des fleurs rouges, on prend 
pour porle-graines les individus dont 
les fleurs sont les plus voisines de cette 
couleur; si lon désire obtenir des 
fleurs blanches, on choisit ceux chez les- 
quels la couleur est la plus atténuée. Si, 
au contraire, on désire obtenir desfleurs 
jaunes, on doit, tout en prenant pour 
porte-graines des individus dont les 
fleurs soient très-pâles, tâcher, s'il est 
possible, que cette teinte tire déjà un 
peu sur le jaune (note 4). Enfin, et quelle 
que soit.la couleur qu’on désire, on doit 


s'appuyer sur les principes que nous 
venons d'indiquer et choisir ses porte- 
graines en conséquence. 

En général on remarque que, pour 
qu'il y ait chance d'obtenir des fleurs 
jaunes, ilfaut que Patténuation provienne 
de l’affaiblissement de couleurs plus ou 
moins foncées, parexemple, soitdu violet, 
soit du lilas. Pourtant ici encore on ren- 
contre de remarquables exceptions, ainsi 
que le démontre lanote 4. En général 
encore on remarque aussi que le blanc 
(note 5) et le jaune sont les couleurs 
qui se modifient le plus difficilement. 

On a d’autant plus de chances d’obtenir 
de nouveaux coloris que les éléments de 
ceux-ci se trouvent déjà dans les types 
que l’on veut modifier. Ainsi, dans les 
Pensées, par exemple, où l’on trouve dans 
le type sauvage ( Viola arvensis) du jaune 
uni à du violet velouté, on pouvait 
être à peu près certain qu’en choisissant 
ses porte-craines avec discernement on 
arriverait à faire dominer telle ou telle 
de ces couleurs, à avoir des variétés à 
fleurs jaunes, lilas, violet plus ou moins 
foncé, ou même à peu près complétement 
noires, et telle est la variété qu’on nomme 
Faust (note 6). 

La Giroflée dite Quarantaine grecque 
(Cheiranthus Grœca) semble contredire 
ce que nous venons de dire relativement 
à l’atténuation des couleurs; en effet, 
bien qu’à fleurs blanches, elle n’en à pas 
moins produit des variétés à fleurs 
roses, violettes,lilas,etc.,et même jaunes. 
Cette contradiction n’est qu’apparenté; 
en regardant avec attention, on reconnaît 
que les fleurs, loin d’être blanches, sont 
jaunes, ou à peu près, avant l’ouverture 
du bouton,etque, même lorsqu’elles sont 
épanouies, elles conservent la couleur 
jaune dans toute la partie inférieure des 
pétales. Du reste, la nature ne se prète 
point servilement à nos calculs, et il peut 
bien y avoir des cas où les faits contredi- 
sent nos théories et semblent se trouver 
en opposition avec la gamme chromati- 
que des couleurs que nous avons établie; 
car, les couleurs résultant d’une combi- 
naison particulière des principes colo- 
ranis, ces derniers ne peuvent-ils pas, 
d’après des lois que nous ne pouvons 
comprendre, se séparer et se grouper 


“suivant une marche opposée à celle que 


nous considérons comme normale? Mais, 
d'autre part, rien ne nous prouve que 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


la Quarantaine grecque blanche soit un 
type spécifique ; le contraire même est 
trés-probable, puisqu'il n’y a pas encore 
trés-longtemps (c'était vers 4 835) qu’elle 
a fait son apparition dans les cultures, 
et qu'à cette même époque il y avait 
déjà d’autres variétés de Quarantaine 
grecque à fleurs de couleurs diverses, 
dont elle sort. Elle n’est donc qu'une 
variété fixée. 

Toutefois, et quelle qu’en soit 1 cause, 
Consiatons que, toutes circonstances 
égales d’ailleurs, il est certaines espèces 
extrêmement plastiques qui semblent 
pouvoir revêtir les formes et les cou- 
leurs les plus diverses, tandis qu'il 
en est d’autres au contraire qui, bien 
que cultivées en très-grande quan- 
tité et depuis longtemps, n’ont encore, 
pour ainsi dire, produit aucune variété : 
tels sont le Datura ceralocaula, le Re- 
seda, l'Eutoca viscida, le Cosmos bipin- 
nata, le RhodanteManglesi, ete. Comme 
exemples contraires nous pouvons citer 
le Dahlia, la Reine-Marguerite, la Bal- 
samine des jardins, la Rose trémière, 
les Rosiers, l’'Œillet des fleuristes, le 
Camellia, les Azalées, etc., les Rhodo- 
dendrons, etc., etc. 


Variétés à fleurs rouges, obtenues et fitées par les 
semis. 


Agrostemma cœli rosa purpurea ; 
Amygdalus rubra plena: 
Althæa rosea rubra ; 

— Sinensis rubra; 
Balsamina hortensis (plusieurs varié- 

tés); 
Celosia cristata rubra; 
Centranthus ruberrimus ; 
Cosmos bipinnata purpurea;: , 
Giroflée quarantaine (plusieurs variétés); 
Helichrysum macranthum rubrum ; 
Tpomea purpurea Kermesiana 
Lathyrus odoratus rubra; 
Martynia fragrans rubra ; 
Mathiola annua rubra; 

—  ncana rubra; 

Papaver somniferum rubrum ; 
Pentsiemon gentianoides purpureum ; 
Portulacca Thellussonii ; 
Reine-Marquerite (plusieurs variétés) ; 
Scabiosa atropurpurea ; 
Silene armeria rubra ; 
Verbena incisa rubra ; 
Zinnia elegans coccinea ; 

—  Mulhflora rubra. 


Variétés à fleurs roses, obtenues et fixées par les se- 
mis. 
Agrostemma coronaria rosea : 
Anagallis grandiflora rosea é 
Balsanina hortensis ( Plusieurs variétés): 
Celosia cristata rosea $ S 
Clarkia elegans rosea ; 
Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ; 
ere consolida (idem); 
Digitalis purpurea rosea; 
Gilia tricolor rosea; 
Giroflée quarantaine (variétés nom 
breuses) ; 
Godetia amæna rosea à 
Gomphrena globosa rosea - 
Tpomea purpurea rosea : 
Lobelia erinus Lindleyana, 
—  TAmosa rosea ; 
Lupinus hirsutus roseus : 
Lychnis Chalcedonica rosea j 
Lymnanthes Douglasii rosea " 
Maurandia Barcleyana rosea : 
Mimulus cardinalis Hudson ; 
Papaver somniferum TOSeEUM ; 
Pentstemon gentianoides rosea “ 
Reine-Marquerite (varictés nombreuses): 
Scabiosa atropurpurea nana rosea ; 
Senecio elegans rosea. 


Variétés à fleurs lilas ou violacées, obtenues et 
fixées par les semis. 


Balsamina hortensis (plusieurs variétés); 

Campanula speculum lilaceum ; 

Celosia cristata violacea > 

Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ; 
— consolida violacea ; 

Girofléequarantaine (plusieurs variétés) : 

Jberis umbellata violacea ; 

Mirabilis longiflora violacea ; 

Papaver somniferum vrolaceum ; 

Reine-Marquerite (plusieurs variétés); 

Senecio elegans violacea; 

Verbena Drummondii ; 

Zinnia elegans violacea. 


Variétés à fleurs jaunes, obtenues et fixées par les: 
semis. 


Antrrhinum majus Luteum ; 

Amaranthus caudatus luteus ; 

Celosia aurea pyramidalis; 

cristata aurea ; 

Chrysanthemum carinatum aureum ; 

Emilia sonchifolia aurea ; 

Escholtzia Californica crocea ; 

Giroflée quarantaine (plusieurs varié- 
tés). 


: DANS LES VÉGÉTAUX. 13 


* Tpomea coccinea aurea ; 
Leptosiphon androsaceum aureum ; 
luteum ; 


os re 


Lotus Jacobeus luteus ‘ 

Portulacca grandiflora aurea ; 

aurantiaca ; 

Rose trémière (plusieurs variétés) ; 

Salpiglossis sulfurea ; 

Thunbergia alata aurantiaca(orangema- 
culé) ; 

Thunbergia alata Fryeri (orange sans 
macule). 

Thunbergia alata lutea immaculaia ; 

Tropæolum majus (plusieurs variétés) ; 

Zinnia elegans simplex aurea ; 

flore pleno luteo. 


a ——_— 


En es 


Variétés à fleurs blanches, obtenues et fixées par 
les semis. 


Agrostemma coronaria alba ; 

cœli rosa alba, 

Argemone Mexicana alba ; 

Balsamina hortensis (plusieurs variétés); 

Brachycome iberidifolia alba; | 

Browallia alata alba ; 

Calceolaria Yunghii alba; 

Catananche cœrulea alba : 

Campanula pyramidalis alba ; 

Speculum album ; 

media alba; 

Boccont alba ; 

Loreyi alba ; 

pentagona alba ; 

Centaurea moschata alba; 

Centranthus ruber alba; 

Clintonia pulchella alba ; 

Crepis rosea alba ; 

Daiura fastuosa alba; 

Delphinium grandiflorum album ; 

Ajacis album : 

Consolida alba; 

Dianthus Sinensis alba ; 

Dictamnus albus ; 

Digitalis purpurea alba; 

Escholtzia Californica alba; 

Galega officinalis alba; 

Gilia capitata alba; 

tricolor alba ; 

Giroflée quarantaine (plusieurs variétés); 

Godetia rubicunda alba ; 

Gomphrena globosa alba; 
edysarum coronarium album; 

Hesperis matronalis candidissima; 

maritima alba; 

Impatiens glandulosa alba ; 

Tonopsidium acaule album ; 

Tpomea Quamoclit alba ; 


— 


—— 


—— 


— 


—— 


——— 


Lathyrus latifolius albus ; 
Lavatera trimestris alba: 
Lobelia syphilitica alba ; 
Lychnis Chalcedonica alba ; 
Lymnanthes Douglasi alba; 
Mathiola annua alba ; 
incana alba; 
Malcolmia maritima alba ; 
Malope trifida alba; | 
Maurandia antirrhiniflora alba ; 
Mesembrianthemum tricolorum album; 
Mirabilis Jalapa alba; 
Myosotis Alpestris alba; 
. intermedia alba; 
Nemophila insignis alba; 
Nolana grandiflora alba; 
Papaver somniferum album ; 
rhœas album ; 
Pentistemon gentianoides album; 
Persica Sinensis alba; 
vulgaris alba ; 
Phaseolus coccineus albus; 
Platycodon grandiflora alba ; 
Podolepis gracilis alba; 
Polemonium cϾruleum album ; 
Polygonum orientale album; 
Primula Sinensis alba; 
Reine-Marquerite (plusieurs variétés); 
Rhodante Manglesii alba; 
Rose trémière (plusieurs variétés) ; 
Saponaria Calabrica alba ; 
Scabiosa atropurpurea alba ; 
Schizanthus retusus albus; 
Senecio elegans alba ; 
Silene Armeria alba ; 

—* pendula alba; # 
Thunbergia alata alba; 
Trachelium cœruleum album’; 
Vinca rosea alba; 
Viola odorata alba ; 
Viscaria oculata alba; 
Xeranthemum annuum album ; 
compactum album ; 
bracteatum album. 


rs 


—— 


—— 


ee 


a 


Série M. — Variétés à fleurs ou à feuilles pana- 
chées, oblenues et fixées par les semis. 


Les plantes constamment panachées 
sont relativement rares; la raison en 
est que la plupart des panachures sont 
des faits anormaux, qu’elles résultent le 
plus souvent d'accidents, et qu'on en 
obtient peu par les semis. Cependant si, 
comme tout semble le faire croire, les 


| panachures sont dues à des sortes de ma- 


ladies (note 7)nepourra-t-il pas arriver que 


ER er 


oo or 


44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


celles-ci soient assez intenses pour affec- 
ter l’organisme , pour, ainsi qu’on le 
dit en termes vulgaires, passer dans le 
sang et alors devenir héréditaires, trans- 
missibles par les graines? 

Sans avoir recours aux hypothèses 
pour expliquer la cause des panachures, 
aous admettons que, dans le plus grand 
nombre de cas, les plantes panachées 
doivent cet état particulier à unedépla- 
cement des éléments colorants, déplace- 
ment qui, étant le résultat de perturba- 
tions organiques, n’a rien de rigoureuse- 
ment fixe; ce qui explique pourquoi 
l’on voit si souvent les panachures s’ef- 
facer, les parties qui les présentaient 
reprendre la couleur dont les éléments 
dominent, et alors des fleurs ou des 
feuilles unicolores se montrer parmi 
d’autres plus ou moins panachées. 

Les panachures ne sont pas exclusive- 
ment propres aux fleurs; le plus souvent 
même elles affectent les feuilles, parfois 
aussi les rameaux, quelquefois même 
elles se montrent sur les fruits (note 8). 
Mais, quelles que soient Fes parties sur 
lesquelles elles se montrent, on con- 
state qu’elles sont d'autant plus stables 
qu’elles circonscrivent plus compléte- 
ment l'organe qu’elles affectent, ou, ce 
qui revient au même, que, sans les cir- 
conscrire, elles sont disposées en forme 
de cercle dans toutes ses parties, qu’elles 
sont, comme on dit, zonées (Pelargonium 
zonale, certains Oxalis), etc. Toutes les 
fois, au contraire, que les panachures sont 
disposées par macules, et surtout par 
stries ou bandes longitudinales, c’est-à- 
dire dans le sensde l’axe, ilest assezrare 
qu’elles soient constantes, à moins pour- 
tant que les individus qui les présentent 
appartiennent au groupe des végétaux 
monocolylédonés. 

On connaît pourtant quelques excep- 
tions à la règle générale que nous venons 
dénoncer relativement à la fixité des 
panachures; une très-remarquable est 
fournie par le Chardon-Marie, qui, mar- 
qué sur toutes ses parties de nom- 
breuses et belles macules blanches très- 
régulières, se reproduit identiquement 
par ses graines. 

Reconnaissons toutefois que, en gé- 
néral, les panachures sont beaucoup 
plus constantes sur les feuilles que sur 
les fleurs, que, dans quelques cas même, 
par exemple chez certains Bégonias, de 


même que chez beaucoup de Caladium, 
les panachures sont tellement constan- 
tes que non-seulement elles se repro- 
duisent par le moyen des graines, mais 
encore que les plantes qui les por- 
tent sont trés-vigoureuses, ce qui a 
rarement lieu lorsque les panachures 
sont placées sur les fleurs. Dans ce der- 
nier cas, en effet, les plantes sont généra- 
lement délicates; c’est un véritable signe 
d’affaiblissement; d’où l’on pourrait con- 
clure que, en général, on aura d’autant 
plus de chances de conserver cet état 
particulier que les porte-graines seront 
plus souffreteux, qu’on les laissera un 
peu pâtir. 

Pour arriver à fixer les plantes à feuil- 
les ou à fleurs panachées on se fonde 
sur les mêmes principes. que ceux que 
nous avons indiqués ci-dessus, en trai- 
tant d’autres séries, c’est-à-dire qu’on 
choisit pour porte-graines les individus 
chez lesquels les panachures sont les 
plus prononcées, et dont la végétation, 
sans être trop vigoureuse, estnéanmoins 
assez bonne; car ce caractère n’étant, 
dans beaucoup de cas, que le résultat 
d’un affaiblissement organique, il peut 
disparaître, en grande partie du moïns, 
lorsque les plantes sont trés-vigoureuses. 
De même aussi, en se fondant sur les 
mêmes principes, il faut éviter de pren- 
dre pour porte-graines des individus qui 
soient trop affaiblis, car alors on pour- 
rait n’obtenir que des plantes chétives. 


Plantes à fleurs panachées obtenues etfixées par les 
semis. 


Aquilegia vulgaris variegata ; 
Balsamina hortensis (plusieurs variétés); 
Centaurea cyanus variegata; 
Convolvulus tricolor variegata ; 
Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) 
— Consolida variegata ; 
Ipomea purpurea variegata; 
Lathyrus odoratus (plusieurs variétés) : 
Lobelia Eriñus marmorata; | 
Lupinus mutabilis Cruiksankii 
Malcolmia maritima bicolor ; 
Mirabilis Jalapa variegata ; 
Nemophila insignis alba variegata ; 
Phaseolus coccineus bicolor ; 
Phlox Drummondit Raditwitzt ; 
Portulacca grandaflora alba striata ; 
Primula Sinensis.variegata ; 
Reine-Marguerite (plusieurs variétés); 


) 


D ue 2 RE + ed oo 


DANS LES VÉGÉTAUX. 15 


Tropæolum majus variegatum ; 


Série E. — Variétés à fleurs dites doubles (note 9), 
obtenues et fixées par les semis. 


Anemone coronaria (variétés nombreu- 
ses); 

Aquilegia vulgaris (variétés nombreu- 
ses); | 

Calendula Bungei (note 10); 

— —  hortensis; 
Campanula media; 

sr a 
Centaurea cyanus ; 
Chrysanthemum coronarium (plusieurs 

variétés) ; 
Chysanthemum (Pyreihrum) Indicum 
(variétés nombreuses) ; 
Clarkia pulchella alba ; 
—  elegans; 
Convolvulus tricolor ; 
Datura fastuosa; 
—  violacea; 
— alba; 
— lutea; 
Delphinium Ajacis (variétés nombreu- 
ses); 
Delphinium Consolida (variétés nom- 
breuses); 
Dianthus Sinensis (variétés nombreuses) 
(note 11); | 
Dianthus barbatus (variétésnombreuses); 
Giroflées diverses (idem); 
Helianthus  annuus; 

es Californicus ; 
Helichrysum annuum ; 

— bracteatum ; | 
Matricaria parthenium (note 10); 
Papaver somniferum (variétés nom- 

breuses); 
Papaver rhœas (variétés nombreuses); 
Persica Sinensis alba; | 
rubra ; 
vulgaris ; 
Petunia (variétés nombreuses); 
Ranunculus Asiaticus (variétés nombreu- 
ses); 
Rose trémière (variétés nombreuses) ; 
Senecio elegans (note 10 ) (plusieurs va- 
riétés) ; ns 
Zinnia elegans (plusieurs variétés) . 


—  — 


ss 


Il ést inutile de dire que, dans la liste 


qui précède, toutes les fois qu’on cite le 
nom de l’une ou de l’autre des variétés, 
il faut ajouter à ce nom le qualificatif de 
flore pleno, que nous n’avons pas mis 
afin d'éviter les répétitions. 


En horticuliure on donne au mot dou- 
ble une signification sinon fausse, du 


moins différente de celle qu’il a réelle- 


ment. En effet, dans le sens vrai, double 
signifie deux, c’est-à-dire deux fois l’u- 
nité, ce qui, logiquement, conduit à ceci 
que semi-double, étant la moitié de dou- 
ble, signifie simple. Ce n’est pas ainsi 
qu’on l'entend en horticulture en ce qui 
concerne la duplicature des fleurs; dans 
cette circonstance double, en parlant 
d’une fleur, signifie qu’elle a un plus 
grand nombre de pétales que, celuiqu’elle 
doit avoir normalement, mais sans 
indiquer ce nombre, ni la nature, non 
plus que l’origine de ces organes, Se- 
mi-double, en parlant d’une fleur, indi- 
que également qu’elle a un nombre 
de pétales plus considérable que celui 
qu’elle devrait avoir normalement, bien 
que ce nombre soit toujours moindre 
que celui dont le mot double donne l’idée. 
Toutefois ces deux termes n’ont rien 
d’absolu ; ils se prennent toujours d’une 
manière relative. 

La duplicature des fleurs peut être dé- 
terminée par des causes diverses, soit, 
par exemple, par la multiplicité résul- 


tant de l’augmentation ou du dédou- 


blement des pièces florales (sorte de 
bourgeonnement) (Pivoine, Pavot); soit 
par la transformation des organes se- 
xuels. Dans le premier cas les fleurs 
peuvent encore donner desgraines; elles 
ne le peuvent plus dans le second, si la 
transformation est complète. 

Les fleurs tout à fait doubles, dans le 
sens qu’en horticulture on attache à ce 
mot, qui sont ce qu’on doit nommer des 
fleurs pleines, sont touiours stériles. 
Nous n’avons donc pas à nous en occu- 
per, puisque les plantes qui les portent 
ne peuvent être propagées que par la 
division ou par la séparation de leurs 
parties, soit par boutures, couchages, 
greffes, etc. Cependant, dans certains 
cas, elles paraissent exercer une cer- 
taine influence (note 41). PR 

Les fleurs semi-pleines ou plus ou 
moins pleines peuvént au contraire don- 
ner des graines, ce qui permet de multi- 
plier à l’aide des semis les plantes qui 
présentent ce caractère. Constatons tou- 
tefois que le point de départ des fleurs 
doubles est en dehors de notre puissance 
comme de nos calculs; nous ne pouvons 
rien, ou à peu près rien, sur le fait ini- 


ent 


Dern 


SRE 


16 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


tial ; nous ne pouvons que le saisir lors- 
qu'il se présente; nous ne pouvons pas le 
provoquer; c’est un effet dont la cause 
nous est inconnue (note 12). Lors donc 
que, par une circonstance quelconque, il 
se présente un de ces faits, il faut le sur- 
veiller avec soin, éloigner même du con- 
tact ou du voisinage des autres la plante 
qui le présente, soit en l’enlevant de l’en- 
droit où elle est, soit, si cet enlèvement 
n’est pas possible ou qu’il présente quel- 
que inconvénient, en détruisant toutes 
lesplantes qui l'entourent lorsque celles- 
ci sont de nature à influencer la fécon- 
dation. On en récolte les graines, on les 
sème à part, et on observe avec soin les 
individus qui en proviennent, pour, plus 
tard encore, choisir parmi eux ceux qui 
auront le mieux conservé les caractères 
qu'on cherche à fixer, et qu'on prend à 
leurtour pour en faire desporte-graines; 
ce qui ne doit pas empêcher de recueillir 
et de semer les graines qui proviennent 
du premier pied-mère, car il est toujours 
bon de multiplier les chances. 

Cest en agissant ainsi qu’on a obtenu 


les variétés de Potentille du Népaul à 


Îleurs très-grandes et presque complé- 
tement pleines. On en a obtenu d’abord 
une à fleurs semi-pleines, jaunes, dont 
les graines ont donnédes variétés àfleurs 


jaune clair ou plus ou moins foncé, jaune. 


mordoré, rouge, rouge-orangé, etc. 
C’est également de cette manière qu'ont 
êté produites toutes les variétés de Pétu- 
nas à grandes fleurs (note 13), les unes 
complétement pleines, qui par consé- 
quent ne donnent plus de graines et 
qu'il faut multiplier par bouture; d’au- 
tres à fleurs semi-pleines, qui donnent 
quelques graines à l’aide desquelles on 
les multiplie et dont on obtient de nou- 
velles variétés. 

Comme dans les fleurs dites doubles il 
y à presque toujours quelques organes 
sexuels dont la transformation est in- 
complète, on doit, pour augmenter les 
chances de succès relatives à la produc- 
tion des graines, rapprocher ces organes 
les uns des autres, de manière à ce qu’ils 
puissent se féconder entre eux; on doit 
même au besoin faciliter leur rappro- 
chement en écartant les difficultés. Mais, 
s’il arrivait que les étamines fissent 
complétement défaut, on prendrait alors 
sur d’autres fleurs de la même espèce, 
et, autant que possible, de couleur con- 


venable pour atteindre le but qu’on se 
propose, du pollen qu’on apporterait 
sur le stigmate de la fleur double afin 
d’en assurer la fécondation. Dans cette 
circonstance On a cru remarquer qué 
l'influence de l'organe mâle est considé- 
rable, que l'opération est plus satisfai- 
sante, quant à l'obtention des fleurs 
doubles, lorsqu'on prend ces dernières 
pour pères, c’est-à-dire quand en enlève 
les étamines pour féconder serait-ce 
même des fleurs simples de plantes 
appartenant soit à la même espèce, soit 
à une autre espèce du même genre. 

Nous ferons aussi observer que les 

fleurs doubles ne se rencontrent guère 
que dans les plantes cultivées; elles pa- 
raissent être la conséquence d’une modi- 
fication de tempérament due à la domes- 
tication, parfois au traitement ; aussi ne 
les rencontre-t-on que très-rarement à 
l’état de nature, si ce n’est accidentel- 
lement, pour ainsi dire. 
« Faisons aussi remarquer que, la du- 
plicature des fleurs étant déterminée 
par une modification organique des in- 
dividus qui les portent, il s’ensuit que, 
suivant la nature ou suivant l'intensité 
de cette modification, la plénitude ou 
duplicature est aussi plus ou moins te- 
nace; elle peut même devenir perma- 
nente, ce qui explique pourquoi, lorsque 
certaines espèces se mettent à doubler, 
c’est parfois avec une telle rapidité que, 
au bout de peu de temps, il est difficile 
de conserver les types à fleurs simples 
(note 11). 

Pour donner une idée de cette rapi- 
dité, nous allons citer quelques exemples 
de date assez récente. Ainsi le premier 
pied de Petunia à fleurs doubles, dont la 
couleur était d’un blanc sale ou verdä- 
tre, parut à l'exposition universelle en 
1855. Ce Pétunia, qui appartient à une 
race mixte (note 13), fut trouvé dans un 
semis de graines de Pétunia ordinaire 
fait par un employé de la Banque de 
Lyon. Malgré le peu d'années écoulées, 
le nombre des variétés produites par 
l'influence de ce pied unique est auJour- 
d’hui considérable. On en trouve de cou- 
leurs très-diverses ; il en est même beau- 
coup dont les fleurs panachées sont 
très-jolies. 

Le Zinnia elegans à fleurs doubles, 
introduit dans nos cultures vers 1858 
(nous l’avions remarqué en 1854 chez 


mo RS 


DANS LES VÉGÉTAUX. 


MM. Audibert, horticulteurs à Tarascon, 
qui en avaient reçu des graines du Mexi- 
que), a déjà produit une grande quan- 
üité de variétés également à fleurs dou- 
bles, de couleurs très-diverses; plusieurs 
tendent à se fixer et à former des sous- 
races. 

Le genre Fuchsia nous offre aussi un 
exemple très-remarquable de cette faci- 
lité doubler. Les premiers pieds à fleurs 
doubles ont apparu vers 1854. Bien que 
cette époque soit très-rapprochée, on 
en possède aujourd'hui une telle quan- 
tité qu’il est à peu prés impossible de 

“les énumérer. Il arrive parfois que, dans 
les semis qu’on fait de graines de Fuch- 
sias récoltées sur des pieds à fleurs dou- 
bles, les trois quarts des individus qui 
en sortent ont conservé les mêmes ca- 
ractères (note 14). 

On ne peut nier du reste que, par la 
culture ou par la domestication, le tempé- 
rament des plantes ne soit plus ou moins 


modifié, que celles-ci ne perdent peu à 


peu leurs caractères primitifs pour en 
prendre d’autres en rapport avec le cli- 
mat, le milieu, en un mot, avec les con- 
ditions dans lesquelles elles sont placées, 
et constituent alors des races particu- 
lières; nos plantes soit d’ornement, soit 
potagères, en offrent de nombreux et 
très-remarquables exemples. 

Comme exemples, à l'appui de notre 
dire, nous pourrions citer les Reines- 
Marguerites, la Balsamine des jardins, le 
Pied d’alouette, les Dahlias surtout, 
qui, lors de leur introduction, et même 
très-longtemps encore après celle-ci, 
ne donnaient que très-rarement des 
plantes à fleurs doubles, tandis qu’au- 
jourd’hui c’est le contraire qui a lieu, 
et que c’est à peine si l’on en obtient à 
fleurs simples. | 

Les plantes à fleurs dites doubles exer- 
cent-elles sur leurs congénères une in- 
fluence susceptible de modifier le pro- 
duit de ces dernières? 

Bien que cette question puisse peut- 
être paraître oiseuse si on l’envisage au 
point de vue scientifique, nous devons 
néanmoins en parler, parce que l’obser- 
vation d’une part, les faits d'une autre, 
semblent pencher vers l’affirmative. En 
effet que voyons-nous dans l'ordre 
ordinaire des choses? Une espèce 
est cultivée et multipliée par graines 
pendant très-longtemps sans varier au- 


17 


trement que par les couleurs, par les 
formes, par les dimensions,soit destiges, 
soit des fleurs. Vient-elle à produire un 
individu à fleurs doubles : on constate 
que,en général, trés-peu de temps aprés, 
on en voit apparaître d’autres également 
à fleurs doubles, parfois même en grande 
quantité; c’est ce qui s’est produit chez 
les Pétunias, les Fuchsias, les Œillets 
de Chine, les Œillets de poëte, etc. 
(notes 11, 13, 14). j 

Du reste ce fait, loin d’être en oppo- 
sition avec la loi fondamentale d’évolu- 
tion, y est au contraire parfaitement con- 
forme; il confirme de tous points ce que 
nous avons déjà dit plusieurs fois, et 
que nous répéterons probablement en- 
core, que, dans la nature, tout individu 
a une tendance à reproduire ses carac- 
tères, tendance d'autant plus grande 
que sa puissance vitale est plus considé- 
rable, et, sous ce rapport, les plantes à 
fleurs doubles, en général, sont bien 
partagées. 

Ilest bien clair toutefois que, dans 
cette circonstance, nous considérons 
comme à peu près dépourvues d’in- 
fluence fécondatrice lesfleursentièrement 
pleines, c’est-à-dire celles chez lesquelles 


la transformation des organes sexuels 
est complète. Celles-ci sont des sortes 
d’eunuques végétaux. Mais, lorsqu’aucon- 
traire la duplicature est incomplète, qu’il 
reste quelques organes sexuels assez bien 
conformés pour être aptes à la fécon- 
dation, il est hors de doute que les 
plantes qui présentent ce caractère sont 
propres à donner des individus à fleurs 
doubles. Cependant, comme il pourrait 
se faire que, par suite de la multiplicité 
des pétales, ces organes ne pourraient 
que difficilement exercer leur influence, 
on devra, dans certains cas, venir en aide 
à la nature en facilitant le rapproche- 
ment des sexes (note 19). 

De ce qui précède il résulte que, tou- 
tes les fois que dans un semis quelcon- 
que il se trouvera un ou plusieurs in- 
dividus à fleurs doubles, on devra les 
surveiller avec soin, et faire en sorte 
que, au moment de-la floraison, ils puis- 
sent être rapprochés d’autres auxquels 
on voudrait transmettre leurs caractères. 

Quelques mots aussi au sujet des va- 
riétés qui présentent des formes parti- 
culières pourindiquer la marche à suivre 
pour les fixer. 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Par le mot forme il faut entendre 
l'aspect, la tenue, en un mot le facies, 
ou, comme on le dit encore, le cachet 
ou le port d’un végétal quelconque ; 
ainsi il y a les formes pyramidale, buis- 
sonneuse, lombante, etc. Les principes 
sur lesquels on se fonde pour obtenir 
* ces sortes de variétés sont exactement 
les mêmes que ceux que nous avons in- 
diqués pour les séries précédentes, c’est- 
à-dire qu’on doit choisir, comme porte- 
graines, les individus qui présentent au 
plus baut degré les caractères que l’on 
cherche à reproduire, et,demémeencore 


que nous l'avons dit lorsque nous nous : 


sommes occupé des autres séries, il faut 
- avoir soin d'isoler au besoin ces plantes, 
de manière à empêcher que, lors de leur 
floraison, elles jouent avec d’autres qui 
ne présenteraient pas les mêmes carac- 
tères. Ces variétés de formes diverses, 
obtenues et fixées par les semis, sont 
assez nombreuses; on les rencontre 
chez les Reines-Marguerites, les Balsa- 
mines, les Quarantaines, les Tagètes ou 
Œillets d'Inde, etc. 

La grande Capucine (Tropæolum ma- 
jus) nous en fournit surtout un exemple 
remarquable dans sa forme naine, qui, 
au lieu de produire une tige qui s’al- 
longe et grimpe comme sa mére, en pro- 
duit une pour ainsi dire nulle , de sorte 
que la plante forme une sorte de 
petit buisson compacte. Nous avons des 
exemples analogues dans le Pois nain, 
dans la Tomate naine et dans le Pécher 
nain, tandis que le Pêcher pleureur nous 
fournit un exemple contraire; chez celui- 
ci, qui se reproduittrès-bien par noyaux, 
les branches retombent jusqu’au sol, sur 
lequel elles traînent. : 

Nous allons terminer ‘cette série par 


l'énumération de quelques variétés re- 


Mmarquables par la forme ou par la cou- 
leur deleur feuillage, qui se reproduisent 
par semis, soit en tout, soiten partie seu- 
lement; puis nous en indiquerons quel- 
ques autres quiprésentent des caractères 
anormaux (des monstruosités), qui se 
reproduisent également par graines. 


VARIÉTÉS A FEUILLES DÉCOUPÉES OU LA- 
CINIÉES SE REPRODUISANT PAR GRAINES. 


Juglans regia heterophylla (partim); 

Rubus fruticosus laciniatus ; 

Sambucus regia cannabifolia (par- 
tim). 


VARIÉTÉS A FEUILLES COLORÉES SE RE- 
PRODUISANT PAR SEMIS. 


Hêtre à feuilles 
Epine-Vinette à 
(partim). 


pourpres (partim); 
feuilles  pourpres 


VARIÉTÉS MONSTRUEUSES SE REPRODUI- 
SANT PAR SEMIS. 


Papaver  somniferum monstrosum ; 
Scolopendrium  officinale monstro- 
sum (note 16). 


1er GROUPE (2e section). 


SEMIS FAIT APRÈS AVOIR OPÉRÉ LA FÉ- 
CONDATION ARTIFICIELLE avec combi- 
NASON, DANS LE BUT D'OBTENIR DES 
VARIÉTÉS. 


Précisons d’abord et indiquons ce 
qu’on doitentendre par fécondation; puis 
nous indiquerons ce qu’il faut entendre 
par fécondation artificielle. 

Sans entrer ici dans de grands détails, 
nous croyons cependant devoir dire 
quelques mots sur ce sujet, et rappeler, 
ne füt-ce que très-somrmairement, 
quels sont les organes qui concourent 
à l’accomplissement de ces importants 
actes de la vie végétale. Ceci nous paraît 
d'autant plus nécessaire qu’on ne peut 
pratiquer cette opération avec fruit que 
si lon connaît bien les organes à l’aide 
desquels elle s'effectue, et même, jusqu’à 
un certain point, le rôle qu’ils jouent. 

La fécondation des végétaux, de même 
que celle des animaux, s’accomplit à 
l'aide d'organes particuliers que, d’une 
manière générale, on nomme organes 
sexuels où organes de la génération. 
Chez les végétaux, les seuls qui doivent 
nous occuper, ces organes sont contenus 
dans les fleurs, ou plutôt ils en font 
partie ; dans le plus grand nombre de 
cas ils en occupent le centre. 

De même encore que chez les ani- 
maux, ces organes, dans les végétaux, 
sont de deux sortes, mâles et femelles: 
ceux-ci portent le nom de pistils; on 
donne à ceux-là le nom d'étamines. 
L’organe femelle ou pistil, lorsqu'il est 
complet, se compose de trois parties 
principales, qui sont, en allant de bas en 
haut, l'ovaire, lestyle, etenfinle stigmate. 

L'ovaire est la partie renflée, ‘creuse 
à l’intérieur, dans laquelle sont placés 


DANS LES VÉGÉTAUX. s 19 


de petits corps nommés ovules (très- 
jeunes graines non fécondées). 

Le style est la petite colonne qui ré- 
sulte du prolongement, du rétrécisse- 
ment et de la soudure des pièces qui, 
réunies, constituent l'ovaire; il est creux, 
plus ou moins allongé, et se termine le 
plus souvent par une partie renflée sus- 
ceptible de prendre des formes très- 
diverses. C’est à cette dernière qu'on à 


donné le nom de stigmate, qui, toujours 


dépourvu d’épiderme, laisse ordinaire- 
ment, à une certaine époque de son dé- 
veloppement, éranssuder une sorte de 


0 . ° 


liqueur épaisse, sirupeuse ou visqueuse. 
De ces trois parties, qui le plus ordinai- 
rement composent le pistil, deux, l'o- 
vaire et le stigmate, sont indispensables; 
quant à la troisième (le style), elle peut 
manquer sans que cela nuise à la fécon- 
dation. 

L'étamine se compose également de 
trois parties qui sont : le petit pied ou 
support, qui ordinairement s’insére sur 
le réceptacle ou fond de la fleur : on le 
nomme filet ; il est surmonté d’une par- 
tie renflée ou sorte de sac : c’est l'an- 
thère, qui, creuse à Pintérieur, renferme 
le pollen, qui, à cause de ses propriétés, 
de sa nature et de son aspect les plus 
ordinaires, est souvent aussi nommé 
poussière fécondante. : 

Le filet, qui est plus où moins al- 
longé, ténu (d’où son nom fil), n'est 
pas non plus indispensable; de même 
que le style, il peut manquer sans que 
pour cela la fécondation ne puisse s’o- 
pérer. 

Pour qu'il y ait fécondation il faut 
non-seulement qu'il y ait contact du 
pollen et du stigmate, maïs il faut encore 
que ces organes se trouvent dans des 
conditions particulières que nous indi- 
querons plus loin. 

Lorsque lerapprochement des sexes se 
fait naturellement, le phénomène, quelle 
que soit la manière dont il s’accomplit, 
est désigné par le nom de fécondation, 
parfois de fécondation naturelle; lors- 
qu’au contraire. l’homme intervient soit 
pour assurer purement et simplement 
la fécondation, soit, en opérant à l’aide 
de combinaisons particulières, dans le 
but d'obtenir des résultats en quelque 
sorte prévus, le phénomène, par oppo- 
ll prend le nom de fécondation arti- 

cielle. 


Dans l’acception la plus rigoureuse, 
en parlant de la fécondation naturelle, 
on la dit directe ou immédiatelorsqu’elle 
a lieu entre les organes d’une même 
fleur, indirecte ou médiale lorsque, 
s’opérant également d'elle-même, elle a 
lieu ,soitentre des fleurs différentes pla- 
cées sur la même plante, soit entre des. 
plantes différentes, avec le secours du 
vent ou avec l’aide des insectes. 

La fécondation naturelle directe ne 
peut donc s’opérer que chez les plantes 
dont les fleurs sont pourvues des deux 
sortes d'organes sexuels, par conséquent 
chez les fleurs hermaphrodites. Quant à 
la fécondation naturelle indirecte, elle 
peut présenter une foule de particula- 
rités dont nous n’avons pas à NOUS OCCU- 
per ici, telles que la fécondation entre 
espèces diverses, entre des plantes à 
fleurs monoïques, dioiques, etc. 

Indépendamment de ce qui vient d’ê- 
tre dit, les fécondations, soit naturelles, 
directes ou indirectes, soit artificielles, 
peuvent parfois s’opérer entre des plan- 
tes qui occupent différents degrés dans 
la série végétale, d’où il résulte des 1n- 
dividus hybrides, des métis, etc., à di- 
vers degrés. 

Après avoir fait connaître les organes : 
sexuels, disons quelques mots de l’en- 
semble des fleurs. | 

Considérées d’une manière générale, 
les fleurs, quant à leur conformation, 
présentent, lorsqu'elles sont complètes, 
quatre séries distinctes d'organes, qui 
sont, en allant de la circonférence au 
cenire : 

4o Le calice, qui est le plus généra- 
lement vert, de nature foliacée ; 

90 La corolle, qui est la partie la plus 


brillante de la fleur, et qui est aussi très- 
diversement colorée; elle se compose soit 
d’une, soit de plusieurs pièces ; 

30 Les étamines ; 

4 Le pistil. 

Le calice, de même que la corolle, 
peuvent présenter des différences nota- 
bles, soit de forme, de couleur, ou 
de nature, etc.; ils peuvent aussi être 
formés d'une seule pièce, comme ils 
peuvent l'être de plusieurs. Dans Île 
premier cas on les dit monosépales s’il 
s'agit du calice, monopétales s’il s’agit 
de la corolle; dans le deuxléme cas on 
les dit polysépales S'il s’agit du calice, 


| polypétales lorsqu'on à affaire à la corolle. 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Toutesles fleurs ne sont cependant pas 
pourvues de ces divers organes: chez un 
grand nombre certains n'existent pas: 
il est même des plantes dontiles fleurs 
sont réduites à un seul organe sexuel, 
chez les Conifères par exemple. 

Quelquefois aussi les organes floraux 
sont profondément modifiés, et présen- 
tent, soit dans leurs formes, soit dans 
leurs dimensions, les différences les plus 
grandes; d’autres fois encore la corolle, 
au lieu d’avoir l'ampleur et l'éclat qu’elle 
présentele plusordinairement,estréduite 
à des rudiments ou sortes d’appendices 
peu apparents, de sorte que, pour la re- 
connaître, il faut avoir une certaine ha- 
bitude d'observation, et dans quelques 
cas même !l faut l'œil exercé d’un bota- 
niste. Ce sont là toutefois des exceptions 
dont nous n’avons pas à nous occuper 
ici. 

Considérées sous le rapport des Orga- 
nes sexuels, toutes les fleurs ne sont pas 
non plus conformées de la même ma- 
nière; ainsi il en est qui ne renferment 
que des étamines, tandis que d’autres 
ne renferment que des pistils : les unes 
comme les autres sont dites uniseruées ; 
celles qui ne renferment que des étami- 
nes sont appelées fleurs mâles, ou fleurs 
Staminées, par opposition à celles qui ne 
renferment que des pistils, qu’on nomme 
fleurs femelles ou fleurs pistillées. Les 
fleurs qui renferment ces deux sortes 
d'organes sont dites ou hermaphrodites 
Ou bisexuées. 

Il est aussi des espèces de plantes qui, 
sur un même pied, ne produisent des 
fleurs que d’une seule sorte, soit mâles, 
soit femelles : on les nomme fleurs 
diniques; tels sont le Chanvre, le 
Pistachier, le Dattier, le Dioscorea 
Bataias, V'Akebia quinata, ete. I est au 
contraire d’autres espèces qui sur le 
même individu portent les deux sortes 
de fleurs unisexuées : on les nomme 
monoiques ; tels sont les Noyers, les Ché- 
nes, les Châtaigniers, le Maïs, les Me- 
lons, les Potirons, les Concombres, les 
Typhas, les Arum. 

Il est facile de comprendre que, pour 
toutes ces plantes dont les sexes sont 
séparés et placés à des distances plus ou 
moins grandes les unes des autres, s’il 
n'y avait point d’intermédiaires, il ar- 
riverait fréquemment que la féconda- 
tion ne pourrait s’opérer. C’est ce qui 


explique pourquoi les Melons, de même 
que la plupart des autres Cucurbitacées 
qu'on cultive comme primeurs, ont par- 
fois tant de difficulté à nouer leurs fruits, 
ou, comme on le dit dans la pratique, à. 
arrêler, fait qui résulte de ce que, quand 
les plantes sont en fleurs, il fait souvent. 
tellement froid qu’on ne leur donne que 
peu ou point d’air, de sorte que, les 
fleurs n'étant pas agitées, la dissémina- 
tion du pollen n’a pas lieu, et qu’il n’en 
arrive pas aux fleurs femelles. Dans ce 
cas encore la cause d’insuccès est aug- 
mentée par cette raison que les insec- 
tes, qui dans la fécondation jouent un 
rôle important en allant butiner dans les 
fleurs, ne le peuvent pas, les coffres 
étant presque constamment fermés. On 
pourrait Jusqu'à un certain point remé- 
dier à cet inconvénient en pratiquant la 
fécondation artificielle (note 17). 

Nous avons cru devoir entrer dans 
tous ces détails afin de mettre le lecteur 
au Courant de certains faits qui, bien 
que généralement connus, sont encore 
ignorés de plusieurs, de manière que, 
connaissant bien ces particularités, il 
puisse, guidé par ces explications, se 
rendre bien compte de la fécondation 
arüificielle, et au besoin l'appliquer avec 
succés. 

Voyons maintenant quelles sont les 
conditions les plus favorables pour pra- 
tiquer avec succès la fécondation artif- 
cielle. Deux conditions sont indispensa- 
bles : la première, c’est que les organes 
sexuels soient en bon état, c’est-à-dire 
dans des conditions parfaites de déve- 
loppement, et que les anthères puissent 
s'ouvrir pour donner passage au pollen, 
qui doit être bien conformé. Il faut, en 
ouire, que le stigmate soit également 
dans de bonnes conditions pour rece- 
voir ce dernier, c’est-à-dire qu’il sé- 
crête cette sorte de viscosité dont nous 
avons parlé plus haut (note 18). 

La deuxième condition, qui n’est ni 
moins nécessaire ni moins importante 
que la première, c’est que les plantes 
qu'on veut féconder soient parenltes , 
qu’elles appartiennent à la même es- 
péce, ou tout au moins au même genre 
(note 19). | 

On a beaucoup discuté aussi sur le 
point de savoir quel est le moment le 
plus favorable pour pratiquer la fécon- 
dation. Ce moment ne peut être précisé 


L 


+ 2 


DANS LES VÉGÉTAUX, 21 


d’une manière absolue; on ne peut que 
l'indiquer d’une manière générale, et 
dire que c’estdepuis huitheures du matin 
jusqu’à environ midi, lorsque la chaleur 
solaire a déjà réchauffé les organes et 
distendu leurs tissus (note 20). Toute- 
fois ce n’est là qu’une indication rela- 
tive, car il ne peut être douteux que 
le moment le plus avantageux d’opérer 
varie suivant les conditions dans les- 
quelles sont placés les individus, sui- 
vant la nature de ceux-ci, et probable- 
ment aussi suivant l’état d’épanouisse- 
ment des fleurs; car, puisque, sur la 
plupart des plantes, les fleurs s’épa- 
nouissent continuellement, leur état de 


développement, amoureux, pourrait-on‘ 


dire, doit être différent pour chacune 
d'elles. : 

Le moment précis qui convient pour 
féconder les végétaux est peut-être ce 
qu’il y a de plus difficile à saisir, et c’est 
même peut-être à cause de cela qu’on 
échoue si souvent lorsqu'on pratique la 
fécondation artificielle. Disons encore 
qu’un certain degré de température est 
nécessaire, mais que ce degré, variable 
suivant les individus, est très-difficile à 
apprécier. Nous pouvons admettre qu’au 
dessous de 0° degré la fécondation ne 
peut s’opérer, mais qu’à partir de là la 
température pourra, suivant les plantes, 
s'élever jusqu’à 40 degrés et peut-être 
même au delà. D'une autre part encore, 
il est bien clair que le moment le plus 
convenable d'opérer la fécondation devra 
en outre varier suivant que l’épanouisse- 
ment des fleurs aura lieu soit le jour, soit 
la nuit, soit à telle ou à telle heure de la 
Journée. Il est hors de doute, par exem- 
ple, qu’on ne pourrait féconder le Cereus 
grandiflorus le jour, puisqu'il ne fleu- 
rit que la nuit; que la Belle de nuit, 
qui épanouit ses fleurs vers le soir 
pour les fermer le matin, ne pour- 
rait non plus être fécondée dans le milieu 
_de la journée. Il en est de même encore 
pour les Zpomea, les Calystegia, etc., 
qui présentent les mêmes particula- 
rités. Jusqu'ici il n’y a rien de précis; 
c’est par suite de tâtonnements et par des 
observations attentives qu’on parvien- 
dra à découvrir, pour une plante don- 


née, quel est le moment le plus favorable 


pour opérer la fécondation de ses fleurs; 
ainsi, pour la Vanille, ce moment est vers 
dix heures du matin, moment qui, du 


reste, paraît être le plus convenable 
pour la plus grande partie des végé- 
taux. Toutefois l’état de l'atmosphère 
(clair ou nuageux), une température éle- 
vée ou basse pourront encore détermi- 
ner des modifications dans l'heure 
d'opérer. 

Revenant aux conditions générales les 
plus avantageuses pour pratiquer la fé- 
condation artificielle, nous ajouterons à 
ce qui à été dit ci-dessus qu'il faut aussi, 
toutes circonstances égales d’ailleurs, 
lorsqu'on veut opérer, qu'il fasse sec et 
chaud, de manière que les organes soient 
dépourvus d'humidité et que leur action 
soit plus énergique (note 21). 

D'une autre part, comme la féconda- 
tion artificielle se pratique presque tou- 
jours en vue d'obtenir un résultat prévu, 
il faut, pour obtenir ce résultat, prendre 
certaines précautions pour que rien 
ne vienne déranger les combinaisons 
qu’on a faites. Pour cela, si la plante est 
hermaphrodite, on doit, avant que les 
anthères s'ouvrent, enlever avec précau- 
tion les étamines (les anthères surtout) 
des fleurs qu’on veut féconder; après 
quoi l’on attend, pour agir, que l'organe 
femelle soit arrivé à un état convenable 
de développement. | 

Mais, comme il existe un certain nom- 
bre de plantes chez lesquelles la fécon- 
dation est antéflorale, c’est-à-dire chez 
lesquelles la fécondation se fait avant 
l'épanouissement des fleurs, on doit dans 
ce cas, pour obtenir un bon résultat, 
opérer la suppression des étamines avant 
que cet épanouissement ait lieu. Nous 
pouvons citer comme présentant cette 
particularité les Gloxinias; cet exem- 
ple est d'autant meilleur qu'il est bien 
constaté, et que les nombreuses varié- 
tés de ce genre que l’on possède aujour- 
d’hui ne datent que d’un petit nombre 
d'années, précisément de l’époque où, 
ayant eu connaissance de ce fait, on a 
agi en conséquence. 

Bien longtemps auparavant, on avait | 
essayé de pratiquer la fécondation arti- | 
ficielle de ces plantes, mais toujours | 
sans aucun succès; on obtenait bien 
des graines en quantité, mais celles-ci 
ne produisaient jamais que des plantes 
à peu près semblables à celles dont elles 
provenaient. Il ne pouvait du reste 

en être autrement, puisque, lors- 
qu’on opérait la fécondation artificielle, 


99 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


fécondation naturelle, directe, était 
opérée par les propres organes des 
fleurs. 

Toutefois, relativement au moment 
où les organes sexuels semblent être dis- 
posés à exercer leur action, il peut dans 
certains cas se montrer des différences 
assez grandes, des sortes d'anomalies 
apparentes. (Voir plus loin comment une 
température et des conditions de milieu 
différentes peuvent, au point de vue de 
l'époque de développement des organes 
sexuels, déterminer de profondes modifi- 
cations.) 

Pour les plantes dont la floraison est 
antéflorale, voici comment il faut opérer : 

Lorsque le bouton est déjà trés-gros 
on le fend longitudinalement sur l’un 
des côtés avec la lame d’un canif; puis 
on ouvre un peu la fente pour y intro- 
duire une petite pince à l’aide de la- 
quelle on enlève les étamines, bien en- 
tendu avant l'ouverture des anthères. 
On laisse ensuite les choses en cet 
état jusqu’à ce que le stigmate soit bien 
développé ; alors on apporte sur ce der- 
nier du pollen de la plante qu’on a 
choïsie pour père et dont on veut pro- 
pager les caractères. 

Certains auteurs ont conseillé l'emploi 
d'un pinceau pour recueillir le pollen ; 
cest là, suivant nous, un système 
grossier, très-bon lorsqu'il ne s’agit 
que d'assurer la fécondation simple, 
c'est-à-dire la production de graines 
telles quelles, mais insuffisant si l’on 
voulait opérer avec précision, par suite 
de combinaisons, afin d'obtenir un résul- 
tat prévu. En effet, il est facile de com- 
prendre que, quelque soin que lon 
prenne, il restera presque toujours dans 
le pinceau un certain nombre de grains 
de pollen; or, comme ce pollen, qui 
provient de diverses plantes, peut 
occasionner une confusion, qui exclut 
toute cerlitude, qui vient déranger les 
calculs et en rendre le résultat douteux, 
il faudrait donc, pour éviter cet inconvé- 
nient, se servir d'autant de pinceaux 
que l’on voudrait pratiquer de féconda- 
tions diverses. Ce qu’il y a de mieux à 
faire, lorsque la chose est possible et 
qu'on tient à avoir un résultat certain 
et précis, c’est de prendre les étamines 
par le filet, soit avec les doigts, soit à 
l’aide d’une petite pince, et d'appliquer 
l’anthère sur le stigmate. 


Si, au lieu d’être hermaphrodites, les 
fleurs qu’on veut féconder étaient soit 
monoiques, soit dioiques, on veillerait à 
ce que les fleurs femelles ne soient point 
fécondées par d’autres que par les fleurs 
mâles des plantes dont on veut repro- 
duire le caractère. | 

Lorsqu'on pratique la fécondation 
arüficielle des fleurs en vue d’en obtenir 
des variétés nouvelles, on se fonde sur 
cette idée, vraie en principe, que, dans 
l'acte de la génération, tout être, en rai- 
son de la tendance qu’il a à reproduire 
ses caractères, peut aussi, en ralson de 
cette même loi, en communiquer une 
partie plus ou moins grande à l’individu 
avec lequel il est mis en contact, d’où 
peuvent résulter et .résultent très-sou- 
vent des intermédiaires qui participent 
à la fois des caractères que présentent 
les deux individus dont ils proviennent. 

Nous pourrions, à l'appui de notre 
dire, citer un nombre considérable de 
plantes qui, en effet, tiennent le milieu 
entre d’autres dont elles sont issues; 
nous citerons seulement les suivantes : 

Rhododendron Princesse Royale, pro- 
duit du Rh. Javanicum, Weïtch, avec 
le Rh. jasminiflorum ; 1 est intermé- 
diaire entre ces deux plantes; ses feuilles 
rappellent le Rh. Javanicum, tandis que 
ses fleurs sont semblables à celles du 
Rh. jasminiflorum, mais un peu plus 
grandes. 

Gatleya Dominiana, produit du €. 
amethystina et du C. labiata; il tient 
de ce dernier par la forme et la gran- 
deur des fleurs, et du C. amethystina 
par son faciès général. 

Le BegoniaDregei, plante caulescente, 
fécondé par une variété du B. rex, a pro- 
duit le B. Dregei à feuilles panachées, 
plante entièrement semblable à la mère 
par le port, au père par les panachures. 

Le Begonia discolor, fécondé par le B. 
rex ou par l’une de ses variétés a pro- 
duit en très-grande quantité des plantes 
semblables entre elles, qui ne différent 
du B. discolor que par les feuilles, qui, 
au lieu d’être rouge brun, sont complé- 
tement panachées. Dans cette circons- 
tance, de même que dans les exemples 
précédents, la mère a conservé tous ses 
caractères comme végétation, le père 
a donné l’habit (les panachures). 

Le Begoma discolor, fécondé par le 
B. splendida, a produit en très-grande 


or 


om ts R n< MdShh"  ots 


DANS LES VÉGÉTAUX. 23 


quantité des graines qui, semées, ont 
donné un très-grand nombre d’indi- 
vidus tout à fait intermédiaires entre les 
deux parents, mais tellement semblables 
entre eux qu'on n’en pouvait guère 
faire qu’une variété. Au lieu d’être 
 glabres comme l’est le B. discolor, ces 
intermédiaires sont couverts de poils, 
sur toutes leurs parties; mais ces poils 
au lieu d’être rouges et très-serrés, 
comme ils le sont chez le B. splendida, 
sont roux et moins denses. 

Le Magnolia Soulangeana, résultat 
d’une fécondation artificielle du Magno- 
lia purpurea et du M. Yu-lan, est in- 
termédiaire entre ces deux espèces. 

Amaryllis formosissima hybrida. 

Les plantes qui proviennent de ce 
semis, quoique très-âgées, n’ont pas en- 
core fleuri; elles proviennent de l’A- 
maryllis formosissima (père) et de A. 
longifolia (mère); par le port elles 
sont intermédiaires entre les deux pa- 
rents. Pourtant elles sont plus vigou- 
reuses et plus fortes dans toutes leurs 
parties que l'A. formosissima, elles 
sont moins fortes que l'A. longifolia, 
mais, de plus, elles tiennent du pêre par 
leur mode de végétation; elles donnent 
beaucoup de caïeux, tandis que leur 
mère, l'A. longifolia, n’en donne pour 
ainsi dire jamais. 

Anemone Japonica hybrida. 

Anemone elegans. 


Issue de la fécondation de l’Anemone 
Japonica et de VA. vitifoliu, cette plante 
estintermédiaire entre ces deux espèces. 
Toutefois elle se rapproche beaucoup 
plus de celle-là que de celle-ci. 


Crinum Meldense. 
Amaryllis Meldensis. 


Cette plante, obtenue en fécondant 
l'Amaryllis longifolia par le Crinum 
Taitense, tient exactement le milieu 
entre ces deux espèces; mais, tout en 
conservant les caractères généraux des 
deux parents, elle a néanmoins CONservé 
le tempérament de la mère, c’est-à-dire 
sa rusticité. 


Dianthus hybridus Quetierit. 
Issue du D. Hedwigiüi et de lŒillet 


Flon, cette plante est caulescente, très- 


ramifiée; ses fouilles sont longues, rai- 
des, longuement aiguës. La tige ainsi que 
les ramifications sont noueuses. L'aspect 


glaucescent bleuâtre de toute la plante 
rappelle le D. Hedwigii, dont il a con- 
servé les fleurs. 


Dianthus barbato-superbus. 


Cette plante, issue du Dianthus barba- 
tus et du D. superbus, est intermédiaire 


entre ces deux espèces; ses tiges, plus 


ramifiées, sont plus dressées; les fleurs 
sont très-largement fimbriées. Elle est 
subvivace. 


Dianthus Hedwigi barbatus. 


Obtenus en fécondant le Dianthus 
Hedwigi par le D. barbatus, ces hybri- 
des sont tout à fait intermédiaires entre 
les deux parents; leurs fleurs, un peu 
plus petites que celles du D. Hedwigü, 
sont plus grandes que celles du D. bar-. 
batus. Quelques pieds sont à fleurs . 
doubles. 

Spiræa Billiardir. 

Provenant de la fécondation du Spiræaæ 
salicifolia et du S. Douglasü, le S. Bil- 
liardii est intermédiaire entre ces deux 
espèces ; ses feuilles, un peu plus longues 
et plus acuminées que celles du $S. Dou- 
glasii, ne sont pas glauques comme 
celles de ce dernier ; l’inflorescence est 
intermédiaire; les fleurs sont d’un beau 
rose foncé. 


Papaver hybridum Meldense. 


Cette plante, très-curieuse, est issue 
du Papaver bracteatum fécondé par une 
variété à fleurs doubles du P. rhœas; 
elle est haine, très-rameuse; ses feuilles 


rappellent celles du P. rhœas, un peu 


plus fortes toutefois ; ses boutons rappel- 
lent ceux des Coquelicots; ses fleurs, un 
peu plus grandes que celles de ce der- 
nier, sont moins grandes que celles du 
P. bracteatum dont elles ont l'aspect 
général. 
Papaver somniferum bracteatum. 


Rien de plus curieux que la série de 
plantes que nous comprenons sous ce 
nom; elles proviennent du Papaver som- 
niferum fécondé par du pollen pris sur 
des hybrides issues de la fécondation du 
P, bracteatum par le P. sommiferum. 
Aussi tous les individus résultant de cette 
deuxième fécondation étaient-ils à peu 
près stériles. Le caractère de faciès do- 
minant était celui du Papaver somnife- 
rum; néanmoins on pouvait partager 


à 
pe 
Hi 


24 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


toutes ces plantes en deux groupes : l’un 
contenait celles dont le faciés rappelait le 
P. somniferum, mais avec cette diffé- 
rence que les tiges, au lieu d’être ra- 
mifiées comme chez ce dernier, étaient 
simples et uniflores. Il partait du collet 
de ces plantes des bourgeons qui sem- 
blaient faire présager qu’elles seraient 
vivaces. Les plantes de l’autre groupe, 
beaucoup moins nombreuses, sem- 
blaient, par leur aspect général, se rap- 
procher davantage du Papaver bractea- 
tum ; leur ovaire, au lieu d’être renflé 
etrond comme chez les précédents, était 
três-atténué à la base, qui se confondait 
avec le pédoncule; les ramifications, au 
lieu de partir du pied, sortaient de la 
tige, de sorte que, sous ce rapport, il y 
avait renversement des caractères. 

_Le fait le plus curieux dans cette 
circonstance, c’est d’abord que tous ces 
individus, bien que provenant de graines 
d’une plante annuelle, paraissaient être 
vivaces; de plus ils étaient rustiques. 
Ainsi, malgré un hiver rigoureux (celui 
de 1863-64), ils n’ont aucunement sout- 
fert, tandis qu'à côté des plantes pro- 
venant de diverses variétés du P. som- 
niferum, placées dans les mêmes condi- 


tions, ont élé complétement détruites. 


Gesneria Donkelariana. 


Cette plante, issue par fécondation 
artificielle du Gesneria discolor et du 
Gloxinia caulescens, a tous les carac- 
tres extérieurs du Gesneria discolor; 
seulement ses fleurs sont plus gran- 
des. Mais cet hybride, ainsi que les deux 
suivants, dont l’origine est la même, 
présente dans sa végétation la particu- 
arité suivante : lorsqu'on le muliplie 
par boutures de feuilles, ces boutures 
produisent des bulbilles; mais ces der- 
nières, bien qu’elles ne produisent jamais 
de parties foliacées, n’en continuent pas 
moins à végéter ; elles acquièrent même, 
avec les années, d’assez grandes dimen- 
sions. 


Gesneria Miellezii. 


Issu, comme le précédent, du Gesne- 
neria discolor et du Gloxinia caulescens, 
le G. Miellezi est beaucoup plus rappro- 
ché du Gloxinia que du Gesneria: ses 
Îleurs sont plus petites que celles de ce 
dernier ; mais, au lieu d’être penchées, 
elles sont droites. 


Gesneria pyramidalis. 

De même que les deux précédents, 
celui-ci est issu de la fécondation artifi- 
cielle du Gesneria discolor et du Gloxi- 
nia caulescens ; son port rappelle un peu 
le G. Miellezii, mais ses fleurs sont sem- 
blables à celles des Gloxinias; elles sont 
aussi plus ou moins penchées. 

Nous ferons remarquer que, lorsqu’on 
s’y prend à temps, on peut croiser entre 
elles presque toutes les plantes du groupe 
des Gesnériacées; aussi n'est-il pour 
ainsi dire plus possible d’assigner des 
caractères solides à aucun des genres 
qu'il renferme, et presque tous, aujour- 
d’hui, ont des caractères communs. 


Du pollen et de sa conservation. 


Le pollen pouvant conserver ses facul- 
tés fécondatrices pendant un temps 
plus ou moins long, une année et même 
plus (note 22), on peut facilement le 
transporter à d'assez grandes distances. 

Pour conserver le pollen ondoit le re- 
cueillir par un temps sec et lorsqu'il est 
dans de bonnes conditions de dévelop- 
pement, c’est-à-dire lorsque les anthères 
commencent à s'ouvrir ; puis l’envelop- 
per dans un peu de papier de soie qu’on 
renferme dans une petite boîte de car- 
ton. Si l’on doit s’en servir au bout de 
peu de temps il suffit de placer cette 
boîte dans un lieu sec, à l'abri du soleil, 
et, autant que possible, d’une trés-forte 
chaleur. Si, au contraire, on veut conser- 
ver le pollen pendant longtemps, le faire 
voyager, par exemple, il faut, avant de 
le renfermer, le laisser ressuyer entre 
deux papiers; puis, lorsqu'il est bien sec 
et arrangé comme ïil vient d'être dit, 
renfermer le tout dans une petite boîte 
en carton qu’on place dans une boîte en 
bois. 

Quelle que soit la nature de l’enve- 


Zloppe dont on s’est servi pour conserver 
PP 


le pollen, on doit toujours le préserver 
avec le plus grand soin de l'humidité. Il 
faut aussi éviter de faire usage de boîtes 
métalliques; elles ont l'inconvénient de 
s’échauffer fortement, de sorte qu’elles 
pourraient faire subir au pollen une 
sorte de fermentation qui lui enlèverait, 
plus ou moins, ses propriétés fécon- 
dantes. La fermentation, toutes choses 


égales d’ailleurs, est d'autant plus dan- 


gereusequ'elle s’éxerce dans un endroit 
plus hermétiquement fermé; dans ce: 


DANS LES VÉGÉTAUX. 95 


<as il y a bientôt non-seulement altéra- 
tion, mais pourriture. Les corps poreux, 
tels que le papier, le carton et le bois, 
sont donc ce qui convient le mieux pour 
conserver le pollen. | 
Lorsqu'on n’a en vue que d’obtenir 
des variétés, sans tenir plutôt à tel ca- 
ractère qu’à tel autre, au lieu de prati- 
quer la fécondation, on peut se borner 
à rapprocher l’une de l’autre les plantes 
qui, avec des caractères organiques 
" semblables, mais différentes soit par le 
port ou faciès, soit par la grandeur, 
par la forme ou par la couleur des 
fleurs, fleurissentnéanmoins à la même 
époque. Dans ce cas ce sont les insectes 
qui, en allant butiner dans les fleurs, 
font toute la besogne ; en emportant du 
pollen d’une fleur, qu’ilslaissent tomber 
Sur le stigmate d’une autre, il résulte 
des mélanges, et, comme conséquence, 
des variétés qui ne se produiraient pas 
Si les plantes étaient placées à. de grandes 
distances les unes des autres. La plupart, 
Soit des hybrides, soit des variétés du 
commerce, n’ont pas d'autre origine. 

- Tout ce qu'il y a d’essentiel en ce 
qui concerne la fécondation artificielle, 
tous les soins qu’on doit avoir et toutes 
les précautions qu’on doit apporter pour 
assurer le succès de cette opération 
ayantété décrits, il reste à en faire l’ap- 
plication, ce qui, on doit lecomprendre, 
n'est plus qu'une question de combi- 
naisons, dont les principes, qui sont re- 
latifs, doivent varier suivant les condi- 
tions dans lesquelles on se trouve placé, 
Suivant la nature des plantes sur les- 
quelles on opère, et,surtout aussi, sui- 


vant le but qu’on se propose d'atteindre. 


Nous allons donc, mais seulement pour 
mémoire, pour ainsi dire, en indiquer 
Quelques exemples, en les basant toute- 
fois surune hypothèse, ce qui, danscette 
Girconstance, est biensuffisant, puisqu'il 
ne s’agit que d'indiquer la marche à 
suivre. 

Ainsi, supposons qu’on possède deux 
variétés d’une plante à fleurs hermaphro- 
dites, et qu’on désire, soit obtenir des 
intermédiaires entre elles, soit faire do- 
miner tel ou tel caractère particulier à 
lune d’elles; voici comment on doit 
procéder. C’est une affaire toute pra- 
que. 

Au lieu de laisser leurs fleurs se fé- 
Conder par elles-mêmes, on enlève, 


avant l’anthère, les étamines des fleurs 
qu'on destine à devenir mères; puis, 
lorsque leur stigmate est bien développé, 
on apporte et l’on dépose à sa surface 
du pollen qu’on a pris sur les fleurs de 
l'autre plante. 

Si par hasard les deux plantes qu’on 
veut féconder ne fleurissaient pas à la 
même époque, 1l faudrait, lorsque s’épa- 
nouiraient les. fleurs de celle qui doit 
servir de père, en recueillir le pollen et 
le conserver jusqu’à l’époque où l’on en 
aurait besoin. 

Si, entre les plantes qu’on veut fécon- 
der, il y avait, lors de la floraison, quel- 
que obstacle matériel qui s’opposât à leur 
rapprochement, on devrait tâcher de le 
faire disparaître. Ainsi il est un certainf 
nombre de végétaux dans nos cultures, 
soit par la disposition des organes, soit 
par toute autre cause, qui ne peuvent se 
féconder d'eux-mêmes et pour lesquels 
il faut opérer la fécondation artificielle; 
telle est, par exemple, la Vanille, ainsi 
qu'à peu près toutes les espèces d’Or- 
chidées. | 

Si l’on avait affaire à des plantes 
monoïques, et que leurs fleurs, uni- 
sexuelles, fussent trop éloignées les unes 
des autres pour qu’il y ait contact des 
organes fécondateurs, il faudrait inter- 
venir, et, au moment propice, appliquer 
du pollen des fleurs mâles sur le stig- 
mate des fleurs femelles; et, dans le cas 
encore où les combinaisons exigeraient 
l'emploi de pollen étranger à la plante, 
il faudrait supprimer toutes les fleurs 
mâles, ou du moinsleurs étamines, avant 
leur complet développement: S'il s’agis- 
sait de plantes dioïques, on prendrait 
les mêmes précautions ; on apporterait, 
puis on déposerait sur le stigmate des 
fleurs femelles du pollen qu'on aurait 
recueilli sur les individus mâles, en te- 
nant compie des caractères que l’on 
veut propager. 

Nous ne nousétendrons pas davantage 
sur ce sujet, les combinaisons qu’il com- 
porte pouvant varier à l'infini, et pouvant 
aussi porter sur les diverses parties des 
plantes. | 

De tout ce qui précède il résulte que, 
lorsqu'il s’agit d'obtenir des variétés, le 
succès dépend principalement du choix 
dessujets porte-graines, choix qui, étant 
lié au but qu’on se propose d'atteindre, 
ne peut être indiqué, ni même prévu. 


6 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


dans un cas, l’on voudra faire dominer 
tel coloris, telle forme, etc.; dansun autre 
cas ce sera l'inverse, Parfois on portera 
son attention sur les dimensions des 
fleurs, d’autres fois ce sera sur celles des 


plantes qu’on voudra agir; parfois en- 


core on cherchera, soit des variétés hà- 
tives, soit des variétés tardives, soit des 
variétés naines, grandes, élancées, PY- 
ramidales, buissonneuses, etc. Dans 
toutes ces circonstances on devra, pour 
obtenir ces différents résultats, combi- 
ner les opérations et les baser sur les 
principes que nous avons précédemment 
indiqués, en tenant compte aussi de ce 
que nous disons plus loin relativement 
à l'influence des sexes. 

Les variétés obtenues à l’aide de la 
fécondation artificielle sont excessive- 
ment nombreuses. Nous n’en citerons 
qu'un petit nombre des plus remarqua- 
bles, dont nous avons fait connaître ci- 
dessus les particularités. Nous allons 
seulement indiquer lesnoms des plantes. 


VARIÉTÉS OBTENUES À L'AIDE DE LA 
FÉCONDATION ARTIFICIELLE. 
Amaryllis formosissima hybrida: 

Amaryllis Meldensis; 
CCrinum Meldense ; 
Anemone Japonica hybrida ; 
{ Anemone elegans ; 
Begonia discolor variegata ; 
splendida ; 
—  Dregei variegata; 

Catleya Dominiana ; 

Dianthus Hedwigii barbatus ; 

—  hybridus Quetierti ; 

—  barbalo-superbus ; 
Gesneria Donkelariana ; 

 — Miellez; 

—  pyramidalis ; 

Magnolia Soulangeana; 

Papaver hybridum Meldense; 

—  somniferum hybridum; 
Rhododendron Princesse royale ; 
Spirœa Billiardii. , 

En pratiquant avec soin et avec dis- 
cernement la fécondation artificielle, on 
peut non-seulement modifier les formes, 
les couleurs, les dimensions, soit des 
fleurs, soit des feuilles, soit même des 
plantes tout entières; on peut encore, à 
l'aide de combinaisons particulières, 
modifier leurs propriétés, changer plus 
ou moins le tempérament des indivi- 
dus. Pour atteindre ce dernier résul. 


tat il faut, toujours en se fondant sur. 
les principes généraux indiqués précé- 
demment, lorsqu'on possède une variété 
qui présente des qualités particulières 
qu'on tient à propager, mais qui offre 
aussi quelque inconvénient qu’on veut 
éviter, opérer en conséquence. S'agit-il, 
par exemple, d’une plante qui est belle, 
mais qui est sensible au froid? Dans ce 
cas 1l faut la féconder avec une antre 
dont les caractères généraux organiques 
ne soient pas contraires à ceux qu’on 
recherche, et qui en même temps est 
plus rustique. On en verra desexemples 
plus loin. 

Lorsqu'on a affaire à des plantes 
dont les fleurs sont trop rapprochées 
les unes des autres pour qu’on puisse 
opérer facilement, on doit en abattre 
un certain nombre et ne conserver que 
celles qu’on veut féconder; par la même 
raison, si les fleurs sont disposées en 
grappes, en panicules, en corymbes, ete., 
on peut enlever toutes celles qui vien- 
draient gêner le travail, en ayant soin 
de conserver celles qui sont bien cons- 
tituées, dont le pédoncule, gros et bien 
nourri, atteste qu’il y a de la vigueur. 
S'il s’agit d’un grand arbre ou d’une 
plante dont le développement ne per- 
met pas de féconder toutes les fleurs, 
on choisit une ou plusieursbranches, 
selon leur force, et même, si celles-ci 
portent trop de fleurs, on en supprime 
un certain nombre, ainsi qu’il a été dit 
plus haut. 

Pour rendre l’opération plus sûre on 
peut envelopper d’une gaze fine les 
fleurs qui sont préparées pour la fécon- 
dation, de manière à ce qu’elles ne 
puissent recevoir d’autre pollen que 
celui qu’on a décidé d’y mettre. 


OBSERVATION AU SUJET DE L'INFLUENCE 
DES SEXES DANS L’ACTE DE LA FÉCON- 
DATION. 


Y a-t-il dans la fécondation des êtres 
un sexe qui, par son influence, tend à 
l'emporter sur l’autre sexe ? 

Bien que cette question touche aux 
plus hautes considérations physiologi- 
ques, et que, par conséquent, on ne doive 
l’aborder qu'avec une très-grande ré- 
serve, nous croyons cependant, à cause 
de l'intérêt qu’elle peut présenter, de- 
voir en parler et hasarder quelques hy- 
pothèses à ce sujet. Disons d’abord que, 


_ DANS LES VÉGÉTAUX. : 27 


considéré d’une manière générale, cha- 
cun des sexes parait avoir une même 
puissance relative; néanmoins, des ob- 


 servations attentives semblent démon- 


trer que l'influence de chacun des sexes, 


dans quelques cas du moins, s'exerce dif- 


féremment, que l’un porte plutôt sur 


certaines parties que sur certaines au- 


tres; la pratique paraît même parvenue, 
dans une certaine mesure, à reconnaitre 
quelle est, en général, l'influence que 
chacun d’eux exerce. 

D'après lesremarques auxquelles nous 
venons de faire allusion, on pourrait 
presque poser comme principe que, dans 
l'acte de la génération, la forme et la 
couleur du père, c’est-à-dire tous les 
caractères externes, y compris ceux des 
fleurs, tendent à l’emporter, tandis que 
la mère tend à dominer organiquement, 
c’est-à-dire en ce qui touche à la rusti- 
cité, à la vigueur, en un mot en tout ce 
qui constitue le tempérament. 

Ce sont là évidemment des données 
générales qui pourront présenter denom- 
breuses exceptions; néanmoins, les quel- 
ques .résultats qu'on a déjà obtenus 
méritent d’être pris en considération. 
Mais, en admettant ce fait, quelle con- 
séquence devrait-on en tirer, et surtout 
qu'en devrait-on conclure? Ceci : que, 
lorsqu'on voudrait obtenir des plantes 
rustiques on devrait prendre pour mères 
celles qui présentent ce caractère, et 
pour pères, d'autresqui, bien que parfois 


“moins rustiques, présentent, par leur 


caractère extérieur, des qualités que 
l'on recherche, par exemple une belle 
forme, un*beau port, de belles et 
grandes fleurs de telle couleur ou de 
telle autre, suivant le but qu’on se 
propose d'atteindre. Peut-être pourrait- 
on, en se basant sur des principes ana- 
logues,lorsqu'ils’agit de fruits, obtenir 
des variétés quiprésenteraient des qua- 
lités pour ainsi dire prévues (note 25). 
Bien que ceci ne soit qu’une hypo- 
thèse, elle ne nous paraît pas tellement 
dépourvue de probabilité qu'elle ne 
doive attirer l'attention des horticul- 
teurs. Nous la signalons en passant. 
Voici du reste quelques exemples qui 
viennent à l'appui de notre dire et qui 
semblent démontrer l'influence difié- 


rente des sexes sur les diverses parties 


des végétaux. | 
Parmi les Rhododendrons on distin- 


gue, horticolement parlant, deux séries 
de plantes, provenant, l’une d’Angle- 
terre, l’autre de Belgique. Les plantes 
qui appartiennent à la première série 
sont rustiques ; celles de la deuxième 


_gêlent parfois. Gette différence vient de ce 


que, dans le premier cas, onapris-pour 
mère une plante extrêmement rustique, 
le R. Calesbæi, et que, pour père, on a 
pris, parmi les variétés de R. arboreum, 
celles qui étaient les plus belles et les plus 
remarquables, soit par le coloris, soit 
par les formes, soit parles dimensions des 
fleurs. On a obtenu de ces fécondations 
de très-belles plantes, tenant du R. Ca- 
tesbæi par la rusticité et des R. arbo- 
reum par les fleurs. 

Pour créer la deuxième série, celle de 
Belgique, on a pris pour mère le 
R. Ponticum (espèce qui gèle parfois, 
soit en tout, soit seulement en partie), 
et pour père on a pris, comme dans le 
cas précédent, des variétés de R. arbo- 
reum. On a obtenu de ce croisement 
des plantestrès-variéeset très-méritantes 
par la beauté, la forme et le coloris des 
fleurs; mais ces plantes sont beaucoup 
plus sensibles au froid que celles de la 
série anglaise; elles tiennent de leur 
mére, le R. Ponticum, dont elles ont 
même un peu l'aspect (note 24). 

Les Glaïeuls d’une part, les Amaryllis 
de l’autre, nous montrent des résultats 
analogues à ceux qui viennent d’être rap- 
portés. Ainsi, quant aux Glaïeuls de la 
série dite SoucueT, les expériences fu- 
rent commencées vers 1844 (note 25). 
Cette fois on prit pour mère une plante 
rustique, le Gladiolus Gandavensis, qui, 
fécondé par les hybrides de Gladiolus 
cardinalis, ramosus, floribundus, etc., 
produisit, entre autres, de ce premier 
semis, qaatre plantes regardées comme 
méritantes, ce sont Madame Blouet, 
Madame Gouder, Monsieur Georgeon 
et Mademoiselle Fanny Rouget. La pre- 
mire de ces plantes fleurit en 1847; les 
trois autres fleurirent en 4848. Ces di- 
verses variétés, qui tenaient de leur 
mére par le tempérament, c’est-à-dire 
par la rusticité, fécondées à leur tour 
par les Gr. blandus, cardinalis, floribun- 
dus, etc.,et, quelquefois entre elles, pro- 
duisirent des plantes qui présentaient 
les coloris et les formes les plus diverses, : 
tout en ayant conservé la rusticité. Ce 
mode de procéder fut suivi avec soin 


28 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


pendant cinq à six ans; après quoi 
les modifications étaient telles qu'il a 
suffi de récolter des graines sur les va- 
riétés les plus méritantes pour obtenir 
des plantes très-remarquables. En effet, 
on trouve aujourd’hui, parmiles variétés 
qui sortent de ces semis naturels, pres- 
que toutes les formes et les couleurs 
de fleurs possibles. Dans cette circons- 
tance encore l'influence des sexes peut 
se constater, et l’on remarque que beau- 
coup de variétés ont conservé les ca- 
ractères généraux des types qui, primiti- 
vement ont servi de pères, mais avec 
cette différence toutefois qu’au lieu 
d’être délicates, grêles et élancées, ce 
sont, en général du moins, des plantes 
vigoureuses, trapues et assez rustiques; 
sous ce dernier rapport elles tiennent 
de leur mère, le Gladiolus Gandavensis. 

Quand aux Amaryllis, on a pris pour 
mère l'A. viltata, plante assez rustique, 
mais à fleurs petites et étroitement tu- 
bulées, plus ou moins rosées et présen- 
tant des stries ou bandelettes blanches 
(vittata); l'ayant fécondéeavec du pollen 
sec, c’est-à-dire avec du pollen conservé 
depuisun an de l’Amaryllis pulverulenta, 
espèce vigoureuse, mais sensible aux 
froids, à fleurs grandes, bien ouvertes et 
d’un beau rouge, on obtint, des graines 
provenant de cette première fécondation, 
des plantes en général rustiques et vi- 
goureuses comme leur mère, qui don- 
nérent, les unes des fleurs à peu près 
blanches, les autres des fleurs rouges, 
généralement grandes et bien ouvertes, 
comme celles du pére. 

Dans une deuxième expérience, où 
l'on avait également pris pour mère 
l’'Amaryllis vittata, que l’on féconda en- 
core avec du pollen des À. pulverulenta 
et Brasihensis (deux plantes à fleurs 
rouges qui ne sont que des formes 
d’un même type), mais, cette fois, avec 
du pollen fraïchement récolté, on obtint 
une très-grande quantité de plantes 
à fleurs rouges comme celles du père; 
quelques autres seulement étaient à 
fleurs à peu près blanches. 

Une troisième expérience, ayant été 
faite avec des graines provenant de ces 
diverses variétés fécondées entre elles, 
produisit des plantes rustiques comme 
la mère primitive, l’Amaryllis vittata, 
bien qu’en général elles fussent plus vi- 
goureusesque cette dernière. Les fleurs, 


de formes et de couleurs variées, étaient 
aussi beaucoup plus grandes. Ici encore 
l'influence des sexes s'était fait sentir. 

Un autre exemple qui semble démon-| 
trer encore que l'influence des sexes | 
dans la fécondation est sensible, et que, ! 
sous ce rapport, le mâle influe plus par- 
üculiérement sur le faciès des plantes, 
sur les couleurs et sur les formes des 
fleurs, tandis que la femelle influe plus 
particulièrement sur le tempérament, 
nous est fourni par les Rosiers dits hy- 
brides remontants. En effet ceux-ci, qui 
ont eu pour mère les Rosiers dits Indiens 
(Thés, Bengales, etc.), qui sont remon- 
tants, mais sujets à geler, et, pour père, 
les Rosiers Provins, qui sont rustiques, 
mais qui ne remontent pas, ont produit 
des plantes dont le facies général est 
celui des Provins, et dont les fleurs pre- 
sentent les formes et les couleurs les 
plus variées, et qui, pour la plupart, re- 
montent comme leur mère, mais qui, 
cependant, gèlent parfois, qualité qu'ils 
tiennent de cette dernière (note 96). 
L'autre exemple de l'influence des diffé-. 
rents sexesnous est fourni parle genre 
Gynerium ; mais, comme il ne présente 
encore aucun individu rustique, il est 
donc dépourvu d'influence sous ce rap- 
port; mais il en est tout autrement au 
sujet de la couleur des fleurs ; le fait est 
d'autant plus facile ‘à constater que les 
plantes sont dioiques et que les indi- 
vidus mâles que nous avons pu observer 
sont à fleur rose violacé, ou mieux d’un 
gris roux, plus ou moins poudreux ; aussi 
tous ceux qui proviennent de semis 
ont-ils, pour la plupart, des fleurs de 
cette même couleur, plus ou moins fon- 
cée', la couleur blanche est très-rare; 
c’est une exception. 

Sans rien préjuger, eten s'appuyant 
sur les divers faits qui précèdent, on peut 
en conclure que, dans certains cas, on 
pourrait, par le fait de la fécondation ar- 
tificielle, arriver, sinon à changer les 
types, du moins à les modifier sensible- 
ment dansleur descendance, de manière 
à les approprier à certains besoins par- 
ticuliers en faisant développer telle ou 
telle particularité (note27). En effet, en 
poussant assez loin les expériences, on 
peut affaiblir tellement la force d’ata- 
visme que les individus qui naissent de 
ces croisements ont des caractères as- 
sez forts pour rester permanents et 


DANS LES VÉGÉTAUX. 99 


constituer une race particulière, qui 
pourrait se conserver pour ainsi dire 
indéfiniment (note 28). 

Nous aurions pu, aux divers exemples 
que nous avons cités pour démontrer 
l'influence particulière des sexes sur les 
diverses parties des êtres qui résultent 
des hybridations, en ajouter un grand 
nombre d’autres, rappeler les exemples 
si remarquables que nous avons eïtés du 
Crinum Meldense, des Pavots,des Dian- 
thus, etc.; mais ce serait accumuler les 
preuves sans ajouter à la valeur de la 
théorie que nous émettons, théorie qui, 
nous le répétons, pourra présenter de 
nombreuses exceptions, sans toutefois 
perdre sa valeur, sans cesser de pouvoir 
être prise comme guide. 


Quelques mots sur l'emploi du Pollen. 


En terminant sur la fécondation arti- 
ficielle, nous croyons devoir rappeler, 
relativement au pollen, qu’il ne faut pas 
l'employer lorsqu'il est humide, qu'il 
faut non-seulement qu'il soit sec, 
mais encore qu’il soit bien arrivé à son 

oint de développement. Il est donc bon, 
orsqu’on se sert d’étamines dont les an- 
thères ne font que commencer à s’ouvrir, 
deles laisser pendant quelque temps ex- 
posées à une chaleur sèche, de manière 
à ce que le pollen, devenu bien pulvéru- 
lent, s'échappe avec plus de facilité et 
Que son énergie soit augmentée. On de- 
vra agir à peu près de même lorsqu'on 
se servira de pollen conservé; dans ce 
cas, en effet, un peu de chaleur sèche, 
un rayon de soleil surtout, en reléverait 
la puissance fécondante, parfois un peu 
engourdie par le temps. On a cru re- 
Marquer aussi que, lorsqu'on prend des 
étamines placées à l’intérieur de fleurs 
Presque pleines, qui, par conséquent, 
n'ont pu être suffisamment insolées, il y 
a avantage à les exposer à une chaleur 
Solaire douce avant de s’en servir. Dans 
toutes ces circonstances on doit éviter 
l’action desséchante de l'air et surtout 
du vent. 


_ OBSERVATIONS PARTICULIÈRES 
SUR LA FÉCONDATION, 


Il y a quelques genres de plantes chez 
lesquellesla fécondation présente certai- 
nes particularités qu’il est difficile d’ex- 
Pliquer, et qui semblent ne pas concor- 


der avec les principes généraux que nous 
avons posés. Ces genres appartiennent 
au grand groupe désigné par le nom 
d’'Amentacées. Nous en citerons deux 
exemples, pris parmi des plantes con- 
nues à peu près de tout le monde; ils 
portent sur les Noyers et sur les Noise: 
tiers. Chez ces plantes, en effet, chez les 
dernières surtout, les fleurs mâles, ou 
chatons, s’ouvrent souvent bien long- 
temps avant qu’on ne voie de fleurs 
femelles, c’est-à-dire d’ovules ; ceux-ci 
n'apparaissent que longtemps après que 
les fleurs mâles sont tombées !. 

Comment donc se fait-il que dans 
des conditions en apparence si désavan- 
tageuses, ces ovules puissent être fé- 
condés? Pour expliquer ce fait on a dit 
que le pollen, lorsqu'il s’échappe des 
anthères, tombe là où il y a des ovules 
et qu'il s’y conserve jusqu’au moment 
où les ovules sont aptes à être fécondés. 
Si ce fait est vrai, ce que nous ne nions 
pas, il démontre, ainsi que nous l'avons 
dit (note 22), qu'il y a des pollens 
de bien des natures, et de plus qu’il en est 
même dont les facultés fécondatrices se 
conservent lorsqu'ils sont exposés à l’air, 
où ils semblent avoir besoin de subir une 
sorte d’incubation. 

Ce que nous avons dit des Noyers et 
surtout des Noisetiers, nous pourrions 


le dire de certaines espèces de Comiféres. 


REMARQUES A PROPOS DES CROI- 
SEMENTS. 


L'expérience a démontré qu’il arrive fré- 
quemment que, chez deux plantes qu’on 
soumet à la fécondation , la puissance 
fécondante est diverse, c’est-à-dire que, 
sous ce rapport, il ne paraît pas y avoir 
entre elles une complète réciprocité. 
Pour nous faire comprendre, et si nous 
représentons ces deux plantes par A et B, 
nous dirons qu’il pourra arriver que À 
ne puisse féconder B, tandis qu’au con- 
traire B pourra très-bien féconder A, et 
vice versd, On devra donc, toutes les 
fois qu’on ne réussira pas d’une maniére, 
essayer l’autre. | 

Rappelons aussi que beaucoup de 


1 L'année dernière (1864), nous avons observé 
certains pieds de Noisetier qui étaient en fleurs dès 
la fin de décembre, tandis que les ovules. (fleurs 
femelles) n’ont été visibles et ne nous ont paru être 
aptes à la fécondation que plusieurs mois plus tard, 
c’est-à-dire en mars. Cependant ces Noisetiers ont 
donné des fruits qui, semés, ont très-bien germé. 


2 


D CR — 


30 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


fleurs, bien qu'ayant les deux sortes d’or- 
ganes sexuels parfaitement conformés, 
ne se fécondent pas et restent stériles; 
cela vient souvent de ce que les diffé- 
rentsorganes nesont pas aptes en même 
temps à remplir leur importante fonc- 
tion. En général l'organe mâle est 
plus tôt disposé que l'organe femelle, 
mais presque toujours aussi cette dis- 
position ne dure que très-peu de temps, 
de sorte que, si l’on ne saisit pas ce 
temps favorable, il n’y a point de fécon- 
dation'. Une plante qu’à peu près tout 
le monde connaît, le Cobæa, nous en 
fournit une preuve manifeste; chez 
eelle-ci les anthères sont déjà vides, 
lorsque le stigmate devient apte à Ja 
fécondation ; aussi n’en obtient-on que 
très-rarement des graines lorsqu'on 
abandonne les choses à elles-mêmes; si, 
au contraire, lorsquelestigmate est dans 
de bonnes conditions, on prend du pollen 
sur des fleurs quine font que commencer 
à s'ouvrir, onpeut être à peu près assuré 
d’avoir des fruits, puis de bonnes 
graines. 

L'inégalité de développement dans les 
organessexuels du Cobæa est presque tou- 
jours déterminée par une température 
trop élevée ; aussi, lorsque cette dernière 
s’abaisse jusqu’à un certain degré, le dé- 
veloppement de l'organe mâle se trouve 
ralenti, de sorte qu'il arrive à propos 
pour féconder organe femelle. C’est ce 

fait qui explique comment, à une cer- 
| taine époque de l'été, presque toutes les 
| fleurs deCobæa nouent, et pourquoi en- 
| core ces plantes sont abondamment char- 
| gées de fruits non mûrs lorsquearrivent 
| les premières gelées. Une température 
de 46 à 20 degrés environ, pendant une 


période de quelques jours, est très-fa- 


vorable à la fécondation des fleurs des 
Cobæa; dans ces conditions, en effet, le 
développement des organes mâles et fe- 
melles a lieu très-régulièrement, de sorte 
qu’ils arrivent à propos pour se fécon- 
der. Lorsqu’au contraire la température 
est inférieure à 46 degrés pendant plu- 
sieurs jours, le développement des deux 


sortes d'organes sexuels ne sé fait pas 


régulièrement; l'un est. prêt lorsque 
l’autre ne l’est pas encore. 


1 Le lierre commun nous fournit un exemple de 
cette durée plus qu'éphèmère; chez cette plante, en ef- 
fet, à peine les anthères sont-elles ouvertes qu'elles 
sont déjà sèchesou cornées, ridées; aussi est-il très- 
difficile d’en recueillir le pollen. 


Ainsi qu’on le voit, une température 
trop élevée ou trop basse est nuisible 
à la fécondation des Cobæa, et dans l’un 
comme dans l’autre cas cette dernière 
wa pas lieu si l’on wintervient pour 
rapprocher les organes sexuels lorsqu'ils 
sont arrivés au point convenable de 
développement; et dans ce cas ce ne 
sont jamais les organes d’une même 
fleur qui concourent à la fécondation, 
mais ceux de fleurs différentes. Ici la 
fécondation, bien que naturelle, est donc 
indirecte (Voir page 19). 

Mais, d’une autre part, nous devons 
faire observer que toutes les plantes ne 
se fécondent pas dans les mêmes condi- 
tions; sous ce rapport on peut même 
croire, puisque chacune a son tempé- 
ramentparticulier, qu’il doit yavoir pour 
elle des conditions spéciales où elle de- 
vient plus apte à être fécondée. Ge sont 
ces conditions, sans aucun doute variées 
à l'infini, qu'il serait très-important 
de pouvoir déterminer. Mais, de ce 
côté, il faut en convenir, on n’a encore 
fait que bien peu d'expériences; c’est à 
peine si l’on y a pensé. 

Le rôle que joue la température dans 
la fécondation des plantes est très-im- 
portant; c’est à ce point que, dans cer- 
tains cas, la température peut modifier 
tellement le développement des organes 
sexuels qu’elle peut même changer du 
tout au tout le moment où ils sont aptes 
à la fécondation ; par exemple, elle peut 
faire que, d'antéflorale, la fécondation , 
devienne postflorale; c’est le cas pour ! 
les Petunias. Pour ceux-ci, si, lorsqu'ils 
fleurissent, la température se maintient 
très-élevée pendant un certain nombre 
de jours la fécondation est antéflo- 
rale; elle se fait au contraire presque 
en même temps qu'a lieu l’épanouisse- 
ment des fleurs si la température est 
moinsélevée. Enfin, sila température est ! 
basse, la fécondation n’a souvent lieu que | 
plusieurs jours après que les fleurs sont | 
épanouies. Il en est de même pour le} 
Bouillon blanc, pour les Mufhers, les’ 
Pentsiemon, etc. (note .29). | 

On doit comprendre que les condi- 
tions de climat, et surtout de milieu, 
peuvent dans certains cas apporter des . 
modifications aux faits que nous venons 
de citer; nous ne les donnons pas du 
reste comme absolus, mais comme des 
renseignements dont on devra tenir 


ss 


DANS LES VÉGÉTAUX. 31 


compte lorsqu'on pratiquera la fécon- 
dation artificielle. 


Observations générales relatives aux 
semis considérés au poiñt de vue de la 
production des variétés. — Particula- 
rités. 


, Ainsi qu'on a pu le voir dans tout ce 
qui précède, un des points les plus im- 
portants relativementaux semis consiste 
dans un choix judicieux des porte- 
graines; on doit donc apporter à ce 
choix une attention toute particulière. 
On doit encore, ainsi que nous l'avons 
déjà dit, lorsque les individus choisis 
appartiennent à des espèces qui s’hy- 
brident facilement, les éloigner de tous 
ceux avec lesquels ils pourraientjouer, 
ce qui nest, pas toujours facile à pré- 
voir (note 30). Il est certaines espèces 
qu’il suffit de rapprocher les unes des 
autres pour qu’elles se fécondent réci- 
proquement et que les graines qui en 
résultent donnent des individus plus ou 
moins différents de ceux dont ils sor- 
tent. C’est une propriété qu'on met 
Souvent à profit lorsqu'on veut obtenir 
des variétés sans avoir recours à la fé- 

\ Condation artificielle. "On remarque 

|'tusei que, en général, les plantes de 


“, vigueur moyenne sont celles qui con- 


servent le mieux leurs caractères 


I ne faut pas oublier non plus que, 
le point de départ de toute variété étant 
ordinairement en dehors de nos prévi- 
sions comme de notre influence, il faut 
avoir soin de visiter souvent les semis 
afin de voir si parmi les jeunes plantes 
il n’y en à pas quelques-unes qui, à 
certains points de vue, pourraient pré- 
senter quelques avantages, ét, dans le 
cas où il s’en trouverait, on devrait les 
marquer pour en récolter les graines 
à part, et même, lorsque la chose est 
possible, on devra les éloigner, afin de 
les soustraire à l’inflüence de leurs voi- 
sines, si toutefois cela était néces- 
saire. 

C’est en agissant ainsi qu'on est par- 

. venu à créer une multitude de races 
“ renfermant elles-mêmes des sous-races 
_ trés-constantes dans leur reproduction. 

Cependant, comme tout à des limites, et 
qu’un type quelconque ne peut s’amé- 
liorer indéfiniment, il faut, dans tous les 
choix, savoir s'arrêter à temps, et ne 
pas continuer à chercher là où il n’y a 


plus rien à obtenir, Ici l'observation 
seule peut servir de guide. Ainsi, on re- 
marque parfois dans une espèce quel- 
conque que certaine variété, quoique 
trés-méritante, ne doit plus être prise 
comme porte-graines ni même comme 
mère à bouture (note 32) parce qu’elle 
ne donne plus rien de bon; elle semble 
épuisée. 11 faut alors, pour obtenir de 
nouvelles variétés, prendre des graines 
sur des plantes qui proviennent d’eile, 
bien que parfois ces plantes paraissent 
moins belles (note 33), à moins toute- 
fois, lorsque la chose est possible, qu’on 
ait recours à’hybridation, et qu’à l’aide 
d’un pollen étranger on cherche de 
nouveau à apporter une perturbation 
dans son organisme. 

Faisons encore observer que, dans 
les espèces où les variétés sont nom- 
breuses, on remarque fréquemment 
chez certaines d’entre elles unetendance 
à s’affaiblir, à pousser moins ou à de 
venir sujettes à des maladies particu- 
lières qui en rendent la culture très-dif- 
ficile, parfois presque impossible. 

Lorsque ce fait se présente, il ne faut 
pass’obstiner à conserver ces variétés ; 
ce qu’il y a alors de mieux à faire, c’est 
de les abandonner; on peut dire qu’elles 
sont wsées. C'est un fait que la scienec 
théorique nie, mais que l'observation et 
Fexpérience démontrent comme rigou- 
reusement vrai. Nous pourrions en ci- 
ter de nombreux exemples, nous en in- 
diquerons seulement deux. Îls portent 
sur les variétés de Pélargoniums connues 
sous le nom de Reine des Fantaisies et 
de Reine Hortense (note 32). 

Le Pélargonium Reine des Fantaisies a 
les fleurs grandes, un peu irrégulières ; 
les deux pétales supérieurs sont d’un 
rose foncé, violacé ou lilas ;les pétales 
inférieurs, plus petits, n’ont du violet 
qu’à la partie supérieure ; la partie in- 
férieure est blanche. Aujourd’hui, ces 
fleurs n’ont plus de violet qu’au som- 
met, de plus elles sont plus petites et 
régulières. Le Pélargonium Reine Hor- 
lense a les fleurs régulières, d’un beau 
rouge foncé velouté au centre; les péta- 
les, entiers, arrondis, ont, comme on 


| dit, une bonne forme; ils ont l'onglet 


strié, velouté. Cette plante, qui date 
d'environ dix ans, présentait dès 1862 
des traces de dégénérescence; ainsi, on 
remarquait sur certaines ramifications, 
des fleurs dont les pétales, au nombre 


RE IR TE ee 


ie db 5 


SERRE RARE CE 4 


32 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


de 6, étaient irréguliérement laciniés, 
(déchiquetés comme l’on dit vulgaire- 
ment) ; les fleurs beaucoup plus petites 
qu’à l’état normal,étaient aussi dispo- 


sées en bouquets plus compactes; les: 


sépales, au lieu d’être au nombre de 5, 
étaient au nombre de 6, comme les 
pétales des fleurs dégénérées. 

Il y a aussi des plantes dont l’épuise- 
ment ne se traduit que par une dimi- 
nution dans la vigueur et tout particu- 
lièrement dans la dimension des fleurs ; 
telles sont certaines variétés de Geanotus 
azureus; ainsi, on en voit qui, après 
avoir eu des grandes fleurs pendant 
quelques années, n’en donnent plus 
que de très-petites, et cela quoi qu'on 
fasse et quel que soit aussi le soin qu’on 
donne aux plantes. 

Lorsque des faits de dégénérescence 
ou d’épuisement comme ceux dont nous 
venons de parler, se montrent, ce qui 
arrive assez fréquemment chez quelques 
espèces dont la culture a dépassé certai- 
nes limites, telles que les ülaïeuls, les 
Balsamines, les Reines-Marguerites, les 
Verveines, les Phlox, etc., on doit faire 
des semis de graines de ces plantes,” et 


rechercher parmi les individus qui en 


sortent s’il y en a qui présentent quel- 
que intérêt, et, s’il s’en trouve, on doit 
les prendre pour créer de nouvelles 
races. Parfois même les plantes dégé- 
nérées et qui présentent tout à coup 
des caractères insolites peuvent devenir 
le type de ces séries. 


Amélioration des plantes prises à l’état 
dit sauvage. 


Lorqu’on désire améliorer une plante 
qu’on a prise à l’état sauvage, on doit 
d'abord la mettre dans un milieu qui 
surexcite sa végétation et modifie sa 


nature; puisrécolter des graines sur les 


fleurs qui présentent déjà un peu les 
caractères qu’on recherche, s’il y en a; 
dans le cas contraire on les récolte sur 
les fleurs qui présentent le plus beau 
développement. 

Si on voulait arriver promptement à 
l'amélioration de ces types sauvages, on 
se trouverait bien de les soumettre à 
l’hybridation, c’est-à-dire de pratiquer 
sur eux la fécondation artificielle, ou du 
moins de rapprocher ces types sauvages 
de certains types cultivés avec lesquels 
ils ont de l’analogie. 


Encore un mot au sujet des 
porte-graines. 


Les soins généraux qu’on doit accor- 
der aux porte-graines sont en rapport 
avec le but qu’on cherche à atteindre. 
Nous en avons déjà parlé plusieurs fois. 
Si nous revenons Sur ce sujet, c’est 
d’abord parce qu’il est très-important, 
ensuite parce qu'il se rattache à d’autres 
phénomènes, et qu’il est la conséquence 
d'une grande loi qui relie tous les êtres 
les uns aux autres par leur affinité 
réciproque. Nous savons, d’une manière 
générale, que les individus placés, 
près des portes-graines, lorsqu'ils 
ont quelque analogie avec ceux-ci, 
exercent sur eux une influence plus 
ou moins grande, qui peut modifier 
leurs produits. Mais y a-t-il dans un vé- 
gétal des parties qui, à ce dernier point 
de vue, ont plus d'influence les unes que 
les autres? ou bien encore ces parties 
exercent-elles une puissance d’action 
relative? C’est ce qu’on ne peut affirmer. 
Mais ce qu’il semble le plus raisonnable 
d'admettre, c’est que toutes les parties 
doivent exercer une action, et que 
celle-ci est relative. Partant de ce fait, 
nous disons que, lorsqu'on ne pourra 
ou qu'on ne voudra pas pratiquer, Jæ 
fécondation artificielle, et que néanmoins 
on voudra obtenir des variétés, on devra 
faire en-sorte que les porte-graines se 


trouvent placés près des plantes qui ont, 


des caractères semblables, ou du moins 
analogues, à ceux qu'on cherche à 
obtenir. 

Après ces observations, en quelque 
sorte complémentaires, sur les diverses 
séries de variétés issues de graines que 
renferme le premier groupe, nous 
allons aborder l’énumération d’un cer- 
tain nombre de variétés de plantes 
produites par accident; elles constituent 
notre deuxième groupe. 


DEUXIÈME GROUPE. 


VARIÉTÉS OBTENUES PAR ACCIDENT". 


Les végétaux, ainsi que nous l'avons 
dit ailleurs, étant composés d’un cer- 


1 Nous devons faire observer que, lorsque nous 
disons que telle ou telle variété est produite par 
accident (dimorphisme ou dichroïsme), nous ne 
prétendons pas dire qu’on n’a pu en obtenir d’ana- 
logues ou d'à peu près semblables, par semis, mais 
seulement quelle s’est produite de cette manière. 
Cette observation est générale ; elle s'applique à 
tous les faits accidentels que nous pourrions citer. 


ir tnt 


DANS LES VÉGÉTAUX, | me. 


lain nombre d'éléments disposés aussi 
dans un certain ordre, et de plus ces 
éléments, sous l'influence de lois orga- 
niques, pouvant se séparer ou se 
grouper de différentes manières, il en 
résulte qu'une même plante peut, sur 
ses diverses parties ; présenter des 
caractères et des propriétés particulières 
plus ou moins différents de ceux 
qu’elle présente normalement. C’est ce 
fait qui constitue ce que dans la pra- 
tique on nomme accident, et que, sui- 
vant les cas, nous nommons, soit dimor- 
Phisme, soit dichroïsme (note 1). 

Mais comme, d’une autrepart, chaque 
partie d’un végétal, lorsqu'on la dé- 
tache et qu’on la place dans des condi- 
tions appropriées, peut constituer un 
individu, et, de plus encore, que, séparée 
de la mère dont elle conserve les ca- 
ractères principaux, elle en possède 
aussi qui lui sont particuliers, ainsi que 
des propriétés spéciales qu’elle est 


susceptible de transmettre, on pourra . 


en obtenir un individu souvent très- 
différent de la plante dont elle provient. 
Comme les causes qui déterminent la 
Séparation de ces éléments peuvent 


aussi s’atténuer et même disparaître, et 


qu’alors, rentrant dans leur état normal, 
ces parties peuvent reprendre leurs 
caractères primitifs, il résulte de cet 
autre fait des variétés d'ordre et de 
valeur différents, les unes stables, les 
autres instables. 

Constatons que, dans cette circon- 
Stance moins que jamais, nous ne pou- 
vons rien sur l’obtention première, c’est- 
à-dire sur lapparition des variétés : 
que celles-ci le plus souvent naissent 
spontanément, pour ainsi dire, et que, 
sous ce rapport, notre rôle, purement 
passif, consiste à surveiller ces écarts 
Ou ces accidents, pour ensuite tâcher 
d’en tirer parti lorsqu'ils se présentent. 
Constatons encore que, dans cette série 
de variétés, nous trouvons une diversité 
considérable, soit dans le port ou le 
facies des plantes, soit dans leur feuil- 
lage, soit dans leurs fleurs, soit même 
parfois dans leurs fruits, et que les 
panachures s’y rencontrent également 
très-fréquemment, beaucoup plus fré- 
quemment même que dans les plantes 
qui proviennent de semis. 

Nous devons aussi, relativement aux 
Variétés issues d'accidents et en ce qui 


concerne les panachures, rappeler ce 
que nous avons dit au sujet des plantes 
issues de graines : que les panachures 
se maintiennent d'autant mieux qu’elles 
circonscrivent les organes qu’elles 
affectent, soit que ceux-ci appartiennent 
aux fleurs, soit, au contraire, qu'ilsappar- 
tiennent aux feuilles. Aussi, lorsque sur 
une plante dont les panachures sont 
disposées par stries où bandes, il se 
montre une partie sur laquelle elles 
sont disposées circulairement, on peut 
être à peu près certain que, si on dé- 
tache, qu’on bouture ou qu’on greffe 
cette parte, elle conservera ce nouveau 
caractère. Ce phénomène est très-fré- 
quent sur les Gamellias et surtout sur 
les Azalées; aussi la plus grande partie 
des variétés qui, chez ces dernières, pré- 
sentent les: caractères qui viennent 
d’être indiqués, n’ont-elles pas d’autre 
origine. 

Certaines espèces sont aussi beaucoup 
plus que d’autres disposées à produire 
de ces faits, soit de dimorphisme, soit 
de dichroïsme; en voici un exemple 
fourni par le Chrysanthème de Chine. 

Vers 1836 on reçut d'Angleterre, à 
l'établissement d’horticulture de Fro- 
mont, trois variétés de Chrysanthème de 
Chine; l’une était à fleurs roses, l’autre 
à fleurs panachées, la troisième à 
fleurs blanc-carné. Plantées en pleine 
terre, on vit l’année suivante, sur l’une 
d'elles, apparaître les trois variétés ; ce 
qui semble démontrer que ces trois va- 
riétés n'étaient que des accidents d’une 
même forme. 

Un phénomène tout à fait analogue au 
précédent, etqui, comme lui, se rattache 
à cette même espèce, s’est produit au 
Muséum en 1856 sur la variété nommée 
SURPRISE ; Celle-ci, qui porte desfleurs à 
peine rose-carné, a donné, sur l’une de 
ses branches, des fleurs d’un rose-lilas 
foncé. Bouturée, elle a conservé tous 
ses caractères,, et aujourd’hui encore 
c’est l’une des plus belles de cette sec- 
tion. On l’a nommée Gain du Muséum. 

En 1862, sur ce même Gain du 
Muséum il s'est développé un rameau 
qui portait des fleurs parfaitement 
blanches, à peu près de même gran- 
deur et de même forme que celles du 
type; puis, à côté, sur desrameaux dif- 
férents, s’en trouvaient d’autres qui por- 
taient des fleurs moitié roses, moitié 


34 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


blanches. En bouturant à part ces deux 
sortes de branchés on aurait donc 
encore obtenu, de cette même SURPRISE, 
des nouvelles variétés. 

Citons encore quelques exemples 
d'accidents produits par cette espèce de 
Chrysanthème de Chine; commençons 
par la variété nommée Sophie. Celle-ci, 
qui est à fleurs blanc sale, très-égére- 
ment picté rosé, à centre jaune, à pro- 
duit, par accident, une plante qui est 
connue souslenom de Trophée. Cette der- 
nière qui est à fleurs rose-lilas-violacé, 
a quelque rapport avec le Gain du 
Muséum dont elle diffère cependant. Il 
y avait aussi sur la même branche, mais 
sur des ramilles différentes, des fleurs 
semblables à celles que portaient les va- 
riétés Trophée et Sophie, fait qui pro- 
duisait un certain contraste; cetie der- 
nière étant à fleurs plates et ayant les 
pétales étroits et imbriqués, tandis que 
Trophée a les fleurs bombées, les pétales 
larges et peu serrés. 

Le Chrysanthème Madame Richard, 
dont les fleurs sont blanchâtres, très- 
légérement bordées de rose, à produit 
sur une de ses branches des fleurs viola- 
cées plus fortes que celles de la plante 
dont elle sort; les pétales sont ausêi 
plus larges et plus imbriqués. 

En 1863, nous avons remarqué, sur 
certaines variétés de Chrysanthèmes de 
Chine, les accidents suivants : ; 

La variété appelée Cedo nulli, à fleurs 
_três-doubles {note 10), blanches, très- 
légèrement rosées, a produit une bran- 
che qui portait des fleurs beaucoup plus 
larges et beaucoup plus étalées que 
celles de Cedo null. 

Une autre variété, Argentine, à fleurs 
petites, blanches, de forme pompon, à 
donné une branche plus vigoureuse 
qu’elle, dont les fleurs, étalées, très- 
larges, d’un beau jaune, rappelaient, 
jusqu'à un certam point, celles des 
Chrysanthèmes à grandes fleurs; fait 
qui tend à démontrer que des unes aux 
autres il n’y à qu’un pas. 

En 1864 nous avons vu sur un pied 
de la Chrysanthème Pompon Vesta, qui 
est à fleurs blanches, plusieurs branches 
qui portaient des fleurs entièrement 
jaune foncé, Les dimensions, ainsi que 
la forme des fleurs, étaient les mêmes; 
il n’y avait de différent que la couleur. 

Lesvariétés obtenues par dimorphisme 


sont très-nombreuses ; il n’y a même pas 
de genre parmi, ceux qui comptent un 
certain nombre d’espèces, qui n'en 
ait produit. Bien que nous devions 
indiquer plus loin un certain nombre 
de ces accidents, en les faisant suivre 
de quelques observations, il’ en est qui, 
à notre avis, sont tellement intéressants 
que, par anticipation, nous croyons 
devoir en parler ici; l’un d'eux est re- 
latif à une sorte d'Œillet qui, dans 
le commerce, est désigné sous le nom 
d’Œillet Flon. 

Cet Œillet Flon, qui paraîtirès-voisin 
de ceux qu'on appelle Œillet d'Espagne, 
Œillet badin, etce., a les fleurs rose très- 
foncé, à peu près pleines, de sorte qu'il 
ne produit pas de graines et qu’on est 
obligé de le multiplier par boutures. 
Malgré cela l'Œillet Flon a déja donné, 
par accident, plusieurs variétés, dont 
la plus remarquable, qui est d’un frès- 
bea blanc, s’est développée en 1858; 
depuis cette époque, elle s’est fnain- 
tenue avec tous ses caractères. Oblenue 
par M. Paré, horticulteur à Paris, bou- 
levard de la Santé, cette variété a été 
nommée Murie Paré, nom de l’un des 
enfants de cet horticulteur. D’autres 
variétés, présentant dans leurs fleurs 
des couleurs différentes de celle dont 


nous veñons de parler, se sont égale- 


ment développées, chez M. Paré, sur 
l'Œillet Flon. 

Le genre qui, probablement, a pro- 
duit le plus de faits de cette nature, est 
le genre Rosier; aussi, et malgré le 
désir que nous avons d’abréger, les 
faits sont-ils tellement intéressants que 
nous croyons encore, à ce sujet, devoir 
entrer dans quelques détails. Nous 
allons donc en citer plusieurs très-re- 
marquables, en commençant par ceux 
qu'a fournis le Rosier Gent Feuilles. 

Les accidents qu'a produits le Rosier 
Cent Feuilles peuvent être rangés en 
deux séries : l’une qui comprend tous 
les individus qui s’éloigent relativement 
peu du type, qui n’en diffèrent que par 
le coloris, par la forme ou par la cou- 
leur, soit des fleurs, soit parfois des 
feuilles : ce sontles Rosiers Cent Feuilles 
ordinaires; Vautre série comprend 
tous les individus également issus par 
accident du Rosier Cent Feuilles, mais 
qui, aux caractères que présentent les 
précédents, ont de plus celui d'être 


EE 


ne - — _ ere mqs 


DANS LES VÉGÉTAUX. 35 


- 


L] 
munis de sortes de petites bractées ou 


poils glanduleux qui constituent ce 


qu'on nomme la mousse; ce sont Îles 
Rosiers Cent Feuilles mousseux. 


Accidents ou faits de dimorphisme pro- 
duits par le Rosier Cent Feuilles. 


SECTION A. — Rosier CENT FEUILLES 
ORDINAIRE. 


I. — FLEURS PLUS OU MOINS GRANDES. 


Rosier Cent Feuilles à feuilles de Chou ou 
/ de Laitue, 


de Céleri ; 
—  Anémone; 

de Naney ; 

des Peintres; 

Flore magno ou foliacé ; 
sans pétales ; 

Unique blanche ; 
panachée. 


H. — FLEURS PETITES, POMPONS. 


Pompon de Bourgogne ; 
— blanc; 
— de Bordeaux; 
— de Kingston. 


SECTION B. — Rosier Cdi FeurzLes 
MOUSSEUX (note 34). 


1. FLEURS PLUS OÙ MOINS GRANDES: 


Rosier Cent Feuilles mousseux Cristata. 
ordinaire ; 

à fleurs blanches ; 

à fleurs panachées; 

à feuilles de Sauge; 

unique de Provence; 

Zoë ou mousseuse, 
pariout (note 35.) 


II, — FLEURS PETITES OU POMPONS. 


Rosier Pompon mousseux. 


Il est à remarquer, et ceci suffirait 
souvent pour démontrer l’origine de 
ces accidents, qu’il arrive parfois que 
certains des individus qu'ils caracté- 
risent, retournent, sur quelques-unes 
de leurs parties, au type dont ils pro- 
viennent. Ainsi sur un Rosier Cent 
Feuilles mousseux nous avons vu $e 
développer un rameau de Rosier Cent 
Feuilles ordinaire. Nous devons cepen- 
dant faire observer que le plus sou- 
vent les parties qui semblent revenir au 
type présentent néanmoins des diffé- 
rences avec celui-ci. Ïl y a un pas de 
fait en avant, il est contre nature d’aller 
en arrière. | 

Le Rosier du Roi, eonnu à peu près 


de tout le monde, a produit les six faits 
de dimorphisme suivants : 

Perpétuelle Bernard. Ce Rosier a les 
rameaux plus grêles que ceux du Rosier 
du Roi; ses fleurs et ses feuilles sont 
aussi plus petites que celles de ce der- 
nier, et ses fleurs, en forme de Rose 
Pompon, sontrès-jolies, d’un rose beau- 
coup plus clair que ne le sont celles du 
Rosier du Roi. | 

Rosier du Roi dit à longs pédoncules. 
Celui-ci a les rameaux beaucoup plus 
longs que ceux du Rosier du Roi type: 
les mérithalles sont plus distants, et les 
pédoncules sont aussi plus longs que 
ceux de ce dernier. Il n’est qu’une sorte 
de dégénérescence. | 

Madame Tellier. Assez semblable à la 
précédente, cette variété ne s'en dis- 
ingue que par ses fleurs, qui sont 
moinscolorées,d’unrose carnétrés-clair. 

Mogador. Ge Rosier diffère du Rosier 
du Roi par ses fleurs plus fortes, d’un 
rouge plus vif et plus foncé; ses 
rameaux se eolorent aussi plus que 
ceux du Rosier du Roi, ce qui permet 
de l’en distinguer même en hiver. Les 
horticulteurs n'aiment pas cette variété 
parce qu’elle est dure à forcer et qu’elle 
passe très-vite au violet sale. 

Capitaine Renard ou Rosier du Rot 
à fleurs panachées. Cette variété diffère 
du Rosier Madame Tellier par ses fleurs 
panachées ou rubannées de blanc; elle 
a été trouvée à Orléans par M. Desfos- 
sé-Thuillier. | 

Cœlina Dubos. Trouvée par M. Dubos, 
horticulteur à Pierrefitte, près Saint-De- 


_nis, sur le Rosier du Roi, cette variété. 


à les rameaux plus grêles et les feuilles 
un peu plus petites que ce dernier; ses 
fleurs ,assez semblables, pour la forme, 
à celle du À. du Roi, sont d’un blanc lé- 
gérement carné. 

LeRosier de la Reine, x, lui aussi, pro- 
duit deux accidents : l’un, Belle Norman- 
de, dont les fleurs, rose carné, rappellent 
celles du Souvenir dela Malmaison ;l'au- 
tre, Madame Cambel d'Isiy ou Triomphe 
de Valenciennes, qui ne diffère non plus 
de la Rose de la Reine que par ses fleurs 


. panachées-marbrées. 


Le Rosier Duchesse de Cambacérès, 
dontlesfleurs, unicolores, sont d’un rose 
foncé, a produit comme accident le Ro- 
sier Belle de printemps, qui a les fleurs 
roses, marbrées de brun. 


+ 
| à 
t 1 
ÿ à 
ÿ 
; 
Ë 
4 
F1 
\ 
ï 


36 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Le Rosier Baronne Prévost a pro- 
duit, à notre connaissance, par accident 
cinq variêtés, dont deux à fleurs pana- 
chées et une à fleurs marbrées. L’une 
des deux variétés panachées, Madame 
Désirée Giraud, a été trouvée. chez 
M. Désiré Giraud, à Marly, près Valen- 


_ciennes; elle est peu vigoureuse. La 


deuxième variété, Panachée d'Orléans, 
qui a été remarquée pour la première 
fois à Orléans, est au contraire très-vi- 


-goureuse; ses rameaux sont plus grêles 


que ceux du Rosier Baronne Prévost; 
leur écorce, très-lisse et luisante, a peu 
d’aiguillons; en un mot, ses rameaux 
rappellent ceux du R. Cuisse deNymphe 
(note 36). 

Le Rosier Baronne Prévost marbré ne 
différe du type que par ses fleurs, qui, 
au lieu d'être unicolores, sont marbrées 
de brun. Une autre variété (4° accident), 
mise dans le commerce par M. Pierre 
Oger, horticulteur à Caen, ne diffère de 
la Baronne Prévost que par la couleur 
des fleurs qui est beaucoup plus pâle. 
Le 5° accident produit par la Baronne 
Prévost, est tout récent; nous l'avons 
observé pour la première fois en 1864, 
à Vitry-sur-Seine, dans un Jardin confié 
aux soins de M. Lachaume ; nous avons 
nommé cette variété Madame Lachaume. 
Ce Rosier diffère de la Baronne Prévost 
par ses rameaux un peu Moins épineux, 
mais surtout par son inflorescense, qui, 
longuement paniculée, très-ramifiée, rap- 
pelle celle de certains Resier Nosselles. 
La fleur aussi est un peu moins forte que 
celle duRosier Baronne Prévost; mais un 


fait très-remarquable, c’est que l'ovaire, 
au lieu d’être, comme celui des Roses Ba-. 


ronne Prévost, très-régulièrement at- 
ténuéà sa base, et de se confondre, sans 
faire aucune saillie avec le pédoncule, 
est brusquement et courtement renflé, 
puis rétréci et renflé de nouveau près 
du sommet ; les pédoncules des fleurs 
sont aussi plus grêles et plus allongés 
que ceux du Rosier Baronne Pré- 
vost. 

Le Rosier Duchesse d'Orléans, dont 
les fleurs sont de couleur rose-violacé, 
a produit par accident, en 1858, une 
variété Sœur des Anges. Cette variété 
diffère surtout de celle dont elle sort 
par la couleur’ des fleurs, qui est rose 
carné pâle, comme celle des fleurs du 
Souvenir de la Malmaison. 


Le Rosier dit des Quatre-Saisons a 
produit comme accidents : 

Le Quatre-Saisons blanc mousseux ou 
Rosier de Thionville (gravure coloriée) ; 

Le Quatre-Saisons pompon ; 

gi — blanc. 

Ainsi qu’on le voit, le Rosier des Qua- 
tre-Saisons, comme le Rosier Cent Feuil- 
les, a produit deux sortes d’accidents : 
des fleurs peliles ou pompons et des 
fleurs grandes, mousseuses 

Le Rosier Quatre-Suisons blanc mous- 
seux ou Rosier de Thionville fut observé 
pour la première fois à Thionville vers 
1835; il diffère du Rosier des Quatre-Sai- 
sons, dont il sort, par des rameaux plus 
grêles et munis de poils hispides, glan- 
duleux (mousse). Ses feuilles, d’un vert 
blond, sont aussi plus douces au toucher 
et comme légèrement tomenteuses ; de 
plus, ses fleurs sont d’un blanc pur. IL 
donne parfois de forts rameaux qui por- 
tent des fleurs roses. C’est alors le 
Rosier des Quatre-Saisons ordinaire, fait 
qui a été observé par M. Duval, horticul- 
teur à Montmorency, plus tard par M. Vic- . 
tor Verdier , horticulteur à Paris, tout 
récemment (1864) au Muséum. 

Les Rosiers Provins ont également 

produit un certain nombre d’accidents. 
Parmi les plus connus on peut citer : 


Pompon Saint-François; 
— Saint-Jacques ; 

Camaïeu ; 

Panaché semi-double ; 

Tricolore de Flandre. 


Ce dernier, qui s’est montré en Belgi- 
que il y a environ 18 ans, est remar- 
quable par ses fleurs panachées; il 
pousse peu, bien qu'il provienne d’une 
variété très-vigoureuse à laquelle il re- 
tourne parfois, qui donne des fleurs 
violacées. 

La variété Camaïeu est remarquable 
par ses fleurs striées, fort Jolies et pres- 
que uniques dans leur genre. Son bois 
est maigre et ses folioles sont comme 
rongées sur les bords. 

Dans les Rosiers Damas, qui sont des 
sortes de Quatre-Saisons non remon- 
tants, on compte comme accidents : 


Damas York et Lancastre; 
— à feuilles bullées. 
Le Rosier Bengale grdinaire a produit 


comme accident le Rosier Bengale à bois 
strié, dont les rameaux sont rubannés. 


role 


7) 


F. 


Aeyue er 


DANS LES VÉCÉTAUX. ; 37 


Ceux-ci sont parfois presque compléte- 
ment jaunes. 

Un accident très-curieux produit par 
les Rosiers est la plante qu'on a appelé 
Rosier à feuilles de Chanvre. Par ses 
fleurs, et surtout par ses feuilles, cette 
variété diffère considérablement du Rosa 
alba, dont elle sort; ses folioles, cucul- 
lées, longues et étroites, sont très- 


grossièrement dentées-serrées, parfois. 


comme rongées sur les bords, fortement 
nervées, d’un vert sombre, rugueuses- 
scabres. Il arrive parfois aussi que ses 
feuilles sont opposées ; mais ce fait, dont, 
à tort, on a cherché à tirer des consé- 
quences, toujours rare, ne se montre 
guère sur chaque rameau que pour une 
insertion de feuilles. Les fleurs du Rosier 
à feuilles de Chanvre, plus petites que 
celles du Rosa alba, souvent régulières 
et comme un peu monstrueuses, sont 
toujours stériles. 

Les plantes dites d'ornement ne sont 
pas les seules qui présentent &es faits 
d’hétéromorphisme ; les arbres fruitiers 
en fournissent également de très-remar- 
quables. Nous allons en citer quelques- 
uns, en commençant par ceux que nous 
fournit la variété de 
sier anglais hâtif. L'accident le plus cu- 
rieux que nous fournit cette variété est 
celui qu’on nomme Cerisier anglais hé- 
térophylle ou à feuilles de Saule. Voici 
comment le fait se passe. Sur un jeune 
arbre, dont toutes les parties sont nor- 
males, on voit parfois tout à coup, et 
sans que rien puisse en faire soupcon- 
ner la cause, se développer un bourgeon 
vigoureux, qui, au lieu d’avoir desfeuil- 
les qui présentent la forme ordinaire, 
en porte qui sont très-longues et très- 
étroites, souvent un peu falquées, et par- 
fois comme irréguliérement érosées. 
Greffée, cette variété présente la parti- 
cularité assez singulière que voici : tant 
qu'elle conserve ses caractères excep- 
tionnels la plante ne fleurit pas, mais 
comme elle tend sans cesse à les perdre, 
on remarque, lorsque les feuilles ont 
repris à peu près la forme normale, 
que les arbres fleurissent et fructifient. 
Néanmoins cette variété ne reprend ja- 
mais identiquement les caractères du 
type dont elle sort; son facies est tou- 
jours distinct; l'arbre n’est jamais fer- 
ule et son fruit n’est pas non plus tout 


à fait semblable à celui du C. Anglais hà- 


erisier dite Ceri- 


tif. Quant aux jeunes pousses, elles con 
serventleur caractère accidentel, et cha- 
que année les feuilles qu’elles develop- 
pent sont à peu près semblables à celles 
qu'a montrées l'accident lorsqu'il s’est 
développé pour la première fo:s. 

Get accident n’est du reste pas le seul : 
que présente le Cerisier anglais hâtif. 
Ainsi, lorsque les arbres sont vieux, il 
arrive fréquemment qu’on rencontre sur 
le même individu trois sortes de fruits 
distincts par leur époque de maturité. Il 
y a d’abord l’'Anglaise hâtive, dont les 
fruits deviennent noirs ; l’Anglaise tar- 
dive, dont les fruits, d’un beau rouge 
foncé, luisants et comme vernis, müris- 
sent plus tard. Enfin on rencontre pres- 
que toujours une.autre variété, très-tar- 
dive, dont les fruits, un peu plus petits, 
sont encore tout verts lorsque les deux 
autres sont déjà ceuillis depuis long- 
temps. En général ces derniers se colo- 
rent peu. Dans ces trois sortes d’acci- 
dents, les différences ne portent guère 
que sur les fruits. 

Le Cerisier indule n’est non plus 
qu'un accident produit par le Cerisier 
anglais hâtif. Il se distingue par son 
feuillage et par sa hâtiveté. 

La variété de Cerisier dite Anglaise 
hâtive n’est pas non plus la seule qui sur 
un même individu fournisse des fruits 


- de nature différente; ainsi, on trouve des 


faits complétement analogues produits 
par les Cerisiers dits May-Duck, Cherry- 
Duck et Reine Hortense. Ces variétés, en 
effet, ont donné sur un même individu, 
mais sur des branches différentes, des 
sous-variétés dont les fruits mürissent 
une quinzaine de jours plus tard que 
ceux des variétés, dont elles sortent. 
Greffées, chacune de ces sous-variétés a 


conservé son caractère accidentel. 


Un fait analogue aux précédents se 
montre chaque année au Muséum sur 
un Cerisier ordinaire à fleurs dites 


doubles. L'arbre sur lequel cette ano- 


malie se développe, qui a environ 0m,35 
de diamètre, est greffé sur Sainte-Lucie 
à 0m.70 du sol. À partir de là, sa tige 
est nue jusqu'à environ deux mêtres. À 


cette hauteur se développe une grosse 


branche qui, tous les ans, se couvre de 
fleurs extrêmement doubles, c’est-à-dire 
pleines, tandis que les fleurs des autres, 
branches qui sépanouissent beaucoup 
plus tard, sont à peine semi-pleines et 


2, 


PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


par conséquent rapportent des fruits. 

La Prune Coé violette, ou plutôt 
violacée-rosée, est un fait de dichroisme 
(note 1); c’est un accident qui s’est 
montré sur la Coé à fruits blancs, et 
qui, greflé, s’est maintenu avec tous les 
caractères qu'il présentait lors de son 
apparition. 

Nous avons remarqué, très-souvent, 
sur la variété de Prunier Damas de 
Tours, un fait à peu près analogue au 
précédent. Sur un même arbre il y 
avait des branches qui portaient des 
fruits différents de forme et de couleur 
et dont la maturité présentait une 
quinzaine de jours de différence; ainsi, 
tandis que les fruits du type sont très- 
oros, allongés, d’une eouleur rouge foncé 
qui rappelle ceux de Pound seedling, 
marqués d’un côté seulement d’un très- 
léger sillon, les fruits .de la sous- 
variété tardive sont un peu plus pe- 


tits, et leur forme est celle de la Reiï- | 


ne-Claude ordinaire ; ils sont d’un vert 
herbacé qui passe plus ou moins au 
rouge très-clair; leur queue, arquée, 
renflée à la base, s’insére dans une 
cavité assez large par l'évasement du 
sillon, tandis que la queue des fruits 
de la variété type, droite, peu ou point 


renflée, s’insèredansunetrès-petite cavité | 
| qui s’est montré sur une branche de ce 


placée presque à la surface du fruit. 

Une autre variété de Prunier, le 
Prunier Puget, présente la particularité 
suivante : sur une même branche ïl 
arrive très-fréquemment qu’il donne des 
fruits rougeâtres-violacés, pointillés ou 
striés de vert roux; on en trouve aussi 
qui présentent toutes les nuances in- 
termédiaires et d’autres qui sont pres- 
que unicolores. On voit même parfois 
certaines branches ne porter des fruits 
que d’une seule couleur, de sorte que en 
les multipliant à part, on aurait chance 
de les stabiliser et d'obtenir ainsi, d’un 
même arbre, plusieurs sous-variétés. 

Nous avons vu, sur un Groseiller à 
grappes à fruits rouges une branche 
qui portait des fruits tout à fait blancs 
comme ceux de la variété dite de Hol- 
lande à fruits blancs; à côté, surle même 
pied, il y avait des branches chargées de 
Groseilles rouges. 

Le fait du Brugnon naissant tout à coup 
sur un Pêcher ne peut plus être mis en 
doute; des exemples récents sont venus 
appuyer, en les confirmant, ceux qu’a- 


vaientrapportés certains auteurs notam- 
ment Sieuile. 

Deux autres faits du même genre que 
les précédents, dont nous devons égale- 
ment parler, sont fournis par deux va- 
riétés de Chasselas, connues, l’une sous 
le nom de Chasselas panaché, l'autre 
sous celui de Chasselas Suisse; toutes 
deux semblent provenir d’une variété à 
fruits noirs, couleur qui domine chez 


| l’une comme chez l’autre. Voici les par-£ 


ticularités qu’elles présentent : presque 
toutes les grappes portent quelques 


| grains plus ou moins panachés ou striés, 
| de blanc pour le Chasselas Suisse, de 
| roux, pour le Chasselas panaché. Mais il 


arrive fréquemment que les éléments se 
séparent et qu'on a alors, sur des sar- 


| ments différents, parfois sur les mêmes, 


des grappes de Raisin de couleur diffé- 


| rente, à peu près complétement blanche 


si elles appartiennent au Chasselas 
Suisse, rousses si elles appartiennent au 
Chasselas panaché. L’une de ces deux 
variétés n’est qu'une modification de 
l’autre, qui elle-même, n’est qu’un acci- 


| dent d’une autre variété. 


Le Poirier Saint-Germain gris, dont 


| les fruits, gris foncé, sont très-différents 


par l’aspect de ceux du Saint-Germain 
ordinaire, est le résultat d’un accident 


dernier, et qui, multiplié par greffe, s’est 
maintenu avec tous ses caractères. 

Un fait tout à fait semblable au pré- 
cédent s’est produit sur le P. Messire- 
Jean, de sorte qu'aujourd'hui on possède 
dans les jardins un Messire-Jean gris 
et un WMessire-Jean jaune. 

À ces quelques exemples nous en 
ajouterons deux autres analogues; ils 
ont été insérés dans le Bulletin de l’Aca- 
démie des Sciences, tome XXXIV, séance 
du 47 mai. L’un, rapporté par M. Dureau 
de la Malle, se rapporte à un Poirier Bon 
Chrétien qui produisait à la fois des fruits 
de cette sorte très-bien caractérisés et 
d’autres € d’une forme complétement 
dhfférente elinconnue. » L'autre exemple, 
cité par M. Mourrière, professeur à Ber- ! 
nav, à rapport à un Pommier qui, sur les 
mêmes rameaux, produisait des fruits 
qui avaient l'apparence d’une Reinette | 
rousse et d'autres qui appartenaient à | 
une sorte de Reinelle du Canada; ces | 
derniers sont lisses, ponctués, et parfois | 
d’un rouge vif sur l’un des côtés. 


DANS LES VÉGÉTAUX. 39 


Trois espèces appartenant, les deux 
premières à la catégorie des plantes 


potagères, l’autre à la catégorie des Cé- 


réales, nous présentent des faits sinon 
identiques, du moins équivalents à ceux 
que nous venons de rapporter ; ce sont, 
d’une part, les Haricots et les Pommes 
de terre, de l’autre le Maïs. Chez les unes 
comme chez les autres, on remarque 
que certaines variétés sont beaucoup 
plus sujettes que certaines autres à pro- 
duire des' accidents (note 37). Certains 
de ees accidents se stabilisent, se fixent 
même, de sorte qu’on peut les repro- 
duire par semis; d’autres au contraire 
ne se reproduisent que pendant un très- 
petit nombre d'années, et partiellement, 
tandis que d’autres encore, passagères, 
ne paraissent être que des variations ou 
des formes transitoires. 

Cette tendance à produire des varié- 
tés chez certaines sortes de Haricots est 
nous le répétons, plus ou moins grande ; 
nous allons en citer quelques exemples en 
commençant par une sorte bien connue, 
par le H. Flageolet. Celui-ci, qui est 
blane, aplatr, non volubile, nous a donné 
des Haricots volubiles, renflés, presque 
cylindriques, et qui, encore, au lieu d’ê- 
tre blanes, étaient lavés ou maculés de 
bleu violacé, sur un fonds rougeâtre. Ces 
Haricots, au nombre de 27, semés à 
part, ont produit, en 1864, 754 Haricots. 
Sur ce nombre six seulement étaient à 
peu près. semblables à ceux que nous 
avions semés ; tous les autres pouvaient 


 renirerdanssept à huit variétés, différant 


l’une de l’autre soit par la forme, soit 
par la coule des grains, soit même 
par ces deux choses. 

Un fait à noter, c’est que toutes ces 
variétés semontraientnon-seulement sur 


. un petit nombre d'individus, mais que 


parfois il y en avait plusieurs dans un 


| même fruit; ainsi, dans une gousse con- 
! tenant six Haricots, nous avons compté 


quatre variétés différant par la couleur; 
deux différaient même par la forme 
(note 38). | 

Parmi les diverses variétés qu’a pro- 
duites le H. Flageolet, nous citerons en- 
core celle à grains nosrs, dont tous les 
caractères, sauf la couleur, sont à peu 
près semblables à ceux du type. 

D'une touffe résultant de quatre Ha- 
ricots semblables, presque cylindriques, 


assez longs, de couleur rouge orange, 


fortement striés, maculés de brun mar- 
ron, que nous avions semés, nous avons 
obtenu 70 Haricots différents par la forme 
etpar la couleur, et pouvant rentrer dans 
quatre variétés. Sur un seul pieddes qua- 
tre que comprenait la touffe il s’est trouvé 
dans une même gousse cinq Haricots, dont 
trois NOIRS VIOLET très-foncé, courts, 
comme tronqués aux deux bouts et com- 
primés sur les faces; les deux autres, 
plus petits, étaient tout à fait BLANCS, 
presque sphériques. 

Une série d'expériences suivies pen- 
dant plusieurs années sur un certain 
nombre de variétés de Haricots nous a 
donné, soit par dimorphisme, soit par 
dichroïsme, de nombreuses et très-re- 
marquables variétés. Ainsi le H. Fotz- 
James blane, (qui lui-même est un acci- 
dent du Haricot noir de Belgique), dont 
le grain est petit, un peu aplati, nous a 
donné plus de 20 variétés très-diffé- 
rentes. , 

Le Haricot bicolore dela Chine, qui est 
presque rond (sorte de H. boulot, comme 
on dit vulgairement), qui est de cou- 
leur jaune pâle ou souffrée, nous a 
donné plus de 30 variétés de forme, de 
couleur, de grosseur et d’aspect très- 
divers. 

Des nouvelles expériences que nous 
avons faites, qui ont porté sur un assez 
grand nombre de variétés, nous ont 
donné des résultats semblables à ceux 
que nous venons de rapporter. 

Faisons remarquer que toutes les va- 
riétés de Haricots ne sont pas aussi plas- 
tiques les unes que les autres, qu’il en 
ect même qui varient très-peu ‘ .Bien que 
ce soit en général les variétés unicolores 
qui soïentles plus constantes, on ne peut 
pourtant rien préciser à cetégard, car on 


voit parfois des Haricots de plusieurs cou- 


leurs (panachés, maculés, etc.) se main- 
tenir assez bien, tandis que d’autres, uni- 
colores, blanes, rouges, noirs, jau- 


1 Que parmi les Haricots il y ait desvariétés beau- 
coup plus stables que d’autres, le fait n’a rien d’é- 
tonnant ; il est au contraire conforme à tout ce que 
nous connaissons. N'est-ce pas ce qui a lieu dans 
toutes les espèces qui présentent. beaucoup de va- 
riétés? En effet, parmi celles-ci, s’il en est d’éphé- 
mères (relativement bien entendu) pourainsi dire, 
n’en est-il pas aussi de tellement fixes, qu'on ne 
peut plus les affoler, qu’on ne peut plus faire reve- 
nir à aucun type et que par conséquent on pourrait 
considérer comme des types! 

Nos plantes potagères, telles que Choux, Betteraves 
Navets, Chicorées, et surtout les Laiïtues, nous en 
fournissent des exemples très-remarquables, 


mm 
PR nn LC AC His = Mu PT" nes = pr 


40 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


nes, etc. changent parfois instantanément 
et pour ainsi dire du toutau tout, c’est-à- 
dire du blanc au noir, au jaune, etc., et 
vice vers@. Mais ,d’un autre côté, on voit 
parfois aussi, suivant les années, les con- 
ditions de sol, de climat, ete. sepasser les 
faits les plus contraires: par exemple, 
que telle variété, après avoir été assez 
constante, devient variable, tandis qu’une 
autre qui jusque-là avait toujours été 
variable, devient stable. Parfois encore 
on voit, de ces variétés instables, sortir 
spontanément, pour ainsi dire, des for- 
mes particulières, qui se fixent trés- 
bien. Il n’y a dans tout ceci rien de précis 
ni d’absolu. Tous ces faits semblent se 
montrer au hasard ; mais, en réalité, ils 
sont régis par des lois que nous ne con- 
naissons pas. Dans notre ignorance de 
ces lois nous disons que les conséquen- 
ces qui en découlent sont dues au ha- 
sard, que ce sont des accidents 
Rappelons aussi que, pour toutes ces 
variétés, il n’y a pas de caractères abso- 
lus, que tous peuvent se modifier, se 
transformer et même disparaître, tandis 
que d’autres, plus ou moins différents, 
parfois même contraires, pourront ap- 
paraître. Ainsi, par exemple, d’un Haricot 
tardif qui rame, qu’on a semé, il pourra 
sortir un Haricot hâtif qui ne rame pas, 
de forme, de couleur et de nature dif- 
férentes; d’un Ilaricot dont les cosses 
Qu gousses sont fibreuses et parchemi- 
nées, 11 pourra sortir un Haricot dont, 
indépendamment de ce qu’il pourra dif- 
férer par tous ses caractères de végéta- 
tion, les gousses, dépourvues de fibres 
et gorgées au contraire de parenchyme, 
pourront se manger. En un mot, il 
pourra se produire ce qu’on nomme 
des mange-tout. 

Nous avons dit plus haut que non- 
seulement les Haricots pouvaient se mo- 
difier quant aux grains, mais encore 
que les gousses pouvaient subir des 
changements notables; en voici un 
exemple :en 1863, un Haricot de forme 
presque boulot, fond blanc, portant une 
macule couleur café à l’ombilic, ayant 
été semé, produisit un Haricot plus gros, 
fortement maculé de noir très-intense. 
Le Haricot qui a été semé provenait du 
H. noir de Belgique, qui a la cosse droite; 
le produit qu'il a donné, indépendam- 
ment de ce qu'ilétait plus gros et de cou- 
leur différente, avait la cosse arquée et 
plus longue. 


Le Maïs nous fournit des faits tout 
aussi ‘remarquables que ceux que pré- 
sententles Haricots; ainsi sur une même 
agrégation de fruits (sorte d’épi qu’à 
tort on nomme grappe) on voit sou- 
vent se développer des grains plus ou 
moins dissemblables, parfois compléte- 
ment, différents de ceux qu’on a plantés, 
qui sont unicolores ou de plusieurs cou 
leurs, etc., qui diffèrent même de gros- 
seur, de forme, d'aspect, et qui parfois 
encore, indépendamment de la couleur 
et de la grosseur, ont des qualités très- 
différentes de celles que présentent les 
variétés sur lesquelles elles naissent. 
Aïnsi sur une grappe de Maïs commun 
nous avons vu se développer, à côté de 
grains gros et jaunes, quelques grains 
plus petits, ridés, trésisucrés, à peu 
près identiques à ceux de la variété ap- 
pelée Mais sucré du Mexique. Plantés à 
part ces grains ont maintenu leurs ca- 
ractères. | | 

L’année dernière (1864) une variété 
de Maïs dite Mais chicot, dont les grains : 
sont allongés, coniques, pointus, lui- 
sants, de couleur blanc nacré, nous a 
donné sur le même pied, parfois sur la | 
même grappe, parfois encore sur des | 
grappes différentes, des grains sem- 
blables à ceux du type, d’autres élargis; 
plats, d’un blanc mat ou jaunâtres, et 
d’autres encore plats et déprimés, qui 
étaient fortement striés de rouge- 
orangé. Cependant ces Maïs, éloignés 
les autres, avaient élé soigneusement 
castrés. 

Les Pommes de terre snous fournis- 
sent des exempies de modifications tout 
aussi remarquables que ceux que nous 
venons de rapporter, soit pour les Ha- 
ricots, soit pour les Maïs; nous ne 
craignons pas d'affirmer que beaucoup 
de variétés cultivées aujourd’hui sont 
dues à des faits, soit de dimorphisme, 
soit de dichroïsme, qui se sont produits 
sur les parties souterraines pendant la 
végétation. Tous les ans, en effet, quand 
on arrache les tubercules et qu’on tient 
à conserver les variétés franches, on est 
obligé d’épurer, c’est-à-dire de faire un 
choix et de rejeter celles qui, comme on 
le dit, ont dégénéré. Cette dégénéres- 
cence, qui tend à éloigner constamment 
le produit du point de départ, a donc 
pour résultat de pousser à la division ou 
à l'extension du type, c’est-à-dire à la 
formation de nouvelles variétés. 


a — 


DANS LES VÉGÉTAUX. 1 


Les modifications chez les Pommes 
de terre peuvent également porter sur 
le mode de végétation des parties sou- 
terraines; c’est ce qui est arrivé pour 
la variété dite Pousse-debout. La qua- 
lification de Pousse-debout a été donné 
à cette variété parce que les tuber- 
cules qu'elle produit, au lieu ,d’être 


‘placés à plat, ou à peu près, dans le 


sol, sont dressésles uns contre lesautres, 
à peu près comme le sont les morceaux 
de bois lorsqu'ils sont disposés pour être 
transformés en charbon. 

La Pomme de terre Marjolin n’est 
autre, pour nous, qu’un fait particulier 
de végétation ; ce qui le démontre, c’est 
que les propriétés qu’elle présente, de 
ne pas fleurir et d’être si hâtive, ne sont 
pas constantes, et qu’elle tend constam- 
ment aussi à donner des plantes qui fleu- 
rissent et fructifient, et qui, par ce fait, 


sont aussi moins hâtives. C’est ainsi que, 


par le fait d’autres modifications souter- 
raines, elle a produit deux autres va- 
riétés: l’une, la Marjolin tardive, appe- 
lée aussi Marjolin de deuxième saison, 
qu'on vend parfois à la halle de Paris 
pour de la Hollande jaune; elle est re- 
marquable d’abord par sa végétation, 
qui se prolonge plus longtemps que 
celle du type, ensuite parce qu’elle se 
couvre annuellement de fleurs, puis de 
fruits, bien que le type dont elle sort 


ne fleurisse presque jamais. L’autre va- 


riété, par sa forme, n’a plus de rapport 
avec la Marjolin, dont elle est pourtant 
une modification ; en effet elle est ronde, 
et ses yeux, enfoncés, lui donnent exac- 
tement l’aspect de la Pomme de terre 
jaune ordinaire. 

Lorsque nous cultivions beaucoup de 
Pommes de terre Marjolin, il n’y avait 
pas d’années où nous n’en obtinssions de 
rondes, bien que nous n’eussions planté 
que des longues, en apparence très- 
franches. | 

Un exemple très-remarquable aussi 
de ces changements, qui nous a été 
fourni par la Pomme de terre jaune or- 
dinaire, est le suivant : Dans un carré 
planté exclusivement avec cette variété 
de Pomme de terre, bien franche (en 
apparence bien entendu), nous en avons 
récolté un certain nombre dont la peau 
était plus ou moins foncée; les unes 
avaient la chair jaune, les autres l’a- 
vaicnt blanche. Plantées séparément, 


ces variétés nous ont donné des Pommes 
de terre de forme ronde comme le type, 
mais parmi lesquelles il s’en trouvait 
de complétement violettes à l'extérieur 
et à l’intérieur (quelques-unes avaient 
même la chair noire, légèrement fla- 
gellée de blanc). Cette modification de 
couleur n’était pas la seule; la qualité 
était aussi três-modifiée. Ainsi, au lieu 


‘d’être farineuse comme leur mére, la 


Pomme de terre jaune, la chair de ces 


variétés était compacte, d’un goût peu 


agréable, pour ne pas dire mauvais. 
Les enfants, qu’on nous passe la com- 
paraison, avaient dégénéré au physique 
et au moral. | 

Voici encore, au sujet des Pommes de 
terre, deux exemples de ces modifica- 
tions souterraines; elles sont toutes ré- 


centes; nous les avons observé au Mu- 


séum en 1864. 

Une planche de terre ayant été plan- 
tée moitié avec de la jaune longue 
lisse, dite Hollande, et l’autre moitié 
avec de la rouge longue unie, appelée 
vulgairement Votelotte lisse, la premiére 
moitié donna des tubercules sembla- 
bles à ceux que nous avions semés; la 
seconde, au contraire, la Vitelotte rouge, 
avait produit des tubercules également 
à peu près semblables pour la forme à 
ceux que nous avions semés, mais diffé- 
rents par la couleur, qui était d’un 
jaune-roux. La qualité était restée la 
même, et, bien que dans certains cas 
on eût pu les confondre avec la jaune de 
Hollande, on les distinguait facilement 
lorsqu'elles étaient cuites, puisqu'elles 
restaient entières, tandis que la Hol- 
lande jaune tombait en poussière. 

Voici l’autre exemple. Dans un bout 
de planche où nous avions planté une 
cmquantaine de Pomme de terre jaune 
ronde ordinaire, l’un des pieds, dont la 
végétation tardive fut, vers la fin de la 
saison, différente de celle des autres, 
donna des Pommesde terre rondes, d’un 
rouge foncé. ; 

Cette même année 1864, dans un 
carré entièrement planté en Pommes de 
terre Chardon, nous avons remarqué 


quelques pieds parfaitement semblables 


aux autres sous le rapport de la végéta-. 
tion et de l'aspect, mais qui en: diffé- 
raient complétement par la couleur des 
fleurs qui était d’un blanc mat, un peu 
soufré, tandis que la Pomme de terre 


42 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Chardon a les fleurs rose-violacé ou vio- 
let-rosé. Les tubercules provenant de 
ces pieds à fleurs blanches ne différaient 
de ceux du type que parce qu’ils étaient 
plus arrondis et plus réguliers, et que 
les yeux étaient moins prononcés. In- 
dépendamment de la variété à fleurs 
blanches dont nous venons de parler, on 
trouve dans la Pomme de terre Chardon 
des variétés hâtives, tardives, et tout 
cela bien qu’on n'ait d’abord planté 
que des tubercules bien franes, qui pen- 
dant longtemps n'avaient produit au- 
cune variation. [ci, de même que dans 
les cas précédents, le semis n’ayant pas 
été employé, toutes ces différences sont 
doncdues à des transformations (note 39). 

Un fait entièrement semblable à ceux 
qui précèdent, rapporté par M. Joi- 
gneaux dans le Journal de la Ferme et 
des Maisons de campagne, est le sui- 
vant : € Il y a neuf ou dix ans, on nous 
donna six beaux tuberculesd'une Pomme 
de terre longue, d'un jaune pâle. Afin 


de multiplier les touffes nous divisimes 


chaque tubercule en trois morceaux ; 
nous les plantämes nous-même; les sar- 
clages et les binages furent également 
faits par nous. IL n’y avait done eu ni 
erreur ni substitution. Voulez-vous con- 
naître le résultat? Le voici: quelques 
Pommes de terre, en très-petit nombre, 
ressemblaient au type; mais le plus 
grand nombre étaient sphériques, les 
unes Jaunes comme la mère, les autres 
rouge assez foncé. » 

Tous les cultivateurs savent très- 
bien aussi que les Votielottes unies, 
dont les yeux peu nombreux sont à 
peine sensibles, donnent souvent des 
tubercules de formes diverses et dont 
les yeux sont tellement enfoncés que 
c’est à peine si on peut les peler. À une 
certaine époque, nous avions obtenu 
une variété qui, indépendamment de la 
multiplicité et de lenfoncement des 
yeux, produisait, en quantité considé- 
rable, des agglomérations qui don- 
naient à l'ensemble une forme mon- 
strueuse. (était une véritable hydre. 
Ajoutons que bien que provenant de la 
Vaitelotte, qui est une bonne Pomme 
de terre, cette variété était très-âcre et 
même mauvaise. | 

Tous ces faits démontrent sans aucun 
doute comment se forment une très- 
grande partie des variétés de Pommes 


de terre, et prouvent qu’elles ne viennent 
pas de graines; on en sera convaincu 
le jour où, ayant observé la végétation 
des plantes, on marquera, puis on ré- 
coltera à part toutes celles qui, dans 
leur végétation, présentent des dif- 
férences sensibles; une modification 
externe étant toujours la conséquence 
d'une modification interne. | 

Les divers faits que nous venons de 
rapporter sont propres à une très-grande 
quantité de végétaux; au nombre de 
ceux-ci nous pouvons citer tont parti- 
culiérement le Bananier &t la Canne à 
sucre. En effet, bien que ces plantes ne 
donnent jamais de graines, on ne compte 
pas moins, dans chacune de ces deux 
espèces, un grand nombre de variétés 
três-distinctes par. la vigueur, l'aspect 
et le port des plantes; par la forme, la 
grosseur et la qualité des fruits. Toutes 
ces variétés sont produites par dimor- 
phisme, c’est-à-dire par le développe- 
ment spontané de bourgeons spéciaux. 

Ce que nous disons de la Canne à 
sucre et du Bananier, nous pourrions 
le dire de beaucoup d’autres végétaux 
monocotylédonés, des Arundo, des Pha- 
laris, des Bambous, des Dracæna, des 
Yucca, etc., ete. 

Après avoir cherché à faire ressortir 
certains faits de dimorphisme qui, par 
leur importance, nous ont paru dignes 
de fixer l'attention, nous allons conti- 
nuer par l’énumération d’un certain 
nombre d’autres, sans néanmoins, pour 
chacun deux, entrer dans d’aussi grands 
détails, en ne faisant même parfois 
qu’indiquer le nom des accidents à 
moins cependant qu'ils présentent un 
intérêt particulier, soit au point de vue 
pratique, soit au point de vue scien- 
tifique; dans ce cas nous entrerons 
dans quelques considérations, relatives, 
soit à leur origine, soit aux particula- 
rités qu'ils présentent. 


ACCIDENTS OU FAITS DE DIMORPHISME, OU 
DE DICHROISME, PORTANT SOIT SUR LES 
FEUILLES, SOIT SUR LES FLEURS, SOIT 
SUR LES FRUITS, SOIT MÊME SUR LE 
FACIÈËS GÉNÉRAL DES PLANTES. 


Nous devons d’abord faire cette obser- 
vation : que, lorsqu'un nom n’est suivi 
d'aucune indication, c’est, d’une part, 
qu'il désigne une: plante connue; de 


DANS LES VÉGÉTAUX. 43 


l’autre, que l'énoncé seul du nom indi- 
que lorigine de la plante. Ainsi, lors- 
que nous écrivons Abricotier commun à 
feuilles panachées, Acorus gramineus 
variegala, Arundo donax varieqata, As- 
pidistra elatior variegatæ, Eleagnus re- 
[lex variegata, ete., et, il est facile de 
comprendre queles accidents désignés 
par ces noms sortent del’Abricotier com- 
mun, de l'Acorus gramineus, de l'4- 
rundo donax, de l'Aspidistra elatior, de 
l'Eleagnus reflexa, et que les plantes 
qu'ils ont produites ne différent de ces 
dernières que par des panachures. 

Abricotier à feuilles 
panachées. 

Acer eriocarpum fasciatunma, — 
Très-remarquable par ses rameaux largement 
fasciés, cette variété s’est montrée au Muséum, 
en 1857 sur une plante provenant de graines, 
qui, pendant les deux premières années. n’avait 
rien d’anormal; ce n’est qu’à sa troisième an- 
née, lorsqu'elle a été rabattue, que l’anomalie 
est apparue. Depuis, elle s’est maintenue avec 
tous ses caractères. | 

Cet accident est à l’Acer eriocarpum ce que 
le Sambucus nigra monstrosa est au S$. nigra. 


€ ORRA ERP EE ER 


ACOPUS gFPAIMINQUS variegata s 
Æsculus rubicunda variegata s 
Agatha amelloides variegatazs 
Agoratumm MNIeXICHEMUNN PAM, 
— Gette plante, qui est aujourd’hui employée 
avec tant d'avantage pour former des bor- 
dures, est le produit d’une branche qui s’est 
développée accidentellement sur le type A. 
Mexicanum. Elle présente des capitules pres. 
ue sessiles et un peu irréguliers, qui, à cause 
e la brièveté du pédoncule qui les supporte, 
s'élèvent peu au-dessus des feuilles, ce qui, 
à certains points de vue, est un inconvénient. 
Les plantes types, au contraire, qui viennent 


tules gros et réguliers, et ceux-ci sont portés 
sur un long pédoncule. 


Ageratuem Mexicanmunmn interme- 


“iusma, — Cette variété, qui est un accident de 
second degré, c’est-à-dire sorti d’un autre ac- 
cident de PA. Mexicanum nanum, est intermé- 
diaire; les plantes sont très-floribondes ; leurs 
capitules sont aussi beaux que ceux du type, 
et, comme ils sont portés sur de longs pédon- 
cules, les plantes sont propres non-seulement 
à l’ornement des jardins, mais à la confection 
des bouquets. Les dimensions qu’ellesprésentent 
sont également intermédiaires ; plus grande 
que lPAgeratum Mexicanum nanum, la forme 
intermédiaire s'élève moins que le tyv2, l'Age- 
ralum Mexicanum. 


Ageratuen Mexicanum variega- 


tam. — Celui-ci ne diffère guère du type que 
par ses feuilles, qui sont marginées-panachées 
de blanc-jaunâtre; son inflorescence est pour- 
tant un peu plus grêle et ses capitules sont 


| accident, auquel mous s donné 
| d’Aster bicolor major, multiplié d'éclats, à 
| conservé tous ses caractères, et aujourd’hui 


aussi plus petits. En général la plante est 
élancée, maigre, comme on dit en borticul- 
ture. : 

Amandier commun à feuilles 
panachées, — Feuilles bordéeset satinées 


| de blanc; végétation délicate. Revient parfois 


au lype. 
Amemone dSaponica Honorime 
Solkert — Très-vigoureuse et très-belle, 


cette variété, dont la fleur est blanche, est un 
accident de l’Anemone hybrida où A. elegans, 
plante obtenue en Angleterre par M. Gordon 
en fécondant l'Anemone Japonica avec l'A. 
vitifolia. Cet accident Anémone Honorine Jobert, 
s’est montré il y a quelques années chez M. Jo- 
bert, amateur à Verdun. 

Aralia Cookii. — (Cette plante, dont en 
général les feuilles sont simples, longues et 
étroites, est une forme de l’Aralia trifohiuta. 

Arundo donmax variegain argem- 
tea, CL A, domax variesatia aurea, 
— Ces deux variétés diffèrent du type par 
leurs feuilles bordées de blanc pour la pre- 
mière, de jaune pour la deuxième; elles sont 
beaucoup plus délicates que le type. 

Aspidisira elatior variegata. 

Aster bicolex. L'Aster bicolor, qui n’est 


: pas, comme on le croit, une espèce, mais tout 
Simplement une forme naine, très-probable- 


ment même un accident de l Aster versicolor, 
a produit, au Muséum, en 1856, sur une de 


ses tiges, un bourgeon vigoureux qui pré- 
| sente tous les caractères de l’Aster versicolor, 


si ce n’est qu’ildevient un peumoins grand. Cet 
avons donné le nom 


encore c’est une des belles plantes vivaces 


| d'ornement. 


‘Aster bicolor major.) Voir As- 


ter bicolor). 


Azalen indica Dieudonné Spae. 


| — Fleurs saumonées, marginées de blanc. C’est 
| un accident de PA. formosa Ivery: qui a les 
d'abord beaucoup plus grandes, ont les capi- | fl 


ICUFS FOses.. 


A. Indica Beauté de l'Europe. 
— Cette variété a les fleurs fond blanc, pana- 
chées de rouge. Cest un accident de l'A. deli- 
cata dont les fleurs sont saumoné foncé. 


A. Imdica Criteriom.— Plante à fleurs 
rose foncé, bordées de blanc, C’est un accident 
de VA. Iveriana, qui à des fleurs blanches, 
striées de rose. 


A. Indica alba rosena. — Plante à 
Îleurs rose tendre bordées de blanc. C’est un 
accident de A. Jveriana, qui a des fleurs 
blanches striées roses. 

A. Indica exquisita grandifiora. 
— Variété à fleurs rose foncé, bordées blanc. 
C’est un accidentde F4. alba perfecta, qui està 
ileurs blanches très-légèrement striées de rose. 

Bananier (Voir page 42 Voir aussi 
plus loin, au mot Musa). 

Brugnonnier (Voir page 38). 


44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Buxus Balearica cuculinta — 
Cette variété, qui est un accident du B. Balea- 
rica, diffère de celui-ci par ses feuilles plus 

etites, très-fortement convexes, arrondies sur 
e milieu, 
Buxus sempervirens argentea ; 
aurea; 
IMArSINAÉR. 


— _— 


— Toutes ces variétés, qui sont des accidents 
du type, s’en distinguent par leurs feuilles, qui 
sont panachées ou bordées, soit de blanc, 
soit de jaune. 


Carmellia Japonica Comte de 


Paris. — Cette 
variété, qui est 
à fleurs rose- 
carné fortement 
striées, est un ac- 
cident du C. Jap. 
Duchesse dOr- 
léans , dont les 
fleurs sont blan- 
ches striées. Cette : 
variété est non- 
seulement beau- 
coup plus vigou- 
reuse que la plante 
dontelle provient, 
mais encore elle a 
sur elle l'avantage 
de bien épanouir 
ses fleurs, ce qui 
n’a pas lieu chez 
le C. Duchesse 
d'Orléans dont les 
boutons tombent 
presque toujours 
avant de s'ouvrir. 
€ e Jap e 
Montironi 
rosea — (Cette 
lante, dont les 
Îleurs sont entiè- 
rement roses, est 
un accident du C. 
Montironi, qui est 
à fleurs blanches 
très - légèrement 
striées. 


C. Ja pe F 
&Giardino Franchetti, — Plante à fleurs 
rose foncé, bordées de blanc. C’est un acci- 
dent du Camellia Targioni, qui est à fleurs 
blanches, légèrement striées de rose. 


C. Jap. Comtesse Woronzof. 
Cette variété, qui est à fleurs rose tendre, est 


un accident du C. Centifolia alba, dont les fleurs 
sont d’un blanc pur. 


€, Jap. Giardinoe Schmitz. 
Plante à fleurs rose tendre. C’est un accident du 
_C. Jap. Elisa Centurion, dont les fleurs sont 
blanches très-légèrement striées de rose. 


€. Pap. Impératrice Eugénie. 
Plante à fleurs rose-carné. C’est un accident 


Grav. 1: — Cephalotaxis pedunculata fastigiata. — Forme ac- 
cidentelle du Céphalotaxus pedunculata. 


du C. Jap. Montironi, dont les fleurs sont très- 
légèrement striées de rose. 


€, Paolina Armari. — Fleurs rose 
foncé. Cette plante est un accident du C. Miss 


Abby Wilder, qui est à fleurs blanches, lé- 
gèrement striées de rose. 


€. Jap. Princesse Aldrovandi, 


— Plante à fleurs rose, bordées de blanc. C’est 
un accident du C. Jap. Teutonia, dont les 
fleurs sont blanches, striées de rose. 


€. Jap. Bicolor de Ia Reine. —- 
Fleurs roses, bordées de blanc. C’est un acci- 
dent du C. Jap. 
de la Reine, qui 
est à fleurs blan- 
ches, très-légèére- 
ment striées de 
rose. 

L'année der- 
nière nous avons 
vu sur un Camel- 
la à fleurs roses 
des branches por- 
tantdes fleurs 
complétement 
blanches. 


Canne à 
sucre. (Voir 


page 49). 


Cephalota- 
XUS pedum- 
culata fastii- 
giata. (Grav. 
1). Cette variété, 
qu'on a décrite 
et figurée comme 
étant une espèce 
de Podocarpus(P. 
Koraiana), est un 
fait de dimor- 
phisme du Ce- 
Phalotaxus pe- 
dunculata. Nous 
enavonseu la 
preuveau Mu- 
séum en 1863 ; 
Voicicomment. 
Ayant bouturé un 
certainnombre de rameaux du soi-disant P, Ko- 
raiana, lun deux, au lieu de donner des bran- 
ches simples et éparses, strictement dressées, 
etmunis de feuilles éparses(Grav.{), produisit des 
branches horizontales, verticillées, portant des 
feuilles distiques (gr. 2). Les deux plantes repré- 
sentées par lesgravures 1-2 proviennent de cette 
même série de boutures. Ce sont deux frères. 

Le Cephalotaxus- pedunculata fastigiata est 
au C. pedunculata ce que le Taxus baccata 
fastigiata est au T. baccata. 

Cerus Peruvianus IMOnSIrOSuS. 
— Cette forme est un accident du Cereus 
Peruvianus, auquel elle revient parfois. 


Et 


Cerisier anglais à feuilles de 
Saule — (Voir plüs haut, page 37). 


DANS LES VÉGÉTAUX. ee 


Cerisier anglais baûtif, 

tardif. 

à fruits blanes. 
— (Pour ces trois variétés voir plus 
haut page 37). 


 Chasselas à fruits panachés., 
— (Voir page 38). 

Chasselas suisse— (Voir page38). 

Chasselas gros Coulard. Cette 
variété, dont les grains, sphériqnes gros, cou- 
lent très-souvent, est le résultat d’un acci- 
dent qui se montre fréquemment sur le Chas- 


selas ordinaire; elle se distingue de ce dernier 
par ses sarments plus gros, à nœuds beaucoup 
‘plus rapprochés, par ses feuilles moins lobées, 
un peu plus longues et un peu plus épaisses, 
d’un vert luisant et comme vernies. Le Chas- 
selas gros Coulard diffère aussi du Chasselas 
ordinaire par son tempérament; il a besoin de 
beaucoup de chaleur et d’être placé à l'abri 
des influences de l'air; aussi réussit-il généra- 
lement bien lorsqu'on le soumet à la culture 
forcée. 


Chasselas de Demoiselles. — 
Cette variété, remarquable par ses grains, qui 
ne sont guère plus gros que des plombs de 
chasse, est un fait de dimorphisme ou une 


Grax. 2. — Cephalotaqus pedanculata. 


sorte de dégénérescence qui se montre parfois 
sur le Chasselas ordinaire. Ce phénomène parait 
dû à l’avortement partiel des organes sexuels 
et tout particulièrement des anthères, d’où 
résulte la non-fécondation des fleurs, et, comme 
conséquence, l'avortement des graines. Bou- 
turéé, cette variété conserve ses caractères. 

| Chasselas à feuilles panachées, 
— Remarquable par ses feuilles largement pa- 
nachées de blanc (Voir plus loin, au mot Wi- 
ge, pour les accidents de quelques autres va- 
riétés.) ; 

Chrysanthème de Chine. — (Voir 

plus haut, page 33). 


+ 


Clematis bicolor on Sieboldti. 
— Cette plante, dont les fleurs, violettes à l’in- 
térieur, sont presque pleines par suite de la 
transformation des étamines, est un accident du 
Clematis florida, qui est à fleurs simples blanc 
verdâtre, fait que plusieurs fois nous avons 
été à même de constater : celle-là se développant 
toujours sur celle-ci. 

La variété Clematis bicolor flore pleno, 
qu'on nomme parfois aussi Afragene america- 
na, si remarquable par ses fleurs énormes, d’un 
blanc verdàtre est un accident direct du Cle- 
matis bicolor, par conséquent un accident de 
second degré du Clematis florida, fait que 
nous avons pu vérifier de nouveau cette année. 


slim MR li sm set mines Re 


46 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Ainsi surun pied de Clematis bicolor planté en 
pleine terre, il s’est développé, près de la hase, 
une branche qui portait des fleurs tout à fait 
pleines, monstrueuses, de couleur vert jau- 
nâtre, de sorte que les deux accidents étaient 
réunis sur le même individu. 


Clematis Helena monstre sa. 
Cette plante n’est autre que le Clematis 
Helena, qui, 
formé et est devenu à fleurs pleines, presque 
monstrueuses. — C’est un phénomène tout à 


fait analogue à celui qui s’est produit sur le 


Clematis bicolor. 


Cheiranthus Cheiri variegaia. 
flore pleno. — Accident d’une variété à 
fleurs doubles de la Giroflée jaune des mu- 
railles. 

Cornus sanguinen variegata. 

Cornus mas variegaia, 

Cytisus Adami. — (Voir plus loin 
p. 57.) 


Dactylis slomerain variegain. 


Echinocacius multiplex cris- 


tata. — Cette variété, qui est un fait de di- 
morphisme de lEchinocactus multipleæ, au lieu 


d’avoir une tige régulièrement méloniforme 


allongée, constitue une masse épaisse qui s’é- 
tend en formant des sortes de fascies disposées 
en éventail; et au lieu de sillons longitudinaux, 
larges et profonds, séparés par des saillies sur 
lesquelles sont placées des épines longues de 
On.02 à Om.03, très-raides, VE. multipleæ n’a 
que de très-petits sillons ou sorte de plis dis- 
poséstransversalement à la direction des fascies, 
par conséquent en sens contraire de ceux que 
porte le type, sur les bords desquels on trouve 
des aiguillons disposés en étoiles longs d’en- 
viron 0m.005. En un mot, l'accident est cam- 
plétement différent de la plante dont il sort. 


Eleagnus reflexa variegaia ar- 
gentea, C{ Eleagnus reflexa varie- 
Eala aurea. Ces deux variétés différent 
de l'Eleagnus reflexa, dont elles sont des acci- 
dents, la première par ses feuilles bordées de 
blanc, la deuxième par ses feuilles bordées de 


jaune. 
Eleagnus pungens variegaita : 


_Evonymus Japonica argenteh 
Ct Æ. Japoniea auren. Ces deux 
variétés résultent d'accidents produits par le 
Fusain du Japon (Evonymus japonica) auquel 
elles reviennent parfois, surtout la variété 
aure@. 


Evonymus Japonica Mavida. — 
Cette plante qui est le résultat d’un accident qui 
s'est développé en 1862 sur un pied type à 
feuilles vertes, se distingue par ses feuilles 
bordées de jaune-verdâtre parfois blanckâtre. 
Elle est vigoureuse. 


Evonymus Japonica fasciaia.— 
Très-remarquable par ses rameaux largement 
fasciés, cette variété s’est développée au Mu- 
séum en 1864, sur un pied type qui ne pré- 
sentait rien d’anormal. 


ar dimorphisme, s’est trans- 


L’Evonymus Japonica a produit encore beau- 
coup d’autres accidents qui différent par la 
pasachure, parfois même par la forme des 
feuilles ; telle est entre autres la variété cala- 
mislrata: celle-ci est issue de la variété ar- 
gentea, dont elle diffère par ses parties plus. 
grêles ; ses feuilles, plus petites, sont aussi plus 
tourmentées, crispées ou comme érosées. — 
Il est plus que probable queles diverses variétés, 
qui ont été récemment introduites du Ja on, 
ne sont non plus que des accidents de F vo- 
nymus Japonica. 


Ficus scandens microphylia, 
Cette variété, que l’on rencontre parfois dans 
le commerce sous le nom de Ficus buxifolia, 
est un fait de dimorphisme qui s’est montré. 
en 1856, au Jardin botanique d'Orléans, sur un 
pied de Ficus scandens planté dans une serre 
ses feuilles sont très-petites, un peu subor- 
biculaires et légèrement bullées. Cet accident 
s’est conservé, avec tous ses caractères, soit 
sur le pied où il s’estdéveloppé pour la première. 
fois, soit sur toutes les muültiplications qu'on 
en a faites. : 


Fomiamesia phylifreoides va- 
riega(a. Cetie variété, très-jolie, s’est 
développée au Muséum d'histoire naturelle en 
1854 sur un pied de Fontanesia phyllireoides. 
Depuisson apparition cette plante n’apas varié ; 
ses rameaux, d’un vert jaunâtre, sont effilés, 
el les feuilles qu'ils portent sont très-largement 
bordées de blanc-jaunàtre. 


Fraximes Americana variegata. 
Fraxinus excelsior jaspidea — 


| Cette variété se distingue à son écorce striée- 


ou un peu rubannée de jaune. 


Fraxinmus exrelsior variegata, 


| — Le Frêne commun a produit plusieurs acci- 


dents qui se distinguent par la panachure de 
leurs feuilles ; celle-ci est jaune, blanche, dis- 
posée par bandes et bordant les feuilles, par- 
fois en macules sur toutes les parties du limbe, 


| comme elles sont sur les feuilles d’Aucuba par 
| exemple. De 


là les diverses dénominations 
d'argentea, aurea, striata, maculata, aucu-- 


| bæfolia, etc. 


Gardenis radicrans variegata 
(Grav. À). — Cette variété, remarquable par 
la forme et par la panachure jaune de ses 
feuilles, est un accident du Gardenia radicans 
(Grav. 3). Ici l'accident est double; la pana-- 
chure des feuilles a déterminé une modification 


| dans leur forme. — Le dimorphisme (note 1) 
a déterminé le dichroïsme. 


Girofée dite Savoyarde, à feuil- 
les panachées. — (est un accident de- 
la Giroflée à fleurs doubles, brunes. 


Haricot (Voir plus haut, page 39). 


Hèôtre à feuilles lacinices, dit à 


feuilles de Fougère. — (elte variété, 
qui est un fait de dimorphisme du Hêtre com 
mun (Grav. 5), nous a présenté la particularité 
suivante : l'ayant greffée sur le H. commun, les 
branches se développèrent de chaque côté de la 
tige presque distiquement; toutes celles qui 


DANS LES VÉGÉTAUX. 


Grav. 3. — Gardenia radicans. 


Grav. 4 — Gardenia radicans variegata. — Forme accidentelle du G. radicans. 


à7 


Pre TEE 


k 
- # 
be 
E 
4 


48 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


étaient d’un côté portaient des feuilles sem- 
blables à celles du Hêtre commun, tandis 
que toutes les branches placées du côté opposé 
ne portaient que des feuilles laciniées (grav 6). 


Hibiscus Syriacus flore pleno 


variegata. — Cette variété, dont les feuil- 
les sont panachées de blanc jaunâtre, s’est 
montrée, en 1858, sur un pied dont les feuilles 
étaient complétement vertes. 


Hibiscus Syriacus varicegata. 
Remarquable par la panchure de ses feuilles, 
cette variété est un accident du type; ses 
fleurs sont semblables à celles de ce dernier. 
Elle est peu vigoureuse. 


Hydrangea Hortensia, — Cette 


plante, toujours stérile, est un accident de 
l’'Hydrangea Japonica, analogue à ceux qui se 
sont produits sur les Viburnum Keteleeriü et 
Opulus. 


Hydrangea Japonica variegata. 
— Ne diffère du type que par ses feuilles pa- - 
nachées, bordées de blanc. 6 

Elex aquifolium calamistrata 


variegata, — Cette variété est un accident 
de l’Ilex calamistrata qui est une variété du 
Houx commun. 

Ilex aquifolium ferox aureum: 
Ct HE. aquifol. ferox argenteum. 
— Ces deux variétés qui se distinguent à la 
panachure de leurs feuilles qui est Jaune chez 


Grav. 5. — Branche de hêtre commun sur laquelle se développe un rameau 
à feuilles laciniées. 


la première, blanche chez la deuxième, sont 
des faits de ST de l’Ilex aquifolium 
ferox, qui n'en diffère que par ses feuilles 
vertes. 

Les très-nombreuses variétés de Houx com- 
mun que l’on cultive sont dues, pour la plupart, 
à des faits de dimorphisme sfabilisés. 


Iris spectabilis, — Cette planté, si 
remarquable par sa couleur, est un accident 
de lIris Xiphium dont elle est pourtant si 
différente (note 2), ; 

Sacinthe (Voir plus loin). 

Juniperus <communis varie- 
gata. 

Juniperus excelsa variegata. 


Juniperus Virginiana varic- 
gata, 


Juniperus Virginiana mon- 


strosa. Cette variété, qui est due à des 
broussins (note 40), se montre assez fréquem- 
ment sur le Génévrier de Virginie. 


Lasmiunn album variegafunn, 


Laurocerasus vulgaris angusti- 


foläa. — Cette plante qui, pendant long- 
temps, a figuré dans plusieurs Ecoles de ho- 
tanique sous le nom d’Hartogia Capensis, est 
un fait de dimorphisme du Laurocerasus vul- 
garis fait que plusieurs fois nous avons pu con- 
stater et que démontre Ja gravure 7, ses feuil- 


DANS LES VÉGÉTAUX. 


les, très-étroites, longues, d’un vert clair, sont 
plus fortement dentées que celles de la plante 
dont elle sort. Elle est très-constante; on n’a 
point d'exemple qu’elle ait varié. 

Laurocerasus vulgaris varie- 
gata. 
Laurocerasus Lusitanica varie- 
gata. | 


Et) 


7 


de 


49 


Lierre en arbre à feuilles pana- 


thées. Cette sous-variété est un fait de 
dichroïsme du Lierre dit en arbre, dont elle ne 
diffère que par ses feuilles panachées de blanc 
jaunâtre. 

Ce qu’on nomme Läierre en arbre est ün 
Lierre commun, ou l’une de ses variétés, ar- 
rivé à l’état adulte, et qu’alors il fructifie. Les ra- 
meaux sont gros, courts, arrondis et dépourvus 


Gray. 6. — Hêtre commun obtenu de greffe, sur lequel tous les rameaux placés d’un côté de 
la tige sont à feuiltes laciniées. 


de crampons; les feuilles aussi, au lieu d’être 
lobées, sont cordiformes, plus ou moins allon- 
gées, parfois très-obtusément arrondies. 

De même qu'il y a plusieurs formes de 
Lierre rampant, il ya plusieurs sous-variétés 
de Lierre en arbre; elles sont en rapport avec 
les variétés dont elles sortent, et se distinguent 
par la forme et par les dimensions des feuilles, 
par la grosseur des rameaux, toutes choses qui 
dépendent de la vigueur et de l'aspect des 
variétés mères t, 


1 On obtient le Lierre en arbre, soit en boutu- 
_rant, soit en greffant des rameaux adultes, cest- 
à-dire des rameaux qui ont été modifiés par le fait 


Le fait du Lierre en arbre rentre dans la 
3e série des faits de dimorphisme, que nous 
avons établie. (Voir note 1.) 


Ligustrum JSaponicum variega- 


tam. — Le L. Japonicum paraît sujet à pro- 
duire des faits de dimorphisme ou plutôt de 
dichroïisme ; on à déjà, de lui, produites de 


de la fructification. Ils se ramifient et forment 
alors de très-jolis huissons, d’où sortent parfois, 
surtout près de la surface du $ol ou dans les par- 
ties mal aérées, des rameaux munis de crampons, 
portant des feuilles plus ou moins lobées, et qui 
rampent et s’enracinent dès qu’ils touchent le sol. 


50 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


cette manière, plusieurs variétés distinctes par 
la couleur ou par la disposition des pana- 
chures, ce qui leur a valu des qualifications 


particulières. Il en est même une qui diffère 


un peu par la forme de ses feuilles. 


Ligusérurmm 
reumr. -— (Cette va- 
riété, qui se distingue 
par ses feuilles bor- 
dées ou rubannées de 
jaune, s’est produite 
au Muséum en 1861 ; 
elle provient d’une 
branche qui s’est dé- 
véloppée  spontané- 
ment sur un pied type 
dont les feuilles 
étaient vertes. Elle est 
instable. 

Ligusiérum 
vulgare varie- 
gatumm.— Cette va- 
riété, qui est un acci- 
dent du Troëne com- 
mun, s’en distingue 
par ses feuilles pana- 
chées de jaune. Cet 
accident est assez fré- 
quent, même à l’état 
sauvage; nous lavons 
rencontré plusieurs 
fois dans des bois. — 

Elle n’est pas stable. 

Lilas com- 
mun à feuilles 
panachées. 

Lilas de Per- 
se à feuilles Ia- 
ciniées el Lllas 
de Perse à 
fleurs blanches 
—Bien qu’onne puisse 
préciser l’époque à la- 
quelle se sont produits 
les deux accidents 
dont nous venons de 
parler, propres au Li- 
las de Perse, on ne 
peut douter qu’ils 
aient été produits de 
cette mamière, le Lilas 
de Perse ne donnant 
jamais de graines. L’o- 
rigine de ce dernier” 
est même très-dou- 
teuse. L’un des deux = 
accidents porte sur les RONTENIER 
feuilles ; l’autre porte | 
sur les fleurs qui sont 
blanches, légèrement 
violacées. ; 

Maïs. (Voir plus haut, page 40.) 

Mamillaria miven dedalen. 
Cette variété, qui est un accident du Mamilla- 
ria nivea, forme une masse compacte dont les 
plis etcirconvolutions, disposés en une sorte de 
Labyrinthe — (dedalea), donnent à l’ensemble 
un peu l’aspect d’une fraise de veau. Le type 


au- 


ovalifolium 


riété angusifolia à, 
d'Hartogia Gapenis. 


Grav. 7.— Laurocerasus vulgaris sur léquel s'est développée la va- 
a, plante qui a été cultivée sous le nom 


dont cette variété sort, forme un cylindre mélo- 
niforme c’est-à-dire légèrement renflé au som- 
met; il porte des épines disposées en faisceaux, 
longues de2 à 3 centimètres, raides, très-aiguës, 
accompagnées à la base d’une série d’autres, 
plus petites disposés en étoile. La variété deda- 
lea, au contraire, indépendamment de sa forme 
qui est si différente 
de celle que présente 
le type, n’a pas d’épi- 
nes; elle est revêtue, 
sur toutes ses parties, 
de poils soyeux, ar-- 
gentés, et comme feu- 
trés, très-doux au tou- 
cher. La mère et l’en- 
fant— quantauphysi- 
que — n’ont rien de 
commun. 


Mentha ro- 
tumdfifolia va- 
riegaita. 


Bolina cæru- 
lea variegain. 


Musa vitiata. 
— Cette variété, qui 
se distingue à ses 
feuilles marquées de 
bandelettes blanches, 
est un accident du 
type Musa paradi- 
Siaca ou sapientium ; 
ses panachures ou 
bandelettes, qui sont 
bien marquées sur les 
jeunes plantes, dispa- 
raîssent souvent avec 
le temps, de sorte que 
chez les vieilles plan- 
tes, on n’en retrouve 
parfois pas de traces. 

Myrtie com- 
mun à feuilles 
panachées. — 
Variété issue acciden- 
tellement du type com- 
mun, auquel elle rc- 
tourne fréquemment. 


Œillet Flon. 
(Voir plus haut, 
pag 34.) 

Opuntia <cy- 
lindrica  eris- 


tata, — Cette va- 
riété, résultat d’un ac- 
cident de lOpuntia 
cylindrica, wa, par 
ses caractères exté- 
rieurs,rien de commun 
avec la plante dontelle 
sort qui formeune colonne cylindrique régulière. 
L'accident, au contraire, est un composé de pièces 
élargies placées lune contre l’autre en différents 
sens à peu près comme celles que présentent 
diverses sorles d’Opuntia, qu’on nomme vulgai- 
rement Semelles du Pape. 


'Oranger turc, — (Cette variété, quies! 


DANS LES VÉGÉTAUX. 51 


Gran, 9, — Osmanthus Fortunei poxtant des feuilles de différentes formes, 


ne do ns 


_— serre nr D A A 2 du MER ve PT NA 


_—— 


RIRE 


52 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


un accident d’une sorte de Bigarade (probable- 
ment de la Bigarade cornue), porte à la fois 
sur des branches diverses, des feuilles étroites 
et irrégulières (comme érosées), panachées ou 
plutôt satinées-bordées blanc, et sur d’autres 
branches, des feuilles vertes, larges et forte- 
ment auriculées, ainsi que des fruits qui 
rappellent ceux de la Bigarade cornue. 

OGrontium Japonicum varlegsga- 
tum. 


Osmanthus Fortunei ovaia 
(Grav. 8. — Cette variété, qui provient de 
l’'Osmanthus Fortunei (Olea ilicifolia du com- 
merce), est instable. Après l'avoir conservée 
pendant plus d’un an sans varier, elle a repris 
en grande partie son caractère primitif, qui 
est d’avoir des feuilles longues, fortement épi- 
neuses et grossièrement nervées, comme sont 
celles qui sont placées à la base (Gravure 9). 
Quelquefois aussi, on trouve des rameaux 

ortant des feuilles de forme diverse ainsi qu’on 
e voit sur la même gravure. 


Osmanthus aquifolium varie- 


gata, — Diffère du tÿpe, dont elle est un 
accident, par ses feuilles panachées de blanc 
jaunûtre. | 

L'Osmanthus aquifolium, qu’on peut consi- 
dérer comme le réprésentant, au Japon, de 
notre Houx commun, paraît, comme ce dernier, 
très-apte à produire ïes accidents. On ne peut 
douter que les diverses variétés récemment in- 
troduites du Japon n’aient été produites de 
cette manière. 


Pêcher à fleurs d'œillet. (Persica 
dianthiflora) et Pêcher à fleurs de 


piusieurs couleurs (Persica versi. 


color). — Ces deux variétés sont des formes 
accidentelles du Persica rosæflora dontlesfleurs 
sont d’un rouge très-foncé. Comme ce dernier, 
ces deux variétés sont à fleurs doubles mais de 
couleurs très-différentes de celles de leur mère, 
Le P. dianthiflora a les fleurs d’un rose carné, 
le P. versicolor, au contraire, a les fleurs 
blanches, striées ou rubannées de rose vif. 
Ce dernier est beaucoup plus délicat que le 
type, — Persica rosæflora, — sa mère; il l’est 
également beaucoup plus que son frère, le 
P. dianthiflora. 

Pêcher Madelcine rouge à feuil- 


les de Saule. Cette variété, remar- 
quable par la forme de ses feuilles, qui sont 
très-longues et étroites, planes, luisantes, très- 
courtement dentées, est le’ résultat d’un ac- 
cident qui s’est développé sur la variété dé- 
signée par certains hortüculteurs sous le nom 


de Pêcher Madeleine de Courson (Madeleine 


rouge); elle nous paraît avoir beaucoup de res- 
semblance avec celle très-anciennement connue 
sous le nom de Pécher à feuilles de Saule. 


Pêcher Madeleine rouge à feuil- 


les laciniées (Grav. 10). Cette variété 
dont les feuilles sont fortement et grossière- 
ment laciniées, est un fait de dimorphisme qui 


s’est montré sur le P. Madeleine rouge (Made- 


leine de Courson, hort.) 


Pelargonium Manglesii. Très- 
remarquable par ses feuilles panachées de blanc, 


le P. Manglesi est un accident du P. zonale, 
dont il se distingué non-seulement par la pana- 
chure de ses feuilles, mais par ses rameaux, 
qui sont beaucoup plus maigres, et par ses 
feuilles plus profondément lobées. A son tour 
il a, par dimorphisme, produit plusieurs va- 
riètes. 

Pelargonium hederæfolium va- 
riegatuxmn, 

Pelnrsonium zonale et P, in- 


quinans. Les variétés accidentelles pro- 
duites par ces deux types (qui en réalité n’en 
font qu'un), sont très-nombreuses ; il en est 
parmi elles de tellement tranchées que, si l’on 
en ignorait l’origine, on pourrait les considérer 
comme des types. 


Phalaris arundinacen picta ct 
Phalaris arundinacena aurena. — 
Issues par accident du Phalaris arundinacea, 
ces deux variétés différent du type par les 
panachures qui sont blanches chez la première, 
jaunes chez la deuxième. — Elles sont le re 
présentant, exact, du phénomène qui s’est pro- 
duit sur l’Arundo Donax, de même que sur la 
Canne à sucre. 


Philox Croix de Saint-Louis blanc. 
— Cette variété, dont les fleurs sont complé- 
tement blanches, est un accident (fait de di- 
chroïsme) qui s’est montré en 1863 sur la variété 
de Phlox decussata nommée Croix de Saint- 
Louis, qui est rose strié de blanc, en croix, 
d’où son nom. E 


Fhragmites vulgaris variegata. 
— Ï1se distingue du type, Phragmites vulgaris, 
dont il est un accident, par ses feuilles qui 
sont bordées ou marginées blanc. 


Picea excelsa tabulæformis. 

— Cette variété, qui atteint à peine quelques 
décimèêtres de hauteur, et qui, au lieu de s’éle- 
ver verticalement, s’étend horizontalement et 
tend à former des sortes de tapis, est un fait 
de dimorphisme des plus remarquables, le 
résultat d’un broussin (note 40) qui s’est déve- 
loppé sur la tige d’un très-grand Picea excelsa. 
Ce fait des plus remarquables s’est produit 
dans le parc de Trianon, à Versailles. 


Pinus sylvestris nana mons- 


trosa. —— Cette variété, naine et mons- 
treuse, résultat d’un broussin qui s’est développé 
sur la tige d’un grand Pinus sylvestris, est très- 
remarquable par ses feuilles longues et inégales, 
rapprochées et tourmentées ; elle l’est surtout 
par ses rameaux grêles, parfois presque fili- : 
formes et irréguliers, qui naissent en quantité 
telle qu'ils cachent quelquefois complétement 
les branches et même la tige. 


Pinus sylvestris mann com 
pacta. — Cette variété, qui atteint à peine 


. quelques décimèêtres de hauteur, provient d’un 


broussin qui s’est À per sur un grand Pinus 
sylvestris. À peine haute de douze centimètres, 
ses ramifications, nombreuses et très-courtes, 
portaient déjà deux générations de cônes, les 
uns à peu près mûrs, petits, quoique bien con- 
formés; les autres, beaucoup plus jeunes, étaient 
encore herbacés. 


nn 


As 


Pittosporum tobira variega- 
tum. 

Podocarpus 
Cephalotaxus.) 

Poiriers à fruits parachés. — 
Les Poiriers Duchesse d'Angoulême panaché, 


HKoraiana , 


Amanlis panaché, Guénette où Madeleine pana- 


chée, Saint-Germain panaché, Bergamotte d’au- 
tomne panachée, Culotte de Suisse pana- 
chée, etc., etc., sont des accidents des Poiriers 
dont ils portent le nom. Ces variétés sont 
encore remarquables en ce que les panachures 
portent sur les rameaux et sur les fruits, mais 
non sur les feuilles, ce qui les distingue de la 
variété suivante, qui est également le résultat 
d’un accident. | 


RE 272 


(Voir 


’ DANS LES VÉGÉTAUX. 53 


Poirier d'Amanlis à écorce et 


à feuilles jaunes, — Cette variété, fait 


de dichroïsme du Poirier d’Amanlis, est très- 
remarquable; on pourrait même dire qu’elle 
est jolie; elle s’est dévéloppée sur la tige d’un 
Poirier d’Amanlis qui ne présentait rien d'anor- 
mal. Elle est très-vigoureuse -et produit un 
effet des plus singuliers par toutes ses parties 
qui sont jaunes, excepté l'écorce qui est picté 
de gris blanc. Elle n’a pas encore fructifié. 
(Voir pour d’autres faits de dimorphisme, 
relatifs au Poirier page 38.) 


Pomme de terre (dimorphisme 
des.) (Voir page 40. Voir aussi Soa- 
num.) 

Populus Græxca pernqduin, — 


Grav. 10. — Forme accidentelle du Pêcher Madeleine rouge. 


Nous ne pouvons dire d’où vient ni comment 
a été obtenu cette variété, qu’on possède de- 
puis longtemps dans les cultures; ce que nous 
pouvons affirmer, c’est que, en 1858, ayant 
greffé 15 sujets de Populus nivea avec du P. 
Grœca qui nous paraît être le même que le 
P. tremuloides, Mich., sur 7 individus qui ont 
poussé, il y en avait un dont les rameaux, 
grèles et pendants, étaient absolument sembla- 
bles au P. Grœca pendula du commerce ; ce 
fait est un des plus curieux que nous connais- 
sions. L’individu qui nous le fournit est planté 
dans les pépinières du Muséum, à côté d’un de 
ses frères, auquel, physiquement, il ne ressem- 
ble pas, bien qu’ils proviennent de la même 
mère. Tous deux sont femelles et se couvrent 
chaque année de chatons. 


Précoce Malingre à grains ronds. 
— Cette variété diffère du type, dont elle est 
un accident, par ses grains ronds, gros, et par 
ses grappes très-compactes. (Voir, pour d’au- 


tres faits concernant les Raisins, au mot Vigne.) 
Prunier (voir plus haut page 38.) 
Prunus Mahaleh variegaia, - 
Indépendamment de cette variété, qui est très- 


jolie par ses rameaux allongés, très-grêles, et 
par ses feuilles panachées de blanc, le Prunus 


Mahaleb a produit, par dimorphisme, plusieurs 


sous-variétés qui se distinguent par la forme 


des feuilles et surtout par la couleur de leurs . 


panachures. Presque toutes ces variétés sont 
plus délicates que le type; leurs rameaux 
sont aussi plus grèles que ceux de ce dernier. 


Rheum Australe varicgatum. 
— Gette plante est remarquable par la pana- 
chure de ses feuilles qui est d’un très-beau 
blanc. 


Ribes nigrum variegatum, — 
Accident du type, qui n’en diffère que par ses 
feuilles panachées de blanc jaunâtre. 


3 


54 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Ribes rubrtum, variegatum. 


Robinia hispida arborea C{ 
RBobinia hispida macrophyiir. 
Ces deux variétés sont le résultat d’accidents 
qui se sont montrés sur le Robinia hispida, 
espèce dont l'origme est très-douteuse. Le 
Robinia hispida arborea, hort (R. macrophylla. 
D. C.) diffère du type par sa vigueur plus con- 
sidérable, par ses rameaux beaucoup plus gros, 
dont l'écorce, très-foncée, luisante, est lisse et 
non hispide, et enfin par ses feuilles plus épais- 
ses, coriaces, luisantes, et comme vernies. 
Quant au R. hispida macrophylla, hort.ila beau- 
coup plus de rapport 
quele précédent avec 
le type R. hispida; 

il en diffère néan- 
moins par sa vigueur 
plus grande et sur- 
tout par ses fleurs, 
qui, moins abondan- 
tes et un peu plus 
développées, Sont 
aussi d’une couleur 
un peu plus pâle. 
Comme le type dont 
elles sortent, ces va- 
riétés ne donnent 
point de graines 
(note 41). . 

Le fait de la pro- 
duction accidentelle 
du R. hispida inermis 
sur'le R. hispida est 
tout à fait hors de 
doute ; plusieurs fois 
nous avons {rouvé ces 
deux sortes de ra- 
meaux croissant les 
uns à côté des autres 
sur la même branche 
(grav. 41); il a donc 
suffi de les multiplier 
à part pour en obte- 
nir des variétés dis- 
tinctes. 

Robinia Pseu- 
do-Acacia um- 


braculifera. — 

Cette plante, si com- 

munémentemployée aujourd’hui, soit comme or- 
ment sous le nom vulgaire d’Acacia boule, soit 
comme arbuste nain et considérée alors comme 
plante fourragère et nommée pour cela Acacia 
à faucher, provient, d’après Turpin, d'un 
broussin qui se serait développé sur la tige 
d’un Robinia pseudo-Acacia. 

Ce fait qui, pour nous n’a rien de surpre- 
nant, nous montre toute l'importance que, dans 
certains cas, peuvent acquérir ces faits de végé- 
tation si singuliers, et que, ce qu’à tort nous 
considérons comme des accidents peut au con- 
traire devenir la source de trèés-grandes ri- 
chesses. 

Rosa Eglanteria punicena. — Ce 
Rosier ne diffère du Rosier capucine ordinaire 
à fleurs jaunes (Rosa Eglanteria), dont il est 
un accident, que par la couleur des fleurs, 
qui est d’un rouge orangé. 


Grav. 11. — Forme accidentelle du Robinia hispida ; — a, 
branche principale ; b, rameau hispide comme la branche a ; 
— ç, rameau complétement glabre. 


Dans beaucoup de terrains, cette variété 
revient plus ou moins vite au type dont elle 
sort; il arrive même fréquemment que, sur 
un pied, on voit des fleurs les unes rouges et 
les autres jaunes (voir la gravure coloriée) et 
parfois même on trouve des fleurs qui pré- 
sentent ces couleurs à peu près par moitié, ou 
bien encore des pétales qui sont moitié rouges 
et moitié jaunes. En général l'accident est 
moins vigoureux que le type, de sôrte que, par 
l'effet d’une modification lente, on le voit quel- 

uefois disparaître peu à peu, et qu'au bout 
‘un certam temps on à un Rosier à fleurs 
complétement jaunes là où l’on avait planté un 
Rosier à fleurs rouge 

orangé. 
Rosier «a 
Mhionville Ou 
RosierdesQua- 
tre Saisons 
blanc mous- 


Seux (grav. Colo- 
riée.)— Cette variété 
estle résultat d’un ac- 
cidentquiparaîts’être 
montré pour la pre- 
mière fois, à Thion- 
ville, vers 1835. (Voir 
page 96. Voir aussi 
pour d’autres faits de 
dimorphisme du gen- 
re Rosier, page 34). 
Saccelha ru mm 
officinarum 
violaceum (Voir 
page 49). 
Salix Baby- 
| fonica annula- 


ris.— Cette variété, 
si remarquable par 
la forme de sesfeuil- 
les, estun accident du 
Salix  Babylonica. 
Nous l'avons remar- 
qué, il y a bien long- 
temps déja se déve- 
loppant chaque année 
sur un vieux pied. Les 


_ parties sur lesquelles elle se montrait, étaient, 


en général, peu vigoureuses, elles produisaient 
tout à coup des bourgeons qui, au lieu de 
feuilles longuement linéaires, planes, étaient 
un peu roulées sur les bords et contournées en 
anneaux. 

Le Salixæ Babylonica annularis est très-cons- 
tant, nous n’avons pe d'exemple qu'il soit 
revenu au type dont il est sorti. Il est beaucoup 
moins vigoureux que ce dernier. 


Sambueus nigra variegaia au- 
ren et Sambueus nigra variegata 
argenten.— Ces deux variétés différent du 
type par les panachures de leurs feuilles qui 
sont jaunes chez la première, blanches chez la 


seconde. La dernière est aussi bien moins vi- 
goureuse que le type. 


Sambucus nigra monsiresa. — 


SRE AE F 
= , PER ENT A 


$ 
à 
ÈS 
ln 
S 
È 
Se 
à 
ro 
È 


A 


F: 


Z> 


PE Een Smshi ete RE EE. œ RE PES . ns à 5. à " _ 5 


DANS LES VÉGÉTAUX. 58 


Accident produit par le Sambucus nigra, ana- 
logue à l'Evonymus Japonica fasciata qui est 
aussi un accident de l’Évonymus Japonica. Ses 
fleurs sont égale- 
ment monstrueu- 
ses, et, jusqu'à 
ce jour, les grai- 
nes qu'il à pro- 
duites ont tou- 
jours été mau- 
vaises. 
Sol ra ur xm 
duilcamara 
variegaiuen 
Sola mn u rm 
tuberosuma 


variegatun 
— Cette variété, 
très - remarqua- 
ble par ses feuil- 
les et ses tiges 
panachées de 
jaune, est an fait 
de  dichroïsme ; 
elle provient 
d’une Pomme de 
terre qui, l'année 
qui à précédé 
celle où s’est 
montré  lacci- 
dent, ne présen- 
tait aucune ano- 
male dans sa vé- 
gétation. C’est 
un accident qui 
s'est développé 
spontanément. 
Spirea Ul- 
maria va- 
riegata. 


Symphi- 


Verjus à grains ovales (orav. 19). 
— (Cette variété s’est développée acciden- 
tellement, sur un sarment de Verjus qui 
portait deux grap- 
pes dont, l’une 
dont on voit un 
grapillon (grav. 
13), était à grains 
ronds. 

(Voir ci-après 
au mot Vigne. 
Voir aussi Pré- 
coce de Malin- 
gre.) 

Viburnuem 
Opulus ste- 

rilis Ou 
Boule de 


neige. Cette 
variété est le ré- 
sultat d'un fait 
de dimorphisme ; 
c'est une forme 
accidentelle du 
 Viburnum Opu- 
lus. 
Vibaæranem 
Gpulus ste- 
rilis varie- 
ER AATR ILE 
Viburmum 
macroce- 
phaluwem. — 
Cest une forme 
accidentelle, sté- 
rile, du Vibur- 
num  Keteleérü 
tout à fait ana- 
logue à celle qu’a 
produite le y, 


tum offici- Grav. 42, — Vorjus à grains ovales. — Forme accidentelle qui opulus. 
e s’ést développée sur un sarment de Vérjus ordinaire à grains Viburnum 
nale varie- Fat _ 
gai. tinus varie- 
Sympho- Saiumn. 
ricarpes Viola Ro- 
vulgaris va- thomagen- 
riegata. sis pallida. 
Thuiopsis — Cette variété, 
æ dont les deux pé- 
PONT tales supérieurs 
variegaia, 


— Cette variété, 
dont les feuilles 
sont panachées 
de blanc, est re- 
marquable par sa 
vigueur et par sa 
grande facilité à | ps. 
former des têtes lorsqu'on la multiplie de bou- 
tures. 


Ulmwus campestris variegain, 


argenien, auren picta,. etc. 
Les variétés à feuilles panachées, de l’Orme 
commun, produites par accidents, sont nom- 
breuses; elles se distinguent par la couleur 
et par la forme des panachures. 


Grav. 43. — Raisin verjus, 


sont lilacés pâle 
et mouchetés, 

tandis que les 
trois autres sont 
blanc-jaunâtre lé- 
gérement striés. 
est le résultat 
d’un fait de di- 


| chroïsme lent (note 1) qui s'est produit au 
| Muséum (note 45). 


Vigandia Caracassana varie 
Sata. — Distincte par ses feuilles, et même 
par ses branches panachées de blanc, cette va- 
riété s’est développée accidentellement, en 
1862, sur une plante qui, mise en pleine terre 
au commencement de cette même année, ne 


RES PET 


RS 


SE EEE PE 1 EN CP NT CN EP 


Lies 


a RE use es 


56 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


présentait alors d’autres caractères que ceux 
que celte espèce présente à l’état normal. 


Vigne. — Les faits, soit dé dimorphisme, 
soit de dichroïsme, que présentent les vignes, 
sont relativement nombreux. Ceci se comprend 
d'autant mieux que la Vigne est un des plus 
anciens végétaux, et aussi un de ceux qui ont 
_été le plus cultivés, et, d'autre part aussi, 
comme on ne l’a jamais guère multipliée que 
de bouture, et que c’est par millions que chaque 
année on a fait de celles-ci, il a donc sufli que 
quelques accidents se produisissent pour qu’en 
- peu de temps ils se répandissent dans beaucoup 

de pays. 

Il arrive encore assez fréquemment que, sur 
un cep, certains sarments donnent des Raïsins 
soit de forme, soit de couleur différentes de 

ceux que présentent les autres, sarments de ce 
même cep (grav.12-13);, ajoutons que, presque 
toujours aussi, ces Raisins offrent des qualités 

ui leur sont propres. Voici quelques exemples 
e ces accidents. 
- Sur un pied de Raisin muscat à fruits noirs 
nous avons, pendant plusieurs années, remarqué 
que certains sarments produisaient des Raisins 
muscats à fruits blancs. 

Le Raisin Corinthe blanc, sans pepins, est 
un fait de dimorphisme d’une variété de Vigne 
dont les grains, beaucoup plus gros que ceux 
du Corinthe, contiennent des pepins. C’est un 
fait que nous asens constaté plusieurs fois sur 
des grappes où quelques grains s'étaient dé- 
veloppés outre mesure: ces grains renfermaient 
des pepins. 

‘© Le Corinthe blanc est l’analogue du Chasse- 
las de Demoïiselles ; comme lui il est le résultat 
de l’infécondation des fleurs. Se 

Un des grands propriétaires de Vignes du 
midi de la France, feu Cazalis Allut, écrivait 
il y a quelques années : 

« Un cep de Téret produit chez moi, depuis 
plusieurs années, des Raisins noirs sur les 
coursons de deux de ses bras, et des Raisins 
gris sur les coursons des autres bras. 

« Un cep d'Epiran gris, taillé en cordons, a 

aujourd’hui environ 12 mètres de longueur. Les 
six premiers mètres produisent constamment 
des Raisin gris, et le reste du cep, jusqu’à son 
extrémité, produit des Raisins blanes. 
. « Je possède dans un enclos un cep d'Epiran 
noir ayant plusieurs bras; les coursons de l’un 
d'eux donnent des Raisins dont les grains sont 
presque du double de grosseur de ceux des 
coursons des autres bras...» | 

Un autre propriétaire du Midi, M. Henri 
Bouschet, de Montpellier, écrivait tout récem- 

ment : « J’ai eu l’occasion, pendant plusieurs 
années, de voir . ma collection du Lot-et- 
Garonne, uu cep dè Prunella gris, qui tantôt 
sur une tige, tantôt sur deux, portait des rai- 


sins noirs tandis que tous les autres coursons 


ne donnaient que des raisins gris. 


« J'ai eu l’occasion, depuis deux ans, de re- 


marquer dans ma collection de vignes, .à la Cal- 


melte un fait des plus curieux, sur 8 greffes 
d’une variété espagnole qui m’est venue de la 
collection du Luxembourg ou elle porte le nom 
Parrel del Reyno de Lorca et que j'ai reconnue 
pour être notre Morastel noir, un des trois 
ceps greffés a-porté; à ma grande surprise, des 
raisins uoirs d'un eôté tout à fait semblables à 


ceux de Morastel, et sur un courson opposé, et 
toujours le même, des grappes blanches ayant 
un aspect {out autre que celui qu’aurait pu pro- 
duire un Morastel à grainsblanes, et un feuillage 
de forme et de couleur très-différentes, qui m'a 
paru identique avec celui de l’oyo de Rey de 
Morada, dont les feuilles d’un vert jaune clair, 
présentent des lobes très-peu marqués, et 
arrondis, ainsi que des dents, tandis que la 
feuille du Morastel est d’un vert foncé avec de 
profondes divisions, des lobes aigus, et des 
dents bien détachées et terminées en pointe. » 


Un passage que nous trouvons dans 
le Parfait Vigneron (édition de 1811) 
semble confirmer de tous points lopi- 
nion que nous émettons 101 au sujet 
des modifications qui s’accomplissent 
dans les variétés de Vigne; le voici : 
« Les citoyens Vilmorin et Jumilhac ont 
vu, le premier, un cep de Meunaer porter, 


sur dessarments particuliers, des feuilles 


et des fruits du Maurillon précoce. Le 
citoyen Jumilhac a vu de même le 
Meunier devenir Maurillon. » 

D'où il résulte quela variété de Vigne, 
appelée Madeleine, Juillet, Maurillon 
hätif, etc., n’est qu'un accident de la 
variété appelée Meunier, ce qui démon- 
tre, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, 
que les variétés issues d'accidents peu- 
vent présenter des qualités différentes 
de celles qu'offrent les variétés dont 


elles sortent. 


Sur un pied de Pinot gris il s’est 
développé en 1863, au Muséum, un 
sarment dont les feuilles sont bien pana- 
chées ou largement rubanées de jaune; 
il produit duraisin à peu près semblable 
à la variété dont il sort; néanmoins il 
paraît être beaucoup moins fertile. 

- En 1863, nous avons observé deux 
autres faits très-remarquables sur la 
vigne; l’un porte sur la variété Précoce 
Malingre, l'autre sur celle désignée par 
le nom de Verjus. Ces accidents, dus à 
un même phénomène, présentent entre 
eux des conséquences tout à fait con-. 
traires. Ainsi, tandis que la Précoce Ma- 
lingre alesgrains longuement ovales, dis- 
tants, etquelesarmentquis’estdéveloppé 
accidentellement sur elle avait les grains 
ronds, très-serrés, plus gros que ceux 
du type, la variété dite Verjus, dont les 


grains sont légèrement oblongs ou 


presque ronds (grav. 13), nous a donné 
sur un sarment des grappes dont les 
grains étaient longuement ovales etatté- 
nuésauxdeux bouts(gravure12.)Deplus, 
l'accident Verjus à gruins longs nous à 


—# 


présenté celte autre particularité, d’être 
un peu plus tardif que le type sur lequel 
il s’est développé. 
Pour quelques autres accidents pro- 
pres à la Vigne, Voir ci-dessus les mots 
Chasselas gros Coulard. Ch. de Demoi- 
selles, elc., etc. 
Nous aurions pu de beaucoup aug- 
menter cette énumération de faits de di- 
morphisme ou d'accidents; nous ne 


l'avons pas jugé nécessaire parce que, 


indépendamment de ce que cela nous 
aurait entraîné trop loin, l'intérêt réel 
du sujet n’y eut rien gagné. Nous 
avons donc eru devoir nous arrêter, et 
mettre des bornes à ce qui, disons-le, 
n’en à pas. Cependant, et maloré la lon- 
gueur de cette énumération, il est en- 
core certains faits qui, à cause de l’in- 
térêt particulier qu'ils présentent, nous 
paraissent dignes d’être cités; ils ont 
rapport aux Jacinthes; les voici: 


La Jacinthe double bleue ou Globe 


terrestre est un accident de la Jacinthe 
double blancheou Sultan Achmet. — La 
Jacinthe double blanche à cœur bleu ou 
Sphœra Mundi est un aceident de la 
Jacinthe double blanche.— La Jacinthe 
rouge simple, nommée Acteur, cultivée 
pendant très-longtemps sans varier, a 
produit par dimorphisme, à Hemstede, 
près de Harlem, une variété àfleurs rou- 
ges, doubles, imbriquées.— LaJacinthe 
l’Ami du cœur, à fleurs bleues, simples, 
également cultivée pendant très-long- 
temps sans varier, a produit, d’un même 
oignon, deux hampes dont l’une portait 
des fleurs de couleur lie de vin, tandis 
que sur l’autre les fleurs étaient de cou- 
leur rose carné tendre. 

Ces faits, quelque étranges qu’ils 
puissent paraître, n’ont rien qui nous 
étonne ; nous en connaissons d’analogues 
chez d’autres plantes bulbeuses, notam- 
ment chez les Tulipes, et tout particuliè- 
rement chez les Zris Xyphium et I. 
xyphioides (note 9). 

Pour clore cette série d’accidents, 
rappelons le fait de dimorphisme que 
présente le Cytisus Adami. Quelle que 
soit l’origine de celte plante, que ce 
soit un hybride, ainsi qu’on le croit gé- 
néralement, ou que ce soit une forme 
particulière, nous n'avons pas à nous 
en. occuper Ici; ce qui nous importe, 
c'est de constater cette singulière 


particularité qu'il présente, de déve- 
lopper.très-fréquemment, et pour ainsi 


DANS LES VÉGÉTAUX. 7 


dire normalement, des rameaux de 
Cytisus Laburnum et aussi d’autres 
appartenant au Cylisus purpureus. 


Lorsqu'on greffe séparément ces 


deux sortes de rameaux, ces espèces. 


restent invariables, quoique les greffons 

aient été pris sur le Cytisus Adami. 
En terminant ce qui a rapport aux 

faits de dimorphisme, faisons observer 


que, en général du moins, ces faits ne 
se montrent que sur des plantes dont: 
les caractères fondamentaux paraissent: 


avoir été plus ou moins ébranlés, par 
conséquent sur celles 
depuis longtemps à la culture, ont été 
modifiées dans leur tempérament, ou 
bien qui ont subi l'influence d’autres 
plantes analogues. D'où, comme consé- 
quence, nous irons cet aphorisme : LA 
STABILITÉ DES FORMES DANS UN GROUPE 


QUELCONQUE DE VÉGÉTAUX EST, EN GÉNÉ- 
RAL, EN RAISON INVERSE DU NOMBRE D’ES- 
PÈCES QU'IL CONTIENT, AINSI QUE DE LEUR 


DEGRÉ DE DOMESTICATION. | 
Faisons cette dernière observation 

que, dans tous ces faits de dimorphisme, 

il arrive fréquemment que les parties 


qui en sont la conséquence ne diffèrent 


pas seulement des plantes dont elles 
sortent par leurs caractères physiques 
ou externes, tels que la couleur, la 
forme, les dimensions, cte., mais qu’elles 


ont souvent un tempérament différent;. 


leurs fruits peuvent également présenter 
des différences considérables dans leur 
äspect, dans leur forme, dans leurs qua- 
lités, dans leurs dimensions, dans leur 
couleur, être hâtifs, tardifs, etc., etc. 

Il en est de même des fleurs, et sous 
ce rapport nous avons de nombreux 
exemples de plantes à fleurs rouges qui 
ont développé des rameaux portant des 
fleurs blanches, et vice versà. 

Ges faits, dans certains cas, peuvent 
donc embarrasser les botanistes. En 
effet, comment pouvoir assigner une 
patrie à ces plantes si l’on ignore 
comment elles se sont produites ? etcom- 
ment aussi en faire le rapprochement et 
supposer qu’elles : sortent d'individus 
avec lesquels elles n’ont parfois plus rien 


- de commun? 


Ces faits produits, soit du dimor- 
phisme, soit du dichroïsme, si remar- 
quables et même si surprenants qu'ils 
soient, doivent-ils étonner lorsqu'on ré- 
fléchit qu'ils sont dus à un phénomène 
naturel qui détermine une transforma- 


qui, soumises | 


58 PRODUCTION ET FIXATION DES. VARIÉTÉS 


tion organique lente, mais incessante ! 

Mais, d’une autre part, ne peut-il 
pas se faire que cette modification se 
passe sans secousse, sans que son eflet 
devienne brusquement sensible, et alors 
que, comme par une sorte d’incubation, 
elle modifie insensiblement l’organisa- 
tion des individus jusqu’à produire, sous 


un aspect presque semblable, des indi- 


vidus qui présentent des propriétés 
autres que celles qu’ils présentaient na- 
guère ? C’est ce que semblent démontrer 
certains faits observés sur des Vignes. 
Ainsi nous connaissons des champs 
plantés exclusivement en Pinot noir, 
dans lesquels, néanmoins, chaque année 
on arrache un certain nombre de ceps 
dont les Raisins sont gris. Comme 
toujours, le fait est en rapport avec 
les conditions dans lesquelles 11 sc 
passe ; il est donc local, de sorte que, 
dans des vignes voisines le fait est plus 
rare, et que même dans d’autres pla- 


cées dans des conditions en apparence 


identiques, on ne le remarque pas. Ce 
phénomène, du reste, a son analogue, ou 


plutôt son équivalent, dans celui que 


présente le Âosier Capucine ponceau 
(voir à l’énumération des faits de dimor- 
phisme, page 54. Voir aussi au mot Rosa 
Eglanteria punicea); il se trouve égale- 
ment dans la transformafion de l{ris 
spectabilis (note 2) et dans celui du 
viola Rothomagensis pallida page 55 ct 
note 45. 

Toutes ces modifications sont la con- 
séquence de ce grand principe en vertu 
duquel tout se meut et se transforme 
continuellement afin de s’harmoniser 
et de satisfaire à de nouveaux besoins. 
C’est, en un mot, le résultat de l'extension 
de la vie, ce qui n’a rien que de natu- 
rel; etsi nous regardons ces faits comme 
des accidents, c’est que, oubliant notre 
nature et intervertissant les rôles, nous 
prenons nos décisions pour des règles 
absolues, et qu’alors tout ce qui s’en. 
écarte est considéré par nous comme des 
déviations à l’ordre universel! 

Les différents faits que nous venons 
de signaler nous paraissent de nature 


à modifier les idées si absolues que 


beaucoup de naturalistes se sont faites 
sur la constitution des êtres, .et à élargir 
les idées, en général si étroites, que 
nous avons de la puissance du Créateur. 
L'observation de.ces faits pourrait peut- 
être être d’un haut enseignement pour 


ceux quise livrent à l’étude des Sciences 
naturelles, en leur faisantreconnaitre que 
d’une variété à une autre il n’y a qu'un 
pas, de même que de ce qu’on nomme 
espèce à une autre espèce la distance ne 
peut être appréciée. Si l’on refléchit, en 
effet, ainsi que nous l’avons démontré, 
que sur un même arbre la nature fait 
naître des rameaux velus et des rameaux 
glabres, des fleurs rouges et des fleurs 
blanches, des fleurs jaunes et des fleurs 
rouges, des feuilles entières et des 
feuilles très-profondément dentées, des 
fruits noirs et des fruits blancs, à peau 
lisse ou à peau velue, hâtifs ou tardifs 
ete, etc; pourquoi ne pourrait-elle pas 
aller plus loin, ou bien un peu différem- 
ment et dans un autre sens, par exemple 
faire une étamine, un pétale, un sépale, 
etc., de plus, ou les faire d’une autre 
forme? Et n'est-ce pas presque toujours 
d’après ces caractères qu'on établit ce 
qu’on nomme une espèce et même un 
genre? N'oublions jamais que des unes 
aux autres de ces choses il n’y a qu'un 
très-petit pas ; et ce pas, qui donc serait 
assez insensé ou plutôt assez téméraire 
pour dire que la nature ne peut le faire ? 
Soutenir cette idée, ce serait soutenir : 
que Gelui qui a fait le tout ne peut faire 
la partie. 

Mais, d'autre part, comme, en défini- 
tive, une modification externe n’est, ainsi 
quenousne pourrions trople répéter, que 
la conséquence d’une modification in- 
terne, ne peut-il pas se faire que cette mo- 
dificationsoitassez profonde pour devenir 


: héréditaire et constituer, par sa descen- 


dance, une variété permanente? Comme 
d’une autre part encore, on sait 
aussi que les variétés, suivant les lieux 
ou les conditions particulières dans les- 
quels elles sont placées, peuvent acqué- 
rir des caractères solides, qui, avec le 
temps, peuvent encore s’accroitre, il en 
résulte que ce qui d’abord n’était qu’ac- 
cidentel, peut devenir permanent et 
constituer ce que plus tard on considé- 
rera comme une espèce. On en connait 
quelques exemples très-remarquables ; 
mais parce qu'ils sont rares, en ont-ils 
moins de valeur? Mais si ces faits nous 
paraissent aussi rares, n'est-pas la faute 
de notre imperfection, et est-il raisonna- 
ble de mesurer la puissance du Créateur 
à celle de nos moyens d'investigation? 
Nous ne le pensons pas. 

Aussi, comme conclusion sur le di- 


DANS LES VÉGÉTAUX. 59 


morphisme, nous disons : Si dans tous 
ces faits on persiste à voir des accidents, 
il faut donner à ce motune autre signifi- 
cation que celle qu’on lui reconnaît gé- 
néralement, ilfautle prendre comme in- 
diquant un simple écart à ce que, dans 
notre 1gnorance dé la fin des choses, nous 
considérons comme devant être éternel, 
et non comme une chose calamiteuse, 
ainsi que le mot semble l'indiquer. Ce 
que nous disons setrouve du reste com- 
plétement justifié parles faitseux-mêmes; 
en effet l’examen de ces phénomènes 
nous montre qu'ils sont pour nous un 
bien, la source de nouvelles jouissances 
physiques et morales. Dans les uns nous 
irouvons de nouveaux moyens d’orner 
nos jardins ; dans les autres nous trou- 
vons de nouveaux. aliments; dans les 
deux cas, ils varient nos jouissances ; ce 
qui, disons-le en passant, est peut-être le 
seul moyen d'augmenter ces Jouissances, 
puisqu'elles ne sont telles qu’à la condi- 
tion de se présenter à nous sous des for- 
mes irès-diverses, de se modifier sans 
cesse afin de s’harmoniser et de satisfaire 
à nos facultés si complexes, ainsi qu’à 
nos goûls essentiellement mobiles. 


Deux mots sur les accidents au point de 
vue de leur conservation 


Les faits de dimorphisme, ou les acci- 
dents, qui se montrent sur certains vé- 
gétaux, étant le résultat de caractères 
exceptionnels produits sous l'empire de 
circonstances particulières dont la cause 
nous échappe, il est rare qu’ils se perpé- 
tuent par graines ; 1l faut donc, pour les 
conserver, avoir recours aux boutures 
ou aux greffes. Mais alors il faut choisir 
les parties les plus convenables eu égard 
au but qu’on se propose d'atteindre, et 
prendre celles qui présentent au plus 
haut degré les caractères qu’on tient à 
conserver, en observant, s’il s’agit de 
panachures, que le meilleur moyen de 
les maintenir est d'employer la greffe, 
parce que, en général encore, les bou- 
tures produisant des individus relative- 
ment vigoureux, ces individus ont plus 
de tendance à reprendre la couleur 
verte, ou bien la forme normale si l’ac- 
cident est une déviation de celle-ci. 
Toutefois dans Ͼ cas on doit, sil 
s’agit de panachure, prendre pour la 
multiplication les parties sur lesquelles 
ces panachures Sont très-franches, 
sans cependant prendre celles sur 


lesquelles elles sont trop intenses, car 
alors les plantes qui en résulteraient 
pourraient rester faibles et chétives; et, 
d’une autre part aussi, lorsque sur le 
même arbre il y aura des parties dont 
les panachures circonscriront le limbe 
des feuilles, on devra prendre de préfé- 
rence les parties qui présentent ce ca- 
ractère ; elles auront beaucoup plus de 
chances de se stabiliser. Si au lieu de 
panachures il s'agissait de monstruosités, 
on prendrait les boutures sur les parties 
où elles sont le mieux prononcées. 


Boyen d’obtenir des variétés par le 
choix des parties employées pour la 
multiplication. 


Bien que ce procédé semble ne pré- 
senter que peu d'intérêt, nous croyons 
néanmoins devoir en dire: quelques 
mots, parce que, d’une part, il peut pré- 
senter certains avantages pratiques, de 
l’autre, parce qu’iltouche à certains faits 
qui, tout en venant jeter quelque lu- 
mière sur la physiologie végétale et en 
confirmant certaines théories pratiques, 
démontrent la justesse des prévisions 
qu’avaient fait naître ces dernières. 
Toutefois, pour les bien faire compren- 
dre, nous devons entrer dans quelques 
détails afin de faire ressortir certaines 
particularités dont la connaissance est 
sinon indispensable, du moins très- 
utile ; car si, comme nous l'avons dit 
précédemment, ilest beaucoup de va- 


 riétés à la production desquelles nous 


ne pouvons à peu près rien,iln’en est 
pas de même de celles dont nous allons 
parler. Au contraire, en ce qui con- 
cerne celles-ci, nous avons la plus 
large part, ou plutôt tout nous revient, 
pour ainsi dire, puisque le succès n’est 
dù qu’au choix des parties dont on fait 
usage pour opérer la multiplication. 
Pour se rendre compte de la forma- 
tion, nous dirions presque de la création 
des variétés que comprend la nouvelle 


série dont nous allons parler, il faut se 


rappeler que chaque végétal est une 
sorte de laboraloire vivant, qui, sous 
l'influence de ce principe mystérieux 
qu'on nomme force vitale, fabr que, on 
peut le dire de toutes pièces les suk- 
stances les plus variées. En effet, si l'on 
analyseunegraine, par exemple, on con- 
state que, en général, elle se compose 
d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, et 
très-souvent aussi d'azote 


ren 


60 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


Néanmoins si on place cette graine 
dans un sol dont on a enlevé tous les 
principes organiques, et qu’on ne l’ar- 
rose qu'avec de l’eau. soigneusement 
distillée, on pourra constater que, avec 
des éléments si simples et si peu nom- 
breux, cette graine n’en a pas moins 
fabriqué des substances très-complexes, 
renfermant des éléments que, primitive- 
ment, elle ne contenait pas. Mais outre 
cela, comme effet physique dépendant 
de causes organiques, on remarque, à 
mesure qu'a lieu le développement des 
plantes, et quelles que soient les condi- 


tions dans lesquelles elles sont placées, 


que, à partir de leur base, les modifica- 
tons, qui deviennent de plus en plus 
profondes, donnent aussi aux divers or- 
ganes un aspect différent en rapport 
avec la place qu’ils occupent. On remar- 
que d’abord que toutes les parties pla- 
cées à la base d’un végétal, toutes cir- 
constances égales d’ailleurs, sont beau- 
coup plus résistantes que les supérieures; 
que celles-ci, de moins en moins solides, 
sont même tout à fait herbacées à leur 
sommet; onremarque de plus que toutes 
les parties sont aussi d'autant plus diffé- 
rentes d'aspect qu’on s'élève davantage, 
et que, en ce qui concerne les organes 
foliacés par exemple, on les voit se 
modifier, diminuer de grandeur, chan- 
ger de forme, de nature, ainsi que de 
couleur pour arriver à constituer ces 
parties si brillantes qu’on nomme fleurs. 
Là ne s'arrête point encore la transfor- 
mation, certaines parties des fleurs, par 
suite de modifications analogues à celles 
dont nous venons de parler, constituent, 
au centre des fleurs, les organes sexuels; 
puis, que deux parties très-importantes, 
_ l'ovaire et les ovules, suivant les cas, 
prennent aussi les formes les plus va- 
riées ; ce sont ces dernières parties qui, 
plus tard, reçoivent le nom de fruits. 
Puis donc que ce sont les mêmes sucs 
séveux qui, par suite de modifications 
successives, forment les tiges, les bran- 
ches, les fleurs, les feuilles, puis enfin 
les fruits, ces derniers, de même que 
les graines qu’ils renferment, ne sont 
donc que de la séve très-élaborée; d’où 
l'on peut, comme conséquence, tirer 
cette conclusion: que les sucs séveux, 
dans une partie quelconque d’un végé- 
tal, étant d'autant plus modifiés qu’on 
s'éloigne davantage de leur point de 
départ, les modifications seront aussi 


d'autant plus considérables que sur 
l'une d'elles, on prendra pour en opé- 
rer la multiplication, des yeux placés 
le plus près possible du sommet (note 43). 
Cela est vrai, en général, pour tous 
les végétaux, bien que chez beaucoup 
d'espèces les différences soient à peine 
appréciables; il en est au contraire d’au- 
tres chez lesquels ces différences sont 
assez sensibles; tels sont particulière- 
ment les Rosiers, lorsqu'on les multi- 
plie par la greffe en écusson. Ainsi, si 
pour ceux-ci et pour exécuter cette 
greffe on prend des yeux sur un très- 
long rameau, comme il s’en trouve pres- 
que toujours, qui ne fleurisse point, 
on en obtiendra des plantes peu flori- 
bondes, qui, si elles appartiennent à 
une sorte dite remonlante, pourront 
même ñne plus remonter. Si, au contraire, 
et,sur lamême plante, on prend les yeux 
sur des rameaux courts qui ont fleuri, 
on obtiendra en général des plantes plus 
franches, dont les rameaux s’allongc- 
ront moins pour produire leurs fleurs. 
On peut donc, en choisissant les ra- 
meaux avec soin, constituer ou des in- 
invidus très-floribonds, ou d’autres peu 
floribonds; on pourrait même, en pous- 
sant assez loin les choses, en obtenir 
qui ne fleuriraient plus du tout, ou du 
moins qui ne fleuriraient que excep- 
tionnellement, et cela tout en prenant les 


parties àmultiplier sur lemême individu. 


Par contre et par les mêmes raisons, 
mais en agissant d’une: manière con- 
traire, on pourrait obtenir soit des va- 
riétés à rameaux florifères très-courts, 
soit des variétés chez lesquelles ces ra- 
meaux seraient très-allongés. 

En règle générale, lorsqu'il s’agit de 
Rosiers à greffer en écusson, plus on 
prend les yeux près des fleurs, moins 
les bourgeons qui en résultent s’allon- 
gent et plus au contraire ils fleurissent ; 
aussi les yeux qui sont placés dans le 
voisinage des fleurs sont-ils ceux qu’on 
doit préférer lorsqu’on veut avoir des 
plantes floribondes. Dans ce cas encore 
on doit toujours, autant qu’on le peut, 
prendre les écussons sur des rameaux 
terminés par des fleurs, qui eux-mêmes 
étaient poussés sur des rameaux qui. 
avaient fleuri. De ce qui précède on 
peut tirer cette conclusion que, si lon 


veutavoir des Rosiers vigoureux, on de- 


vra prendre les écussons sur des ra- 
meaux qui présentent ce caractère. - 


DANS LES VÉGÉTAUX. . 61 


Mais, d’une autre part, comme la 
nature est simple, une peut-être dans sa 
cause, bien que multipleou plutôt infinie 
dans ses effets, il s’ensuit que, ce que 
nous venons de dire des Rosiers, nous 
pouvons peut-être le dire de tous les 
végétaux ; il est donc très-probable qu’on 
pourrait, de ces principes, tirer des con- 
séquences avantageuses si on les appli- 
quait soit aux arbres d'ornement; soit 
aux arbres fruitiers. Ne voit-on pas, en 
effet, pour une même sorte, des indi- 
vidus qui donnent, ceux-ci de plus 
beaux, ceux-là de meilleurs fruits, les 
uns hâtifs, les autres tardifs, les uns 
sujets à telle maladie, tandis que cer- 
tains autres n’en sont jamais ou n’en 
sont que três-rarement atteints, les uns 
fleurissant peu, les autres fleurissant 
beaucoup ? a 

Ne remarque-t-on pas parfois aussi 
des différences analoguessur les diverses 
branches d’unmêmearbre, que certaines 
de celles-ci se couvrent de fleurs, puis 
de fruits, tandis qu’à côté, d’autres en 
donnent à peine ? 


= Ne voit-on pas aussi dans la Vigne 
certains pieds dont les raisins coulent 


presque toujours tandis que d’autres 
ne coulent presque jamais? 

Nous pourrions, à l'appui de ce qui 
précède, rappeler le fait des diverses 
variétés de Cerisiers dont nous avons 
déjà parlé, sur lesquels on trouve par- 
fois, sur un même individu, des branches 
qui donnent des fruits hâtuifs et d’autres 


quiendonnent de tardifs, lesuns colorés, : 
dépourvus de: 


les autres presque 
couleur. pers 
Citons comme exemple analogue à 
celui qui précède le fait suivant. Deux 
Negundo fraxinifolium issus du même 
semis, placés près l’un de l’autre dans 
des conditions identiques, présentent 
néanmoins cette différence que l’un 
se couvre annuellement de fleurs, puis de 
fruits, tandis quel’autre n’en produitpas, 
si ce n’est que très-exceptionnellement 
et encore très-peu. Les exemples de ce 
genre abondent; il n’est pour ainsi dire 
personne qui n’en connaisse. 
Tous ces faits démontrent l’impor- 
tante nécessité qu’il y a à bien choisir 
les parties lorsqu'il s’agit de multiplier 
un végétal, et que ce choix devra se faire 
en raison du but qu'on cherche à 
atteindre. Ainsi il est bien clair que, si 


on voulait obtenir des plantes pour 


mères comme porle-graine on devrait 
choisir les boutures ou les greffons sur 
des individus trés-fertiles, et que si, au 
contraire, on voulait des sujets très-vi- 
goureux, on devrait les prendre sur des 


individus qui présentent ces caractè- 


res, efc., etc. - 
En culture on ne doit rien négliger, 
on doit, au contraire, observer beaucoup 


et tirer parti de tout ; car là, peut-être 


plus que partout ailleurs, de très-petites 
causes peuvent parfois produire de très- 
grands effets. “a | 
-Résumant ce qui précède nous di- 
sons : Lorsqu'il s'agira d'arbres dits 
d'ornement, on devra, pour les multi- 
plier, choisir les rameaux sur les indi- 
vidus les plus floribonds, dont les fleurs 
plus parfaites, ou plus grandes, s’épa- 
nouissent le mieux, etc.,etc.; si, au con- 
traire, il s’agit d'arbres fruiüers, il faut 
prendre les greffons sur les branches qui 
sont les plus hâtives, les plus tardives, 
les plus ou les moins vigoureuses, dont 
lesfruits sontles plus beaux, les plus gros, 
ou enfin les meilleurs, etc., etc., suivant 
le but qu’on veut atteindre. Mais on ne 
devra jamais, à moins d’y être absolu- 
ment forcé, prendre pour greffons ces 
gros rameaux qu’on nomme gourmands, 
dont les yeux sont mal constitués, et qui, 
gorgés de sucs séveux peu élaborés, ont 
une grande tendance à pousser beaucoup 
de bois, et pour cette raison à ne pro- 
duire que peu de fleurs. Les rameaux 
très-faibles pouvant avoir l'inconvénient 
contraire «oivent également êtrerejetés; 
le mieux est done de choisir, parmi les 
rameaux de moyenne vigueur, ceux qui 


ont les yeux assez rapprochés, dont le 


bois, sans être très-gros, est, comme on 
dit dans la pratique, bien nourri; en 
outre, et autant que possible encore, il 
faut les prendre sur des individus sains, 
francs (qui produisent beaucoup}, et 
exempts de certains caractères qu’on 
n'aurait pas intérêt à propager. 


OBSERVATIONS ET PARTICULARITÉS. 


Sous cette rubrique, nous nous pro- 
posons d'appeler l'attention sur certains 
faits qui, bien que pouvantpeut-être pa- 


raitre un peu en dehors de notre sujet, 


s’y rattachent néanmoins assez étroite- 
ment, et qui l’éclairent même sur plu- 
sieurs points. 

Le premier de ces faits se rapporte à 
ce qui à été dit précédemment, qu'il 


62 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS 


confirme même, savoir : que toutes les 
propriétés que possède une plante ten- 
dent à se reproduire et même à s’aug- 
menter dans une certaine mesure, en un 
mot, que, de même que tous les autres 


êtres, les plantes semblent pouvoir con- 


tracter certaines habitudes, acquérir des 
propriétés particulières qu’elles peuvent 
transmettre, mais qu’elles peuvent éga- 
lement perdre si on ne les cultive pas. 
Ainsi, par exemple, des plantes mul- 
tipliées constamment par tout autre 
moyen que par graines, auxquelles 
même on n’en laisse jamais produire, 
4 avec le temps, devenir stériles. 

ais, par contre, on remarque que celles 
qui sont constamment multipliées par 
graines tendent au contraire à devenir 
de plus en plus fécondes. 

À l'appui de ceci, nous pouvons citer 
le Pentstemon gentianoides, les Verbena 
pulchella, melindres, teucrioides, le Die- 


lytra spectabilis, les Phlox suffruticosa 


et decussata, le Gaura Lindhemeri, et 
même le Petunia phœnicea, ete., qui, 
lors de leur introduction dans nos cul- 
tures, et même quelques années’encore 
après cette introduction, ne donnaient, 
certaines d’entreelles, surtout, que rarc- 
ment et encore peu de graines, tandis 
qu'aujourd'hui ces plantes en produi- 
sent en grande quantité. 

Que conclure de ces faits? Ceci : que 
lorsqu'une plante ne donne point de 
graines (mais que, bien entendu, Îles 
organes sexuels des fleurs sont bien 
conformés), on doit faire tous ses efforts 
pour lui en faire produire, ne serait-ce 
que quelques-unes, dût-on même, pour 
y parvenir, faire intervenir la féconda- 
tion artificielle. Une fois qu’on a obtenu 
des graines, on remarque, si on les 
sème, que les plantes qui résultent de 
ce semis sont déjà plus fécondes que 
celles dont elles proviennent; de sorte 
que, si l’on suit celte marche pendant 
plusieurs générations, on peut. arriver 
à avoir des plantes qui donnent beau- 
coup de graines, bien qu’elles provien- 
nent d’autres qui n’en donnaient que 
très-peu et cela même rarement. 

Nous pourrions, à l'appui de ee que 
nous venons d'avancer, eiter un fait qui 
le confirme de tous points; nous le 
pouvons d'autant mieux que ce fait nous 


est particulier : il a rapport au Ligus- 


trum ovalifolium. 
Tous les horticulteurs savent que 


celte espèce, qu'on multiplie toujours 
par bouture, qui fleurit considérable- 
ment et dont les fleurs, au point de vue . 
de la génération, sont bien conformées, 
ne produit cependant que peu et même 
rarement de graines; pourtant, au Mu- 
séum, cette plante est devenue très-f6- 
conde, aussi féconde même que l’est 
l'espèce commune, le L. vulgare. Voici 
comment lui est venue sa fécondité. 

Ayant récolté quelques graines de 
cette espèce vers 1854 et les avant se- 
mées, nous avons obtenu, parmi un cer- 
tainnombre de pieds,une quinzaine, qui, 
chaque année, se couvrent plus ou moins 
de graines. Nous disons plus ou moins, 
parce qu’en effet toutes n’en produisent 
pas également; il en est qui en donnent 
en très-grande quantité, tandis que d’au- 
tres en donnent beaucoup moins. De 
plus, les unes sont hâtives, les autres 
relativement très-tardives. Dans cette 
circonstance, il faut donc choisir comme 
mères les plantes les plus productives, et 
comme d’une autre part la maturité des 
graines a lieu assez tardivement, 1l fau- 
drait aussi donner la préférence aux 
pieds les plus hâtifs. 

Le deuxième fait sur lequel nous 
voulons appeler l'attention est relatif à 
la conservation des types. À ce sujet 
nous ferons d’abord remarquer qu'il est 
une chose très-importante que cepen- 
dant on pratique peu, presque pas 
même, en horticulture proprement dite, 
bien qu’on l’observe très-fréquemment 
dans la culture maraîchère ainsi qu’en 
agriculture : c’est de changer de temps 
à autre ses graines, c’est-à-dire de les 
renouveler en les faisant venir de lo- 
calités différant par le sol et par le 
climat, des conditions dans lesquelles 
on se trouve placé, dans lesquelles par 
conséquent les végétaux acquièrent 
ou du moins conservent des propriétés 
particulières tandis qu’ils les perdent 
dans d’autres (note 44). | 

Cest ce fait que, dans le langage 
vulgaire, on rend pas cette expression 
impropre peut-être quoique bien signi- 
ficative : « que les plantes se retrem- 
pent », ou, comme on le dit encore : 
« qu’elles font un nouvau sang. » 

Mais s’il en est ainsi des graines 
des plantes, il pourait bien en être de 
même des parties de celles-ci; par 
conséquent, on devrait de temps à 
autre, lorsque le besoin s’en fait sentir, 


DANS LES VÉGÉTAUX. 63 


tirer soit les greffons, soit les boutures, 
des localités où les végétaux que l’on 
veut multiplier, semblent acquérir la 
plénitude des propriétés que l’on re- 
cherche. 

Nous ferons encore observer que, 


puisqu'il est dans l’ordre général que 


toute chose, lorsqu'elle a acquis son 
apogée de développement, aille cons- 
tamment en s'aflaiblissant, plus ou 
moins vite suivant sa nature, il en ré- 


sulte ce fait que, quoiqu’on fasse, un 


type ou une variété quelconque perd peu 
à peu les propriétés qui primitivement 
les faisaient rechercher ; en d’autres ter- 
mes, qu'ils s’usent. On remarque de plus 
que cet affaiblissement, en général, est 


d’autant plus grand que les végétaux sur 


lesquels il se fait sentir sont cultivés 
depuis plus longtemps, ou bien qu’ils 
ont été multipliés en plus grande quan- 
tité, ou bien encore qu'il appartiennent 
à une espèce plus améliorée, nous di- 
rions même plus domestiqué. Par con- 
séquent il est bon, ainsi qu'on le dit 
avec raison, de rajeunir de temps à 
autre les types dont l’affaiblisement 
s'annonce par une végétation plus faible 
des individus ainsi que par une tendance 
à être attaqués par des maladies particu- 
lières contre lesquelles il est souvent im- 
possible de lutter, sinon avec désavan- 
tage. Il n’y a pas à balancer, il n’y a 
qu'un moyen : c’est de recourir aux 
semis, parce quealors même que les indi- 
vidus qui naissent de ces semis parai- 
traient à peu près semblables à ceux 
dont ils proviennent, ils n’en conslitue- 
raient pas moins des individualités par- 
ticulières qui, par conséquent, auraient 
un tempérament ainsi que des propriétés 
spéciales. (Note 33). ia 
Toutefois, on remarque dans cette 
sorte de dégénérescence ou d’affaiblis- 
sement organique des différences très- 
grandes dans les résultats ; par exem- 


ple, que certaines variétés durent très- 
longtemps tandis que d’autres passent 


très-vite. On constate de plus qu'il 


n’y a pas de marche régulière, par 
exemple que telle variété suse plus 
vite que telle autre ; de plus encore que, 
lorsqu'elle ne vient plus dans un endroit, 
elle vient encore très-bien dans un autre. 
Pourtant ce ne sont là que des inci- 
dents, pourrait-on dire : le cercle du 
mal va toujours en s’agrandissant, et, 
conformément à cette grande et univer- 
selle loi qui veut que tout ce qui a 
commencé finisse, les espèces, de même 
que les variétés qui en sortent, doivent 
disparaître! (C’est une question de 
temps. 

Le besoin d'éclairer les diverses ques- 
tions que nous avons successivement 
traitées nous a fait entrer dans des dé- 
tails plus étendus peut-être que ceux 
dans lesquels, d’après le programme, 
nous eussions dû nous renfermer ; mais 
cet écart, dans cette circonstance, était 
peut-être inévitable, car tout sujet com- 
plexe ne peut être traité simplement, et 
celui qui nous occupe l’est au plus haut 
degré. En effet, ses conséquences sont 
infinies, et le champ dans lequel elles 
s’accomplissent est tellement vaste, les 
parties qu'il comprend sont tellement 
enlacées qu’il n’était guère possible de 
toucher aux unes sans remuer quelque 
peu les autres. D’une autre part il est 
certaines questionsquenous devions trai- 
ter, qui, bien que très-importantes, ne 
sont que la conséquence d’autres, et 
qui par cette raison ne pouvaient être 
abordées qu'après que celles-ci avaient 
été expliquées. Nous avons pensé du 
reste que, dans une question de la nature 
de celle dont nous nous occupons, il va- 
lait mieux augmenter que restreindre 
les faits, et pécher plutôt par l’abon- 
dance que par l'insuffisance des détails. 
Avons-nous eu tort? 


RÉSUMÉ. 


Les conclusions, que l’on peut tirer de notre Mémoire intitulé Production et fixation 
des variélés dans les végétaux, sont de deux sortes; les unes se rapportent à la science, les 
autres, tout en s’appuyant sur celle-ci, sont plus particulières à la pratique, à laquelle elles 


Le 


peuvent servir de guide. 


Au point de vue scientifique, les faits que nous avons rapportés démontrent que les phé- 
nomènes vitaux se développent d’une part en raison des milieux dans lesquels ils s’exer- 


ge ne RE ge 
F Ge v TNT DT RAT 


64 RÉSUMÉ. 


cent et, de l’autre, qu’étant en rapport avec les traitements auxquels on soumet les végé- 
taux, il peut, sous cette double influence, se manifester des phénomènes très-divers, de sorte 
que lesindividus qui y sont soumis peuvent parfois présenter les caractères les plus étranges 
sion les compare à ceux que présententceux dont ils proviennent. Non-seulementleur facies 
peut être différent, mais leur organisation même peut être sensiblement modifie. On a pu 
voir, aussi que tous les végétaux sont plus ou moins plastiques, que les formes, la plupart, 
trañsiloires et locales, ne sont que des modes, que prennent les individualités végétales, 
pour,se mettre en harmonie avec les conditions dans lesquelles elles croissent. 

De ces faits découle cette conséquence qu’il est tout à fait impossible de fixer d’une ma- 
nière absolue ce qu'on nomme ESPÈCE. 

On savait dejà qu’une plante quelconque étant donnée, on pouvait, à l’aide de ses graines 
el sans qu'il y aiteu d'autre fécondation que celle qui s’est faite entre ses fleurs, obtenir 
des variétés, mais on croyait que les limites des variations étaient très-bornées, ce qui n’est 
pas, tant s’en faut. Mais ce qu’on ne savait peut-être pas assez, c’est qu'un végétal peut, 
sur ses diverses parties, émettre des productions très-différentes de celles qu’il présente 
normalement, et, comme d’une autre part, ces productions peuvent se multiplier et conser- 
ver les caractères exceptionnels qui se sont montrés, on peut, par le seul fait du sectionne- 
ment, obtenir des individus qui présentent des particularités parfois très-différentes de 
celles qu’offrent les individus dont ils proviennent. Ces faits, nombreux, sont aujourd’hui 
hors de doute. Si De. 

Quant aux conséquences que la pratique horticole peut tirer des faits que nous avons 
rapportés, elles sont très-importantes. En suivant la marche que nous avons indiquée pour 
les différentes opérations, si l’horticulteur ne peut, à sa volonté, faire naître les variétés, 
il peut du moins en provoquer l’apparition, et conserver ces variétés lorsqu'elles se sont 
produites. Mais une fois qu’un ébranlement spécifique a eu lieu, qu'un affolement s’est 
produit, l’horticulteur pourra, en s’emparant de ce mouvement, le diriger dans le sens le 
plus propre à satisfaire ses vues, et obtenir, pour ainsi dire à sa volonté, telle ou telle 
forme qu’il désire. ; 

À l’aide des données que nous avons indiquées, l'horticulteur pourra aussi, dans cer- 
tains cas, distinguer les variétés dont, très probablement, il n’a plus rien à attendre et en 
même temps apprécier celles sur lesquelles il doit tout particulièrement porter son atten- 
tion. D'une autre part encore, en se basant sur les principes que nous avons indiqués, il 
pourra, à l’aide de la fécondation artificielle, modifier les individus, extérieurement et in- 
térieurement, de manière à les approprier à ses besoins. 

Nous osons donc croire que nofre opuscule sera doublement utile, d’abord à cause des 
faits qu’il renferme, ensuite et surtout, à cause de la nouvelle voie qu’il ouvre aux inves- 
tigations, et des recherches qu’il provoque. : 

Le champ est vaste, nous avons essayé de le déblayer et d’y planter quelques jalons, es- 
pérant que de hardis explorateurs ne craindront pas de s’y aventurer. Les fruits qu'ils en 
retireront pourront avoir l'écorce dure et amère, mais les sucs que contiendront ces 
fruits, succulents et doux, procureront la force et la santé au corps, le calme et la jouis- 
sance à l’âme ! but que doit avoir tout travail humain, conformément à cette belle parole 
du Christ : « L'homme ne vit pas seulement de pain. » ss 


NOTES. 


Note 4. — Nous nommons dimorphisme : 1° le 
phénomène qui fait que, sans cause connue, il se 
développe sur l’une ou sur l’autre partie d’un végétal 
un bourgeon dont la forme et l'aspect diffèrent de 
ceux que porte ce végétal. Ainsi le Hêtre commun 
produisant un rameau à feuilles laciniées, le Podo- 
carpus Koraiana produisant une branche dont les 
ramifications sont verticillées et étalées, au iieu 
d’être éparses, et dont les feuilles sont distiques au 
lieu d’être disposéesalternativement autour des bran- 
ches, ainsi qu’elles le sont normalement, sont des 
faits de dimorphisme. 2 Nous nommons également 
dimorphisme tout changement qui se produit sur un 
végétal, quel que soit le temps qu’ilmette à s'accom- 


plir. Ainsi des Pommes de terre longues, produisent 
des pommes de terre ronde :ou bien des longues 
en produisant des rondes, ef vice versé; des Haricots 
longs, cylindriques, produisant soit des Haricots plats, 
soit des Haricots subsphériques et vice versd; des 
Haricots nains produisant des Haricots volubiles, sont 
des faits de dimorphisme. D’une manière générale, 
dimorphisme signifie forme différente sur un même 
individu, que le changement de forme soit complet 
ou partiel. , 

Pris dans son sens le plus absolu et considéré dans 
l'ensemble de tous ses caractères, le dimorphisme 
peut, d’après les particularités qu’il présente, être 
partagé en deux sections, l’une qui comprend tous 


a a 


NOTES. 


les faits qui se manifestent brusquement : c’est le 
cas du étre à feuilles de Fougére, du Rosier à 
feuilles de Chanvre, du Cerisier anglais à feuilles 
de Saule, du Verjus à grains longs, etc., ete. ; l'autre 
qui comprend toutes les transformations lentes : c’est 
le fait du Rosa eglanteria, des Tulipes, des Iris 
Xiphium. (Note 2), du Viola Kothomägensis 
pailida (note 45). etc. A la rigueur on pourrait 
établir une troisième section qui comprendrait toutes 
les transformations dues à l’âge des individus, qui 
sont les conséquences de leur adullilité. Toutefois, 
cette dernière série de phénomènes ne se montre 
que chez les espèces polymorphes, qui changent 
d'aspect, de formeet de nature lorsquelles vieillissent, 
etsurtoutlorsqu’ellesfructifient ; telles sont les Lierres, 
le Ficus stipularis ou scandens, les Eucalyptus, ete. 
etc. L’horticulture profite souvent de cette propriété 
propre aux végétaux, et, multipliant à part les par- 
ties qui présentent ces caractères exceptionnels, 
elle obtient alors des individus qui présentent un 
aspect tout autre que celui des individus dont ils 
proviennent. 

Les végétaux ne sont pas les seuls qui nous four- 
nissent des faits de dichroïsme; ils abondent chez 
les animaux. Mais ici ce sont, dit-on, des faits dûs 
à l’âge. Nous l’admettons pour beaucoup de cas, 
mais il n’y en at-il pas aussi qui sont le résultat 
d’une modification organique, l’analogue de ce que 
nous nommons accident ? L'exemple suivant semble 
le démontrer. Voici : Un jeune Bouvreuil pris 
au trébnchet, fut mis en cage; il resta deux ans 
rouge comme le sont les Bouvreuils. La troisiemè 
année, il devint noir, et aujourd'hui il est d’un 
noir très-foncé partout. C'est un mäle; il chante. 

Supposons, ce qui est très-possible, que le fait 
se soit passé à l’état libre, ne pourrait-il pas arriver 
que, en raison de cette grande loi, qui fait que 
tout tend à se reproduire, qu’il se forme une race 
noire. Le cas étant, supposons qu’un natura- 
liste découvre cette race, il est très-probable qu'il 
n’hésiterait pas à en faire une espèce. Aurait-il 
tort! Nous n’oserions le dire. 

Nous nommons dichroïsme un phénomène exacte- 
ment analogue au précédent par le fond, mais qui, 
au lieu de porter sur la forme des objets, porte sur 
leur couleur. Ainsi l’Œillet Flon, qui est à fleurs rou- 
ges, développant un rameau d’aspect ét de forme 
semblables, mais donnant des fleurs blanches, le 
Troëne à feuilles ovales, le Fusain du Japon produisant 
des bourgeons portant des feuilles panachées, au lieu 
de feuilles vertes; des Haricots blancs en produisant 
des noÿrs, el vice versé, sont des faits de dichrceisme. 

En horticulture les divers phénomènes, soit de 
dimorphisme, soit de dichroïsme, sont désignés par 
le nom général d'accidents. 


Note 2. — Le fait de modifications permanentes 
des Tulipes, qui n’est guère connu que des véritables 
amateurs de ces plantes, ou bien de ceux qui en ont 
fait une étude spéciale, est des plus curieux. En 
effet, toutes ces nuances si délicates, toutes ces cou- 
leurs si brillantes qu'on remarque dans la plupart 
des fleurs de Tulipes, ne ‘sont que passagères; ces 
plantes sont constamment en voie de changement. 
De sorte que les fleurs qui sortent d’un oignon quel- 
conque de Tulipes diffèrent presque toujours, plus ou 
moins, de celles qui en sont sorties les années précé- 
dentes ou qui en sortiront les années suivantes. 

Ce phénomène, dans beaucoup de cas, se continue 
jusqu’à ce que les fleurs soient revenues à l’unicolo- 
rité, ou du moins jusqu’à ce qu’elles ne présentent 
plus que des couleurs: plus sombres ou moins com- 

lexes. Toutefois l’on constate que la constance ou 
a ténacité des couleurs est très-différente suivant les 


variétés qu’on observe; que, fugace, pour ainsi dire, . 


chez certaines, celle est relativement fixe chez d’au- 
tres. 

Les Jris Xiphium et xyphioïdes nous offrent des 
phénomènes absolument semblables à ceux que pré- 
sentent les Tulipes; toutes ces couleurs si délicates 
que l’on remarque chez certaines variétés ne sont 
que passagères; elles se modifient continuellement, 
de sorte que, en plantant les caïeux de telle vu telle 


| 


65 


variété, on n’est pas sûr d'obtenir la même variété, 
souvent même on obtient des plantes à fleurs com- 
plétement différentes. Un exemple  très-remar- 
quable nous est fourni par l’Jris spectabilis, Spach. 
Cette plante, très-ornementale, dont les fleurs sont 
d’un violet bronzé, est un accident de l’/ris Xiphium 
à fleurs bleues, à laquelle elle revient très-vite, 
fait des plus faciles à vérifier en plantant séparément 
les caïeux qui en sortent et en en surveillant avec 
soin le développement, afin qu'il n’y ait pas de mé- 
lange. Cette prétendue espèce n’est “pas seulement 
différente de lJris Xiphium par la couleur de ses 
fleurs, celles-ci sont beaucoup plus grandes, la forme 
en est légèrement différente, et la plante, plus forte 
dans toutes ses parties, devient aussi beaucoup plus 
grande. On constate des faits analogues dans les /ris 
æypldoides, et on remarque aussi que les modifica- 
tions sont d’autant plus rapides que les fleurs pré- 
sentent des couleurs plus variées et plus tendres, ou- 
comme on dit, plus fondues. : 

Toutefois, il n’y a rien de fixe; comme chez les 
Tulipes, on remarque chez les Jris Xiphium et æi- 


phioides des variétés plus constantes les unes que 


autres, et que les changements, qui n’ont non plus 
rien de fixe, montrent les plus grandes dissemblan- 
ces dans leur apparition. 

Toutes ces modifications, loin d’être des anoma- 
lies, sont conformes à celles qui se passent chez 
beaucoup d’autres plantes. Pour le comprendre il 
suffit de se rappeler que la multiplication des Tuli- 
pes, de même que celle des Zris Xiphium et æyphioi- 
des, est une sorte de bouturage; car un caïeu n’est 
autre qu'un bôurgeon caduc qui se détache d’une 
plante mère, et qui, par conséquent, peut différer de 
celle-ci, de même que cela arrive fréquemment surles 
bourgeons de certaines plantes, soit ligneuses..soit 
herbacées, Lels que Chrysanthèmes, Rosiers, OŒillets, 
etc., Ces faits qui n’ont rien de forcé, expliquent 


* commentdesJacinthes à fleurs blanches, ont pu donner 


des fleurs bleues, et vice versa, et comment aussi 
un même bnlbe à pu produire à la fois deux hampes 
dont les fleurs, sur chacune, étaient de couleur 
différente. 


.Note 3. — Un exemple de hélivelé est l'appa- 
rition spontanée des Chrysanthèmes de Chine pré- 
coces. Aussi, relativement à ces dernières, qui 


forment une race particulière, on pourrait même 


presque dire une espèce tout à fait distincte, 
croyons-nous devoir entrer dans quelques détails 
sur leur origine. 

La première cause d'apparition de cette race est 
et sera toujours inconnue. Pourquoi est-elle venue? 
Nous n’en savons et n’en saurons jamais rien. Ce 
que nous pouvons, c'est constater son apparition, 
prendre la plante là ou elle s’est montrée, puis la 
suivre dans sa marche. $ 

Voici comment les faits se sont passés. Vers 
1844, époque où l’on ne possédait encore, en fait 
de Chrysanthèmes de Chine, que des plantes à flo- 
raison tardive (qui fleurissaient en novembre), un 
horticulteur, qui alors s’occupait tout particulière 
ment de ces plantes, remarqua, dans un semis qu'il 
avait fait, un pied qui fleurit dès le commencement 
d’aout. Les graines que donna cette plante, qui 
était si précoce etpresque naine, récoltéeset semées 


avec soin, produisirent, entre autres, un individu 
dont la floraison fut encore plus hâtive que la 


variété dont il sortait. L’ébranlement était donc 
produit; aussi, à partir de cette époque, en récol- 
tant constamment des graines sur ces individus à 
floraison hâtive, est-on parvenu à avoir une race de 
plantes tellement précoces que certaines variétés 
qu'elle comprend fleurissent en juillet; on pourrait 
même, en les soumettant à une culture particulière 
et raisonnée, avoir des plantes en fleurs presque 
toute l’année. Elles sont remontantes. 

De même que chez le type, on trouve dans cette 
race des plantes à fleurs blanches, jaunes, roses, 
lilas, etc., toutes de grandeur moyenne, c’est-à-dire 
intermédiaires entre celles qu'on nomme pompons 
et les anciennes, qu’on dit à grandes fleurs. Notons 
que cette précocité semble acquise aux dépens de 


Éd ma TT 


66 à NOTES. 


la rusticité ; que toutes ces plantes précoces sont plus 
délicates et surtout plus sensibles au froid que ne 
sont les anciennes, ce qui, du reste, s'explique faci- 
lement par cette raison qu’elles sont presque tou- 
Jours en végétation, Ajoutons que cette race se re- 
produit de graines: 


Note &.— Le fait assez singulier qui se montre 
chez certaines variétés de Giroflées Quarantaines, re- 
lativement à la couleur de leurs fleurs, semble dé- 
montrer que,-dans quelques cas du moins, du 
Jaune au blanc il n’y a qu'un pas. En effet on 
possède aujourd’hui diverses variétés de Quaran- 
taines à fleurs jaunes doubles, et jusqu’à présent 
on n’a pas encore eu de Quarantaines à fleurs jaunes 
simples. Toutes ces variétés à îleurs jaunes, doubles, 
sont produites par des Quarantaines à fleurs simples, 
à peu près complélement blanches , si ce n’est 
onglet des pétales, qui est d’un blanc verdâtre 
ou très-légèrement jaunâtre. 


Note 5.-— La couleur blanche semble être le 
dernier degré d'atténuation; c’est une sorte d’albi- 
nisme, un affaiblissement organique, On part, en 
effet, de toutes les autres couleurs pour arriver à 
celle-là; mais, lorsqu'on y est arrivé, on n’en sort 
en général que difficilement, ce qui, pourtant, ne 
veut pas dire qu’on ne peut y parvenir, mais seu- 
lement que la chose est relativement rare. 

L'observation pratique, en établissant ce fait, 
semblerait démontrer que la plupart des plantes à 
fleurs blanches sont des provenances de types ana- 
logues à fleurs colorées. I1 est, en effet, bien peu 
de types qui n’aient pas fourni quelques variétés à 
fleurs blanches. 

Voici, en général, comment s’effectue la marche 
dans l’atténuation des couleurs. Sur une plante à 
fleurs unicolores rouges, roses, lilas, etc., on voit 
parfois apparaître, dans ces fleurs, de petites stries 
ou lisérés blancs. Lorsque ce fait se présente, c’est 
un signe à peu près certain que, si ces fleurs 
donnaient des graines et qu’on les semäât, on en 
obtiendrait des plantes à fleurs complétemeut 
blanches, et que, d'autre part encore, lorsque ce 
fait se montre sur des plantes très-améliorées par 
la culture (très-domestiquées), on peut également 
être assuré que non-seulement on obtiendra bientôt 
du blanc, mais encore que la race qui la produit 
tend à disparaître. Cest ce que nous démontrent 
Particulièrement les Reines-Marguerites. Dans ces 
dernières la marche d’atténuation chromatique , 
pour arriver au blanc, s'effectue ainsi : partant des 
fleurs violet foncé par exemple (ce qui est le cas 
le plus fréquent), on remarque que les graines qui 
en proviennent donnent principalement des plantes 
à fleurs rouges, que celles-ci en donnent soit à 
fleurs roses, soit à fleurs lilas où gris de lin, qui, 
très-souvent, se reproduisent à peu près identique- 
ment pendant plusieurs années. Puis on voit les 
fleurs se strier ou se lisérer de blanc, puis la cou- 
leur carnée, très-souvent même la blanche, appa- 
raît. Quelquefois cependant on passe brusquement 
soit de la couleur violette, soit de la couleur rouge 
plus ou moins foncé, à la couleur blanche. 

Lorsque des stries blanches se montrent sur des 
fleurs de végétaux ligneux, il arrige souvent qu’elles 
se fixent et donnent lieu à un fait de dichroïsme qui, 
stabilisé paï la multiplication, constitue une va- 
riété particulière. Le plus grand nombre des Azalées 
à fleurs panachées qu'on cultive aujourd’hui, n’a 
pas d'autre origine. (Voir à l'énumération des faits de 
dimorphisme, page 43.) 


Note 6. — Plusieurs fois nous avons fait l’ex- 
périence, nous avons transformé à peu près com- 
plétement la Pensée des champs (Viola arvensis), 
nous en avons, par le seul fait de la culture, telle- 
ment modifié les feuilles, les fleurs, en'un mot l’as- 
pect général, qu’elle ne différait pour ainsi dire 
plus des Pensées cultivées pour l’ornement des jar- 
dins. Trois, parfois quatre générations ont suffi 
pour obtenir ce résultat, en opérant ainsi que nous 
l'avons dit précédemment, c’est-à-dire en choisis- 


sant avec soin nos porte-graines, en prenant pour 
tels, à chaque génération, les individus les plus 
modifiés. : 


Note 7. — Les plantes panachées provenant de 
graines sont relativement très-rares; en général 
aussi elles sont délicates et poussent peu. Lorsque 
les panachures sont très-prononcées, il arrive même 
fréquemment qu’elles ne peuvent vivre. Il y a pour- 
tant à cela quelques exceptions; elles sont fournies 
par certains Begonia, par l’Aucuba Japonica, par 
le larfugium grande, par le Chardon-Marie, etc. 
Ce dernier, si élégamment et si régulièrement mar- 
qué de taches blanches, est d’une très-grande vi- 
gueur, en même temps qu’il est très-constant dans 
sa panachure. On ne connaît même pas de type à 
feuilles vertes. 


Note 8. — Un fait digne de remarque relative- 
ment aux panachures, c’est que, lorsqu'elles se 
montrent sur l’écorce, elles portent également sur 
les fruits, et dans ce cas il est rare que les feuilles 
soient panachées. Nous en avons des exemples dans 
les arbres fruitiers à fruits panachés, tels que lA- 
manlis panaché, la Duchesse d’Angouléme panachée; 
le Saint-Germain panaché, la Culotte de Suisse, la 
Bergamotte d'automne, la Madeleine ou Guenette pa- 
nachées, etc.,en fournissent d’autres exemples. Nous 
connaissons même une variété d’Amnanlis dont l’é- 
corce est entièrement jaune, légèrement strié, et dont 
les feuilles sont complétement vertes; elle provient 
d’un accident. 


Note 9. — Les fleurs complétement doubles, 
c’est-à-dire pleines, sont rares; on en voit, en effet, 
bien peu qui n'aient pas conservé quelques éta- 
mines, ou bien un pisiil, ou, tout au moins, des 
rudiments de ces organes; et dans ce cas, bien 
qu'incomplets ou plus ou moins modifiés, ces or- 
ganes ne sont souvent pas tellement transformés 
qu'ils ne puissent encore concourir à la féconda- 
tion. Mais, lors même que les fleurs sont compléte- 
ment pleines, il ne faut pas désespérer d’avoir des 
graines; car il arrive parfois que certains individus, 
vers la fin de la saison florale, et lorsqu'ils sont 
affaiblis par la végétation, produisent des fleurs 
semi-pleines qui alors donnent des graines. C'est 
pour ces raisons et de cette manière que les Camel- 
lia alba plena, incarnala, etc., ont produit des grai- 
nes avec lesquelles on a obtenu de très-belles va- 
riétés. é 

Des effets particuliers de végétation dus à des 
circonstances soit locales, soit atmosphériques, 
pouvant.aussi déterminer de notables différences 
üans la duplicature des fleurs. C’est ainsi que dans 
certaines années, nous avons vu le Prunus Sspinosa 
flore pleno, dont les fleurs sont ordinairement très- 
pleines, se couvrir de fruits qui atteignent toute 
leur grosseur. 


Note 40.—La duplicature des Soucis, de même 
que celle de toutes les plantes du groupe des Com- 
posées, telles que Dahlia, Zinnia, Helianthus, Ta- 
geiès, Matricaria, Seneçon, Helichrysum , Soleil, 
Reines-Marguerites, Chrysanthèmes, etc., etc., n’est 
pas due à la transformation des organes sexuels, 
mais simplement à la métamorphose des fleurs cen- 
trales tubulées en fleurs ligulées pétaloïdes. Aussi 
ces fleurs, quoique souvent très-grosses (très-dou- 
bles), sont-elles toujours plus ou moins fertiles. 


Note 44.— Le Dianthus Sinensis nous fournit 
encore un exemple de ce que nous ayons déjà rap- 
porté, que, lorsque dans certaines espèces de plantes | 
il se montre un individu à fleurs semi-doubles ou | 
presque complétement doubles, il ne tarde pas à 


“exercer son influence et à déterminer des duplica- | 
tures plus où moins nombreuses pour le péu qu'on | 


laisse cet individu fleurir près d’autres de la même 
espèce, dont les fleurs sont simples. En effet, par- 
tout aujourd’hui où l’on cultive l’OEillet de Chine à 
fleurs doubles, il est assez rare qu’on trouve le type 
à fleurs simples. 

L'OŒillet de Poëte et les Pétunias à fleurs doubles 


NOTES. 67 


nous fournissent aussi un exemple de l'influence 
que peut exercer sur ses congénères une plante à 
fleurs doubles. 


Note 12. — On pourrait admettre, comme une 
hypothèse toutefois, que la première cause de du- 
plicature résulte d’un trouble apporté dans les fonc- 
tions des organes sexuels. Le fait suivant semble le 
démontrer. 

Eu 1862 nous avons pris comme mère un OËillet 
hybride, le Dianthus barbato-superbus, issu du croi- 
sement des D. barbatus et D. superbus. Get hy- 
bride, dont les tiges florales, peu nombreuses, très- 
ramifiées, dressées, et dont les pétales roses sont 
profondément fimbriés, a été notre point de départ. 
Des graines qu’il nous a données, nous avons obtenu 
un certain nombre de plantes dont quelques-unes 
avaient conservé le caractère de lhybride, leur 
mère; mais les autres, beaucoup plus nombreuses, 
étaient à fleurs doubles, et leur faciès était complé- 
tement changé. Ces nouveaux produits, par l’en- 
semble de leurs caractères, constituaient un type 


particulier différent des plantes dont il était issu. 


y avait aussi parmi ces plantes des individus très- 
ramifiés de la souche, de laquelle partait une très- 
grande quantité de tiges florales. Il est à remarquer 
que les plantes qui présentaient ce dernier carac- 
tère fleurissent beaucoup plus tardivement; certaines 
n’épanouissent leurs fleurs que dans la dernière 
quinzaine d'août, de sorte qu'avec toutes ces plantes 
hybrides on peut obtenir des fleurs pendant plus 
de trois mois. 


Un fait qui semble justifier l'hypothèse que nous 


avons émise en tête de cette note : « Que la pre- 
mière cause de duplicature des fleurs pourrait bien 
ètre due à wn trouble apporté dans les organes 
sexuels »,est fourni par la fécondation, soit des 
Dianthus Sinenñsis, soit des Dianthus Hedwigü entra 
eux, ou bien avec D. barbatus, fécondation de 
laquelle sont sorties plusieurs variétés à fleurs 
doubles. 


Note 43. — Les Pétunias à fleurs doubles que 
l’on cultive actuellement wappartiennent à aucune 
des deux: espèces anciennes, (Petunia violacea et 
P. nyclaginiflora); ls appartiennent à cette race de 
création récente qu’on nomme mnities ou 'à grandes 
fleurs, qui s'est montrée spontanément dans les cul- 
tures. Toutes les variétés qui en sortent diffèrent 
des deux types indiqués ci-dessus par l’ampleur et 
par la consistance particulière de leurs feuilles et 
de leurs fleurs, par la grosseur de leur tige, qui est 
charnue, de même que par leurs feuilles, qui sont 
épaisses, comme grasses. C’est en un mot une race 
tout à fait différente. Toutes ces plantes ont un as- 
pect particulier et un caractère de végétation qui 
leur est propre; elles s’allongent moins, sont en 
genéral plus délicates et ne vivent pas aussi bien 
en pleine terre que les P. violacea et nyctaginiflora. 


Note 44%. — Les Fuchia à fleurs doubles, 
offrent souvent ce singulier phénomène : qu'ils 
présentent des sortes d’intermittences pendant les- 
quelles ils donnent des fleurs doubles, et d’autres 
pendant lesquelles ils donnent des fleurs semi- 
doubles ou même presque simples. Mais, quelle que 
soit la duplicature, il est rare qu’elle entraîne la 
stérilité. Aussi ces plantes, en général, donnent- 
elles beaucoup de graines, 


Note 45. — Nous pouvons tout particulière- 
ment citer comme exemple d’infertilité plus ou 
moins grande, parfois même presque complète, occa- 
sionnée par la duplicature des fleurs, les Reines- 
Marguerites à fleurs très-grosses, particulièrement 
celles dites Pivoines. Dans celles-ci il est rare qu’on 
obtienne des graines ailleurs qu’au centre des fleurs, 
précisément là où la transformation des fleurs est 
moins grande, mais aussi où les organes sexuels 
sont moins bien conformés, ce qui explique pourquoi 
on obtient peu de graines et pourquoi aussi ces 
graines sont si mauvaises. Il faudrait, pour rendre 
ces plantes fertiles, couper avec précaution, avec 
de petits ciseaux, la plupart des fleurs centrales 
(ligules), de manière à dégager les organes sexuels 


qui s’y trouvent, et à favoriser ainsi leur rapproche- 
ment. 

Note 46. — Les monstruosités se reproduisant 
par graines, comme cela arrive chez certaines plan- 
tes, démontrent, de la manière la plus nette, la vé- 
rité de ce que nous avons dit au commencement de 
ce livre : « Qu'un végétal est un être très-complexe, 
qui non-seulement peut se multiplier, en tant qu’è- 
tre, tout en reproduisant ses caractères essentiels, 
mais que toutes ses parties, susceptibles d'acquérir 
des propriétés spéciales, peuvent aussi, étant mul- 


_tipliées à part reproduire à leur tour les particul:- 


rités qu'elles présentent.» Le Scolopendrium officinale 
monstrosum nous en offre un exemple bien remar- 
quable. Cette plante qui, sur un même pied, pré- 
sente des parties normales et d’autres qui sont anor- 
males ou monstrueuses, peut, suivant qu’on récolte 
les sporules (sortes de graines propres aux végétaux 
cryptogames) sur les unes ou sur les autres de ces 
parties, produire des plantes normales ou des plantes 
monstrueuses. 

Ce fait des plus importants vaut toute une théo- 
rie ; il démontre, lorsqu'il s’agit de végétaux, com 
bien il faut apporter de soins dans le choix des 
parties qu’on prend pour les multiplier, puisque 
de ce choix dépendent les résultats, qui seront bons 
où mauvais suivant qu’on aura bien ou mal choisi. 
Mais, comme d’une autre part aussi ce choix nous 
démontre que dans certaihs cas tout peut devenir 
héréditaire (même les monstruosités), il peut expli- 
quer la transmission de certaines particularités 
soit normales soit anormales, et comment, de 
simples accidents peuvent devenir permanents, se 
transmettre même et caractériser des races. Les 
exemples ne manquent pas dans les végétaux ; ils 
abondent dans les animaux. 


Note 47.— Si, lorsqu'on cultive soit des Melons, 
soit des Concombres de primeur, on pratiquait la 
fécondation artificielle aussitôt que les fleurs des 
deux sexesapparaissent, on n'aurait pas,comme on l’a 
si souvent, l'inconvénient d'être très-longtemps sans 
obtenir de fruits ; on en obtiendrait, au contraire, de 
très-bonne heure, et assez près du pied, au lieu de 
les avoir tardivement, et souvent aussi à lextré- 
mité des branches. Il ne peut guère être douteux 
non plus qu'en pratiquant la même opération sur 
les différents végétaux qu’on force dans le but den 
obtenir des fruits on en retirerait de grands avanta- 
ges, car si, en général, ils donnent peu de fiuits; 
c'est parce que la plupart des fleurs ne sont pas 
fécondées. 


Note 48. — Les différents états favorables à la 
fécondation ne présentent pas toujours les mêmes 
caractères physiques externes ; îl est même un cer- 
tain nombre de plantes chez lesquelles ces carac- 
tères favorables ne peuvent être appréciés à Ja sim- 
ple vue et qui présentent des particularités qui 
semblent déroger à la loi générale et être en oppo- 
sition avec certains principes que nous avons poses, 
Tels sont les Noyers, et tout particulièrement les 
Noisetiers. Chez ceux-ci, en eflet, les fleurs mâles 


apparaissent bien longtemps (quelquefois deux mois) 


avant qu’on ne puisse apercevoir les fleurs femelles, 
de sorte que lorsque celles-ci apparaissent, celles-là 
sont passées il y a déjà longtemps. Malgré cela la 
fécondation s'opère très-bien; il ÿ à production de 
fruits. 

Note 49. — Comme il est toujours très-difficile, 
ou plutôt qu’il est impossible, de fixer ladélimitation 
d'une espèce, et que par conséquent on ne peut 
préciser le dernier point d'analogie entre deux indi- 
vidus donnés où la fécondation entre eux cesse 
d’être possible, on doit, lorsqu'on a une plante à 
féconder et que parmi celles qu'on possède il n'en 
est aucune que la science indique comme pouvant 
organiquement s’unir à elle, on doit néanmoins, 
disons-nous, essayer et choisir, dans ces derniéres, 
celle qui paraît avoir le plus d’analogie avec celle 
qu’on veut féconder; en un mot, on doit läter. Sou- 
vent l'expérience a démontré possibles des faits dont 
la science avait douté, qu’elle avait parfois niés. 


68 : NOTES. 


Si, dans ces circonstances, on doit, sans aucun 
doute, s'appuyer sur la science, il ne faut cependant 
pas oublier que celle-ci n’est point infaillible, qu’é- 
tant le résultat d'observations traduites en règles 
elle ne peut être absolument vraie, que la nature, 
qui nous montre son travail, nous cache beaucoup 
de secrets, secrets que, sans les dévoiler ouverte- 
ment, elle laisse parfois entrevoir à ceux qui la cul- 

_tiventet vivent avec elle. 

On ne peut, du reste, nier que, dans ce qu’on 
nomme une espèce, il y a des individus qui ont plus 
de tendance à s’unir, entre lesquels il semble qu’il 
y a plus de sympathie, pourrait-on presque dire. 
Toujours on remarque des affinités dont la science 
ne peut rendre compte, qu’elle ne peut que con- 
stater. 

Après tout, pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Les 
végétaux ne sont-ils pas des êtres qui, comme tels, 
doivent éprouver une sorte d'attraction ou de répul- 
sion en rapport avec leur nature organique intime 
que nous ne connaîtrons jamais? N'oublions pas 
que, dans cette circonstance peut-être plus que 
dans toute autre, la science ne doit intervenir que 
Comme un point d'appui, comme une sorte de flam- 
beau à la lumière duquel on doit marcher et tâcher 
de pénétrer dans ce sanctuaire où les mystères s’en- 
chaînent, ou plutôt où tout est mystère ! 

Mais, d’une autre part, ne peut-il pas se faire que 
le climat, les conditions dans lesquelles sont placés 
les individus, et surtout les traitements auxquels on 
les soumet, puissent modifier les lois d’analogie or- 
ganique, et faire que, dans certaines conditions, 
telles ou telles alliances soient possibles qui ne 
l’étaient pas dans certaines autres (Note 27). C’est là 
une hypothèse, sans doute, mais qui pourtant semble 
n'avoir rien d’impossible, qui, au contraire, paraît 
s’accorder avec certains faits. Nous voyons, en effet, 
dans la pratique des grefles, se montrer des faits 
Sinon semblables, du moins analogues à ceux que 
nous venons de rapporter ; par exemple, que dans 
tel pays, parfois même dans telle localité particu- 
lière, on peut greffer avec succès telle espèce sur 
telle autre, tandis qu'on ne peut le faire dans des 
conditions différentes; qu'ici on peut, même avce 
avantage, employer tel mode de greffe, lorsque 
là ce mode ne réussit pas, ou qu'il ne donne 
que de très-mauvais résultats. Ces particularités sont 
fréquentes. 


Note 20. — I] ne peut y avoir rien d’abcolu 
quand il s’agit d'indiquer le moment le plus favora- 
ble pour opérer la fécondation des fleurs, ce moment 
étant subordonné à la nature et au tempérament 
des individus, ainsi qu'aux conditions dans les- 
quelles ils sont placés. Ainsi, par exemple, pour les 
Yuccas (sous notre climat du moins), l'observation 
a démontré que, généralement, les fleurs s’ouvrent 
vers le soir, et que le moment le plus favorable 
pour en opérer la fécondation est, suivant la tempé- 
rature, depuis 5 heures jusqu'à environ 8 heures 
du matin. [l est bien entendu, dans cette circon- 
Stance, que nous parlons de la floraison qui a lieu 
pendant le printemps ou le commencement de l'été. 

Pour favoriser la fécondation des Yuccas on se 
trouve bien de les fenir à l’eau, c’est-à-dire de bien 
tremper la terre dans laquelle ils sont plantés, quel- 
que temps avant l'épanouissement des fleurs, et 
même de maintenir cette humidité pendant tout le 
temps de la grossification des fruits. 


Note 21. — En général on se trouve bien, 
quelques jours avant de pratiquer la fécondation, 
d'activer un peu la végétation de la plante qu’on 
veut féconder, d’exciter ses fonctions vitales, ce à 
quoi l’on parvient soit à l’aide de copieux arrose- 
ments si la plante est vigoureuse, soit, si la plante 
est délicate et qu’elle soit en pots, en la plaçant 
pendant quelque temps dans une serre dont on 
pourra au besoin élever la température. Si, au con- 
taire, les plantes étaient en pleine terre et qu’elles 
aient à redouter l'humidité, on les garantirait à 
l'aide d’abris. 


Note 22. — En ce qui a rapport à la vitalité du 


pollen, c’est-à-dire au temps pendant lequel il peut 
conserver ses propriétés génératrices, on est loin 
d'être suffisamment éclairé; on peut, en effet, se 
demander si la nature du pollen n’est pas en rap- 
port avec la plante sur laquelle il a été recueilli, et 
si par conséquent les diverses sortes récoltées sur 
des espèces appartenant soit à un même genre, soit 
à des genres différents, soit à une même famille, 
soit à des familles différentes, 6nt une durée vitale 
semblable, ou bien si, sous ce rapport, ils ne pré- 
sentent pas de très-grandes différences. Cette der- 
nière supposition nous paraît certaine, bien que 
jusqu'ici nous ne puissions rien affirmer. 

Quoi qu'il en soit, l'exemple suivant démontre 
que le pollen de certaines espèces peut conser- 
ver pendant longtemps ses facultés fécondantes; ainsi, 
du pollen de Ceratozamia Mexicana, récolté de- 
puis trois ans, ayant été employé pour féconder les 
fleurs femelles d’une autre espèce de Ceralozamia, 
a donné de très-bons résultats. Tous les ovules se 
sont bien développés; les jeunes plantes qu'ils ont 
produites ne laissent rien à désirer. Il nous est ar- 
rivé aussi de nous servir de pollen de diverses espè- 
ces de Gesnériacées récolté depuis deux ans pour 
féconder d’autres espèces de ce même groupe ; le 
résultat à également été des plus satisfaisants. 

Les résultats obtenus dans ces expériences prou- 
vent que le pollen conservé n’avait nullement perdu 
de sa vitalité; ils autorisent à croire que celle-ci 
n’était même pas affaiblie. 


Note 23. — Dans le cas où l’on voudrait tenter 
des expériences sur la fécondation des arbres frui- 
tiers en vue de modifier les produits, il faudrait 
agir diversement et combiner les opérations de ma- 
nière à atteindre le but qu’on se propose ; ainsi, si 
l’on voulait modifier la forme ou Paspect tout en 
conservant la qualité des fruits, il faudrait prendre 
du pollen sur les fleurs d’une variété dont les fruits 
soient très-beaux (lors même qu'ils seraient d’une 
qualité inférieure), sur la Belle Angevine, par exem- 
ple, et le porter sur le stigmate des fleurs d’une va- 
riété dont les fruits pourraient même être petits, 
pourvu qu’ils fussent de bonne qualité. On pourrait 
aussi, afin de multiplier les chances, faire en même 
temps l'opération inverse, c’est-à-dire prendre du 
pollen sur les fleurs de la variété dont les fruits. 
sont de bonne qualité et le porter sur le stigmate 
des fleurs de la variété dont les fruits n’ont guère 
d'autre mérite que d’être beaux et gros. Il est sou- 
vent bon de faire le croisement d’une manière in- 
verse, paree que l'expérience a démontré que dans 
certains cas une plante pouvait en féconder une 
autre, mais qu’elle ne pouvait pas être fécondce 
par elle, ef vice versa. (Noir, page 29, l'observation 
relative aux croisements.) Peut-être aussi qu’en 
prenant du pollen sur les fleurs de variétés soit 
hâtives, soit tardives, et en appliquant sur les 
fleurs de variétés qui présentent des qualités con- 
traires, on arriverait à modifier les époques de ma- 
turité par exemple, à reporter sur des variétés 
tardives les qualités que présentent certaines varié- 
tés hâtives. Tout ceci n’a rien d'improbable, au 
contraire; aussi engageons-nous fortement tous 
ceux qui s'intéressent à ces sortes de questions, à 
tenter des expériences dans ce sens. 


Note 2%. — Une comparaison que nous croyons 
devoir faire quoiqu’elle soit bien triviale, parce 
qu’elle rend bien notre pensée, est la suivante : sup- 
posons qu'une paysanne très-vigoureuse et forte 
mais mal vélue soit unie à un homme très-bien 
couvert, à ce qu’on nomme un dandy, d’un tempéram- 
ment délicat et faible. Les enfants qui naîtraient de 
ce rapprochement, d’après notre théorie (et en 
écartant toute comparaison analogique, bien en- 
tendu), devraient avoir un extérieur (un facies), 
sinon très-beau mais au moins convenable, ct de 
plus, être vigoureux et robustes. 


Note 25. — Longtemps avant cette époque, 
c’est-à-dire avant 1854, on avait opéré des croi- 
sements entre les Gladiolus ramosus, cardinalis, 


floribundus, 


NOTES. 69 


etc., croisements desquels étaient 
sorties des variétés très-remarquables par la gran- 

 deur, par la forme et par le coloris des fleurs ; 
- mais aucune de ces variétés n’était modifiée sous 
- le rapport du tempérament ; toutes étaient sensibles 
au froid, — ce qui devait être, — les deux parents 
présentant ce caractère. 


Note 26.— On pourrait, de ces faits et de beau- 
coup d’autres analogues que nous pourrions citer, 
tirer cette conclusion que plus une plante est flori- 
bonde, plus elle est délicate (relativement, bien en- 
tendu) et que la floribondité est le fait d’une modi- 
fication organique qui tend à affaiblir letempérament; 
en d’autres termes, que la floribondité s'exerce aux 
dépens de la rusticité. On en a unexemple dans les 
Chrysanthêmes de Chine précoces. (Note 3.) 


Note 27. — Nous pourrions, à l'appui des mo- 
- difications de tempérament des végétaux déterminées 
par le croisement, citer le fait d’accouplement de 
l’ânesse avec le cheval ou celui de l’âne avec la ju- 
ment. Si l’on nous objectait que pour obtenir, ce 
résultat, et pour faciliter cesrapprochements, on est 
obligé de soumettre les individus qu’on veut faire 
unir à un traitement particulier qui modifie leur 
tempérament, nous répondrions que c’est précisé- 
ment le cas dans lequel se trouvent les végétaux 
d'ornement, et que, par suite des traitements aux- 
quels on les soumet, de la nourriture abondante, 
substantielle et variée, qu’on leur donrie, ainsi que 
des conditions toutes spéciales dans lesquelles on 
les place, on est arrivé à modifier très-notablement 
leur nature intime, ce qui par suite peut les ame- 
ner à s'unir à d’autres végétaux qui ont des carac- 
tères et un tempérament particuliers différents des 
leurs, et avec lesquels, primitivement, il n’y aurait 
pas eu de rapprochement possible. On remarque, 
en effet, en général que les plantes s’hybrident 
d'autant plus difficilement qu’elles sont moins do- 
mestiquées et surtout qu’elles sont représentées par 
un plus petit uombre d'individus. On remarque très- 
souvent aussi que les individus qui naissent de ces 
fécondations paraissent non-seulement très-disposés 
à s’allier à d’autres qui ne pouvaient s’unir avec 
. ceux dont ils proviennent. Il semble que les en- 
fants soient destinés à resserrer les liens et à com- 
bler les lacunes laissées par leurs parents. Métapho- 
riquement, on pourrait dire que les parents étaient 
ennemis mais que les enfants sont amis. 

L'état de domesticité, disons nous, peut, sinon 
intervertir les gouts et les attractions naturelles 
mais il peut les modifier par suite du changement de 
vie et d'habitude que contractent les êtres soumis 
à ce régime de sequestration, et, par suite, rendre 
possible des rapprochements jusqu’à les regardés 
comme impossibles. Par exemple il est douteux que 
le Tigre et le Lion s’unissent à l’état de liberté; à 
Pétat domestique le fait a eu lieu plusieurs fois. 
Ainsi, à Nancy en 1841 un Lion et une Tigresse se 
sont accouplés; ce n’était pas la première fois 

- puisqu'ils avaient déjà produits : leurs petits étaient 
auprès d'eux, déjà forts. Que sont-ils devenus ? - 

Il en est à peu près de mème des Poules com- 
munes et des Faisans comme du tigre et du lion; 
on peut douter qu’a l’état de liberté, ils s'unissent. 
À l’état de domesticité le fait est certain; nous en 
connaissons de très-beauxet de nombreux exemples. 
Dans cette circonstance nous avons pu aussi cons- 
tater que la théorie que nous avons émise de l’in- 
fluence particulière des sexes, s’est réalisée. Les in- 
dividus issus de ce rapprochement, sont très- 
allongés, élancés, et d’une forme qui rappelle com- 
plétement celle des faisans, qui étaient les pères, 
mais en même temps ils sont beaucoup plus rus- 
tiques, d’un tempéramment beaucoup plus robuste 
que ne sont les Faisans; ils sont aussi beaucoup 
plus faciles à élever. Tous ces avantages ils les te- 
naient des Poules, leurs mères. Quant à la chair, 

celle était à peu près celle ‘du Faisan. Qu’y aurait-il 
donc d’étonnantque, unis à d’autres racesces sortes 
de méti$puissentleur communiqner certaines qualités 
ou en recevoir d'elles certaines autres, d’ou naîtraient 
de nouvelles séries d'individus ? 


Note 28. — Pour arriver à créer des races par- 
ticulières à l’aide de lhybridation il faut tâcher 
d’affaiblir, d'annuler, autant qu’on le peut, la force 
d'atavisme des deux types que l’on hybride. On à 
chance d’y parvenir en fécondant les enfants d’hy- 
brides par des espèces autres que celles dont ils 
proviennent, ou bien en recourant de temps à 
autre à celui des deux types qui semble perdre 


en importance, de manière à rétablir l'équilibre 


mixte que l’on tient à conserver. 

Si les exemples des races mixles, c’est-à-dire de 
races obtenues en fécondant l’un par l’autre deux 
types spécifiques, ne sont pas encore bien connus, 
on ne peutguère douter qu’il y en ait; on en recon- 
naîtra, on en créera même, lorsque, observant avec 
attention la vie des êtres. on connaîtra mieux leur 
tempérament, leurs sympathies osons-nous dire, et 
qu’alors on saisira le moment où l'attraction l’em- 
porte sur la répulsion, ou bien que par des traite- 
ments particuliers on affaiblira celle-ci au profit de 
celle-là. 1 (Voirla note précédente), 


Note 29.— On doit comprendre que, pour que 
des changements aussiconsidérables dans le dévelop- 
pement des organes sexuels puissent se pro- 
duire, il faut que la température sous laquelle ils 
s’exercent se maintienne à un certain degré pen- 
dant quelque jours, afin que le travail organique se 
fasse, que les tissus se distendent et se modifient, 
toutes choses qui ne peuvent s’accomplir lorsque la 
température est très-variable; car dans ce cas le dé- 
veloppement, au lieu d’être uniforme et progressif, 
est irrégulier, de sorte que les modifications sou- 
mises à cette variabilité ne présentent rien de 
constant dans leur apparition. 


Note 30.— Rien, si ce n’est l'expérience, n’in- 
dique si telle ou telle plante est facile à s’hybrider 
avec telle ou telle autre ; sous ce rapport on voit 
parfois, dans une même famille, des différences 
considérables. Nous en citerons deux exemples pris 
parmi les Cucurbitacées et les Crucifères. Ainsi les 
Melons etles Concombres, si voisins l’un de l’autre 
par leurs caractères, ne s’hybrident pas, tandis que 
les diverses races de ces plantes, si différentes 
parfois l’une de l’autre, se fécondent avec la plus 
grande facilité, Il en est absolument de même des 
Courges, des Choux, des Navets. 

Les Giroflées dites Quarantaines, Cocardeaux, 
etc., bien qu’appartenant à cette même famille des 
Crucifères, ne se fécondent pas ou ne se fécondent 
que très-rarement entre elles ; aussi peut-on cul- 
tiver près l’une de l'autre les diverses races ou 


_Sous-races de ces plantes, sans qu’elles éprouvent 


de ce contact aucune modification. 
A côté de cela nous voyons dans d’autres familles 


des variétés très-constantes dans leur reproduction, 


et cela quelles que soient les conditions dans 
lesquelles elles sont placées. Ainsi, parmi les plantes 
de la famille des Rosacées, dont les fleurs sont si 
abondamment pourvues d'organes sexuels, nous 


trouvons des faits de fixité, de ténacité, on pourrait 
“dire, des plus étonnants : chez les Péchers, par 


exemple. Ainsi les Pêchers à chair et à fruits blancs, 
bien que cultivés au milieu de variétés qui fleurissent 
à la même époque, dont les fleurs roses et même 
rouge foncé, sont suivies de fruits de couleur et de 
nature si variées, ne varient ni par leurs fleurs ni 
par leurs fruits, de sorte que, lorsqu'on sème leurs 
noyaux, on obtient à peu près les mêmes variétés. 
Il en est absolument de même du Pécher nain 
et du Pécher pleureur; ïls se reproduisent de 
noyaux jusque dans leurs moindres caractères. 


Note 31. — La nature du sol, celle du climat, 
et surtout celle du milieu dans lesquels sont placés 
les porte-graines, exercent sur le produit de ceux-ci 
une influence souvent considérable. Ainsi, dans 
certains terrains riches et substantiels, Ja où les 
plantes sont très-vigoureuses, on remarque, pour 
certaines espèces qu’on y cultive, que les graines 


4 Nous avons dans le Chabin (hybride de la Chèvre et du 
Mouton) l’exemple d’une race mixte fertile. 


ne 


oo 


70 


qu’elles produisent ne donnent en général que des 

individus à fleurs simples, tandis que d’autres 

plantes de cette même espèce cultivées en pots ne pro- 

duisent presque que des individus à fleurs doubles. 

C’est un fait que, dans quelques endroits, on met 
\ à profit pour certaines espèces de plantes, notamment 

pour les Giroflées-Quarantaines. Pour celles-ci, on 
| remarque parfois que, dans des conditions iden- 
| tiques, les mêmes variétés cultivées en pots pro- 
| duisent des graines qui, semées, dofnent presque 
| toutes plantes à fleurs doubles, tandis que cultivées 
| en pleine terre les graines qu’elles produisent ne 
| donnent que des individus à fleurs simples. 


Note 32.— Les faits de dégénérescence du Pé- 
largonium Reine des fantaisies et du P. Reine Hor- 
tense présentent, dans la manière dont ils se compor- 
tent, une marche tout à fait opposée et donnent lieu 
à un phénomène entièrement inverse. Ainsi, tandis 

que chez le premier les fleurs diminuent de gran- 

deur tout en se régularisant et que leur couleur 
change, chez le deuxième (P. Reine Hortense) les 
fleurs deviennent au contraire irrégulières, et les 
pétales, au lieu de rester entiers se découpent très- 
‘profondément (se lacinient). De plus ces fleurs de- 
viennent monstrueuses ; le nombre des pièces du 
calice et de la corolle, au lieu d’être de cing, est de 
Si. À 
Une chose que nous devons encore faire remar- 
\ quer relativement à cette dernière variété, c’est la 
promptitude avec laquelle Ia transformation s’est 
l’opérée. Comme exemple de cette proraptitude nous 
pourrions citer un cultivateur des plus habiles qui, 
sachant que cette variété était très-avantageuse pour 
le commerce, en fit en 1863 un très-grand nombrede 
boutures, qui, bien que prises sur des individus qui 
paraissaienttrès-francs, n’en présentèrent pas moins, 
lorsqu'elles fleurirent l’année suivante, les carac- 
tères de dégénérescence que nous avons indiqués 
ci-dessus. : : 
Les exemples de dégénérescence ou de modifi- 
cations que nous venons de rappeler, de même que 
tant d’autres analogues que nous pourrions faire 
connaître, ne suivent pas une marche uniforme; 
mon-seulement ils peuvent se manifester chez un 
cultivateur bien longtemps auparavant que de se 
| montrer chez un autre, mais ils peuvent présenter 
|! entre eux des différences et des variations plus ou 
{}moins grandes, en rapport avec les conditions dans 
lesquelles elles se montrent : ici d'une mauiére, là 
| | d’une autre, ailleurs encore d’une autre. 


Note 33.— On ne saurait trop se bien pénétrer 
de cette idée que chaque plante, chaque graine (on 
pourrait peut-être dire chaque œil),quelque semblable 
qu’ellesoit avec une autre,n’en n’est pas Moins orga- 
niquement distincte; c'est une individualité qui 
présente des qualités particulières, des caractères qui 
lui sont propres. Mais, ces qualités étant organiques, 
rien parfois ne les indique; elles ressortent de 
l'expérience ; d’où il suit que, lorsqu'on a fait un se- 
mis, si l’on a beaucoup de terrain, ilne faut pas se 
presser de jeter les individus qui en proviennent ; 
car parmi ceux-ci il peut s’en trouver qui, comme 
on dit dans la pratique, aient de l'avenir, soit par 
eux-mêmes, soit comme mères, et qui pourraient par 
la suite, produire des plantes très-intéressantes à 
divers points de vue. Le Dianthus barbato-superbus 
(note 12) nous en offre un exemple bien remar- 
quable. : 

Cette plante, qui, lors de l’épure, avait été arra- 
chée et jetée comme n'étant pas franche (elle avait 
joué avec des OEillets de Poëte), ramassée, plantée et 
soignée par nous, nous à donné les résultats remar- 
quables que nous avons rapportés dans la’note 12. 
Deux faits, sinon semblables, du moins analogues 
aux précédents, qui nous sont particuliers, sont les 
suivants. En 41847, ayant récolté des graines sur 
deux pieds de Balsamine Camellia à fleurs doubles, 
ponctuées et en apparence tout à fait identiques, 
nous avons semé ces graines à part. De chacun des 
lots nous avons choisi 120 plantes qui nous ont 
donné: le n° 1,13 Balsamines ponctuées à peinesemi- 


NOTES. 


doubles ; toutes les autres étaient à fleurs simples 
de diverses couleurs. Dans les 120 plantes du lot no 2, 
95 donnèrent des fleurs ponctuées, très-pleines, 
17 furent à fleurs semi-doubles également ponc- 
tuées, les autres étaient à fleurs simples de couleurs 
diverses. Une expérience de même nature que nous 
fimes sur 2 pieds d’une variété de Quarantaines 
nous donna des résultats encore plus remarquables : 
85 plantes provenant de l’un des pieds furent toutes 
à fleurs très-doubles, tandis qu'un même nombre 
de pieds provenant de l’autre plante, qui avait été 
cultivée dans des conditions tout à fait semblables 


à la précédente, dont elle ne différait pas, ne don- 


nèrent que des fleurs simples. 


Note 34.—Ilne faudrait pas croire que tous les 
Rosiers mousseux qu’on rencontre aujourd’hui dans 
lc commerce sont le résultat d'accidents. La plus 
grande partie, au contraire, provient de graines. 
C’est une race qui tend à se eréer, et déjà des 
graines qu'on recueille sur les Rosiers Mousseux on: 
obtient, lorsqu'on les sème, un certain nombre din- 
dividus qui ont conservé les caractères généraux, 
des plantes dont ils proviennent ; ils sont plus ou; 
moins mousseux. Constatons toutefois que ce carac< 
tère mousseux n’est particulier à aucune section 
de Rosiers et qu’on le retrouve au contraire à peu près 
dans toutes ; en effet, les Cent-Feuilles, les Quatre- 
Saisons, les Hybrides remontants, etc, en fournis- 
sent des exemples. 

Le fait de la reproduction de la mousse des 
Rosiers à l’aide de graines,prouve une fois de plus, 
ainsi que nous l’avons déjà dit plusieurs fois , que 
tout, dans un végétal, tend à se reproduire, et que 
les particularités, les propriétés, les monstruosités 
même peuvent devenir héréditaires (note 16). 


Note 35. — Le Rosier Mousseuse Zoé est un des 
accidents les plus remarquables qu’ait produits le 
Rosier Cent-Feuilles ordinaire. Cette variété, au 
lieu d’être mousseuse soit sur le pédoncule, soit 
sur les feuilles calicinales, ainsi que sont la plu- 
part des autres variétés de ce groupe, est mous- 
seuse sur toutes ses parties, d’où sa qualification 
de: Mousseuse partout. 

L'accident Moussèuse Zoé s’est reproduit de nou- 
veau l’année dernière (1864), chez M. Jamain, horti- 
culteur, rue de la Glacière, à Paris, où nous avons 
pu en suivre le développement. Ce que nous avons 
pu constater aussi chez cet horticulteur, c’est que, 
dans deux planches plantées en Rosiers mousseux 
ordinaires, indépendamment de l'accident Mousseuse 
Zoé, il y avait plusieurs pieds qui tendaïent égale- 
ment à se modifier, quelques-uns par leurs feuilles, 
d’autres par leurs fleurs. 


Note 36.—- Il arrive parfois que le Rosier Pana- 
chée d’Urléans donne des rameaux gros, vigoureux, 
assez fortement épineux, un peu moins pourtant que 
ceux du R. Baronne Prévost, dont il sort; ses fleurs 
aussi, bien que ressemblant beaucoup à celles de ce 
dernier, en différent néanmoins. C’est encore un 
intermédiaire produit par le seul fait de la végé- 
tation. 


Note 37.— Dans toutes ces circonstances, il ne 
faut pas oublier que toutes les plantes ne sont pas 
également modifiables, et que les conditions dans 
lesquelles elles sont placées exercent sur elles des 
influences très-diverses. Aïnsi, tandis que dans 
certains sols et sur la même variété, les modifications 
sont à peine sensibles, dans d’autres au contraire 
elles sont considérables. Quelquefois ces faits se 
montrent dans le même terrain et dans des condi- 
tions identiques, de sorte que, dans deux planches 
contiguës plantées avec la même variété de plante 
il pourra se faire que l'une présente de nombreux 
accidents, tandis que l’autre n’en présentera pas 
un seul. D'où il résulte que, de ce que sur certaines 
plantes qu’on cultive on n’obtient pas de modifica- 
tions on n’est pasen droit d'en conclure que ces 
modifications sont ‘impossibles. Tous ces faits sont 
complexes, et dépendent de causes qui nous sont 
inconnues. 


fr 
! 
{ 
Î 


14 


| 


| 


| 


Î 


ht mt mm 


nhemies EE 


NOTES. 74 


Il en est de même des quantités: ainsi, dans cer- 
tains cas, on pourra parfois, a’un très-petit nombre 
de plantes, obtenir des modifications ou des trans- 
formations relativement considérables, tandis que 
dans d’autres, et sur des milliers d'individus, on 
pourra n’obtenir aucun changement appréciable. 

Tous ces faits démontrent, ainsi que nons l’avons 
déjà dit (note 33), que chaque graine est une in- 
dividualité particulière, qui, bien que provenant des 
mêmes parents que d’autres avec lesquelles elle 
était, peut présenter des caractères différents, non- 

eulement de celles-ci, mais même de leur mère 
commune. Elle est parente, à des degrés plus ou 
moins rapprochés, mais elle n’est pas eux. 

Mais, d’une autre part, qu’arriverait-il si chacun 
ne croyait que ce qu'il a constaté? Qu’on pourrait 
nier à peu près tout, car, ce qu’on à vu, un autre 
ne l’a parfois jamais observé, et certains faits très- 
communs pour l’un sont souvent complétement in- 
connus à d’autres. Ainsi, par exemple, le Podoearpus 
Koraiana, produisant des branches verticillées et 
des feuilles distiques, est un fait que peut-être seul, 
jusqu’à ce jour, nous avons constaté. Malgré cela 
on ne peut le nier. Ilen est de même de beaucoup 
d’autres accidents ; ainsi , il est tel Rosiériste qui a 
cultivé par milliers des Rosiers Baronne Prévost 
sans jamais avoir remarqué la moindre variation ; 
pourtant il n’est pas en droit de nier que certains 
de ses confrères ont obtenu de ce Rosier quelques 


accidents, Ce que nons avons dit du P. Koraiana,. 


ce que nous disons des Rosiers, nous pouvons le dire 
d’un trés-grand nombre de végétaux, soit ligneux, soit 
herbacés, ce qui, du reste, ressort clairement de 
Fénoncé des faits de dimorphisme dont nous don- 
nons l’'énumération. Ceux-ci, pour la plupart, sor- 
tent de plantes cultivées en grande quantité par 
beaucoup d’horticulteurs qui n’ont jamais eu l’occa- 
sion de les remarquer. Pourtant ils ne peuvent les 
nier. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de dire qu’ils 
n'ont jamais vu ces faits. 


Note 38. — Four expliquer toutes ces variations, 
on a cherchc à faire rentrer le phénomène qui les pro- 
duit dans la formule ordinaire, qui, si elle n’explique 
rien, à au moins cet avantage qu’elle tient lieu de 
toute explication; on a dit, par exemple, qu’elles 
sont dues à des fécondations faites entre diverses 
variétés. Mais il suffit d’y réfléchir pour se con- 
vaincre que cette hypothèse est tout à fait gratuite; 
car, une tige de Haricot étant le fait d’un seul ovule, 
dès l’instant où elle produit des fruits de forme, 
de couleur et de qualités diverses, et de plus que 
cette tige est volubile bien qu’elle provienne d’une 
plante non volubile, il faudrait admettre que cet 
ovule a été tout à la fois fecondé par plusieurs 
grains de pollen appartenant à des variétés très- 
diverses, qui présentent des qualités et des carac- 
tères les plus opposés. Mais encore ici le fait n’est 

“guère admissible, car dans les Haricots de même 
que dans la plupart des légumineuses la fécondation 
directe (voir pag. 19), seule, est à peu près possible 
(Il est même plus que probable que la fécondation est 
anteflorale.) 

— Pour vouloir expliquer un phénomène inexplica- 
ble on est obligé d'admettre comme vraies des hypo- 
thèses que la raison condamne, et qui sont en 
même temps contraires à certaines lois scientfi- 
ques admises. 


Note 39.— Les faits, soit de dimorphisme, soit 
de dichroïsme, que présentent les Pommes de terre 
nous démontrent que leur cause d’apparitiôn n’est 
pas due, ainsi qu'on le croit généralement à des 
croisements, c’est-à-dire aux fécondations des fleurs, 
puisque la fécondation ne peut agir que sur les 
graines, et que ce n’est que très-rarement et pour 
ainsi dire exceptionnellement qu'on multiplie les 
Pommes de terre par ce procédé, bien que ce soit 
par centaines qu’on compte les variétés, Mais il ya 
plus, et il arrive parfois que les rameaux aériens, 
lorsqu'on les bouture, produisent des variétés diflé- 
rentes de celles de pieds dont ils proviennent. Du 
reste les variétés nombreuses de certaines plantes 


qu'on cultive, provenant d'espèces qui ne donnent 
jamais de graines prouvent, surabondamment que, 
en dehors de la fécondation, il y à d’autres causes 
qui poussent à la diversité. 

Note 40. — On nomme broussin la réunion de 
nombreux petits bourgeons qui naissent soit sur 
des tiges, soit sur de grosses branches d’arbres où 
ils constituent des aggloméra tions parfois considéra 
bles que de loin on pourrait prendre pour des Guis. 
Ces productions, qui prennent rarement un grand 


développement, conservent leurs caractères particu- 


hiers, de sorte que, si on les multiplie, elles forment 
des plantes buissonneuses, souvent très-différentes 
de celles sur lesquelles elles se sont montrées. Dans 
certains cas, cependant ces plantes peuvent acqué- 
rir de plus grandes dimensions, et. bien qu’en con- 
servant leurs caractères particuliers et constituant 
des formes bien distinctes, elles peuvent, par leurs 
propriétés spéciales, rendre d'importants services. 


Note #1.— Bien que, à l'exemple detous les bota- 
nistes, nous considérions ici le Robinia hispida 
comme type, nous n’oserions garantir que c’est uue 
espèce ; nous pensons même le contraire, Nous 
appuyons nos doutes, d’abord sur ce fait que nulle 
part on ne la encore rencontré, si ce n’est cultivé, 
et, d’une autre part encore, que, partout en Europe, 
où cette plante est très-fréquemment cultivée pour 
Pornement, de même qu'en Amérique où elle est 
très-employée au même usage, elle ne donne jamais 
de graines. 


Note 42. — Nous pouvons, afin de nous repré- 
senter le double effet (l'effet lent et l'effet brusque) 
sous lequel se montre le dimorphisme, supposer 
une horloge à secondes dont on ne verrait que le 
cadran. Dans ce cas l'effet continu, mais lent,nous 
serait représenté par le balancier, qui, bien que- 
nous ne le voyions pas,ne s’arrête cependant ja- 
mais, et l'effet brusque ou intermittent, par cha- 
que saut que feraient les aiguilles, saut qui est 
la résultante d’une action incessante tellement 
lente, qu’elle n’est point appréciable à nos sens, 
et qui ne se manifeste d’une manière sensible 
que lorsqu'il y a une certainequantité de force 
acumulée. ; 


Note 43. — Cette hypothèse, loin d’être con- 
traire aux règles soit de la physiologie, soit de 
la pratique, ÿ est conforme; elle s'appuie sur 
ce fait que, aucune partie d’un végétal quelconque 
ne pouvant être exactement semblable à aucune 
autre, mais que possédant, au contraire, ses pro 
priétés particulières, il peut en résulter que, bien 
qu'on ait pris, soit des boutures, soit des greffons 
sur un même individu, on pourra parfois, de ces 


parties, obtenir des individus qui présenteront 


des caractères différents de celui dont ils sortent 
(Le Cerisier anglais et certains autres arbres 
fruitiers dont nous avons parlé en fournissent des 
exemples). Nous ne sommes même pas éloigné de 


croire qu'un certain nombre de nos variétés d'arbres 


fruitiers n’ont pas d'autre origine; cela paraît d’au- 
tant plus probable que jamais, ou presque jamais, on 
ne conserve les arbres types; que presque toujours, 
au contraire, on prend les parties à multiplier sur 
des individus de %, de 8° génération, 1 parfois 
même plus, qui ont été placés dans des milieux 
très-différents, où, à leur tour, ils ont pu acquérir 
des qualités spéciales. Or, comme nous savons 
que toutes les propriétés que possède un végétal 
sont susceptibles de pouvoir se transmettre, il peut 
en résulter qu’au bout d’un certain temps on puisse 
parfois trouver sous un même nom des arbres 
fruitiers différant les uns des autres, bien qu'origi- 
nairement ils proviennent d’un même arbre. Pour 
le Pêcher le fait ne nous paraît pas douteux. Nous 
pourrions même l’appuyer par des exemples. Ainsi, 
cette année, sur un Pêcher à grandes fleurs roses 

4 Le mot génération dont nous nous servons ici doit 
être pris comme indiquant un sujet ou une série de sujets 
provenant d’une partie qui avait été prise sur un individu qui 
lui-même provenait d’un autre que le pied mère, Pour nous 
faire comprendre, supposons une plante-mère À de laquelle 


——— 


re mm 


* 


TRES TE Ne 7 Ed ee 3 Eu à 
ee RE ann IT CP EP SES eRRRF NS MER ES ms ge 


ares 


re ie 5 


72 NOTES. 


très-foncé, nous avons trouvé des fleurs rose”carné 
très pâles et d’autres presque blanches. Sur le même 
arbre il Y avait aussi des branches dont toutes les 
fleurs étaient mouchetées absolument comme le sont 
celles de la variété de Rosier qu’on nomme Reine 
à fleurs panachées. | 

Si l’on réfléchit, qu'une modificatien externe est 
toujours la conséquence d’une modification interne, 
et que d’autre part, chaque œil, chaque bourgeon 
peut être considéré comme un végétal qui a ses 
caractères propres, on, comprendra facilement come, 
ment, dans certains cas, en prenant des bour- 
geons sur un même arbre on peut obtenir des ré- 
sultats différents. Le. 

Toutes ces modifications, parfois si. profondes, 
qui se montrent sur des végétaux qui ont été pro- 
duits par bouture, par couchage, par greffe, etc., 
en un mot par division de leurs parties, démontrent 
de la manière la plus nette que l’idée qu’on à géné- 
ralement que, par ces procédés, on multiplie indé- 
finiment le même individu avec ses particularités, 
n’est vraie, non plus, que relativement, et qu’en 
ceci comme en toute autre chose la nature ne se 
prête pas servilement à nos combinaisons pour justi- 
fier nos théories. Si parfois nous le croyons, c’est 
parce que nous ne voyons jamais au delà d’un cer- 
tain horizon qui limite et indique la mesure de 
nos connaissances, parfois même celle de notre in- 
térèt, mais presque toujours celle de notre amour- 
propre. 


Note 44%. — Comme preuve de ce fait, que 
les plantes peuvent conserver, acquérir ou même 
perdre certaines propriétés particulières en rapport 
avec le milieu dans lequel elles vivent, nous pou- 
vons citer d’abord l’Epine-Vinette à feuilles pourpres, 
qui dans les terres fortes, argileuses, là surtout où 
l'air est vif, conserve ses feuilles rouge foncé et se 
reproduit à peu près telle par ses graines, tandis 
q'uà Paris, au Muséum, par exemple. dans des ter- 


on a détaché une branche avec laquelle on a fait un individu 


B; c'est la première génération. Si nous supposons encore que 
de ce dernier on a pris une branche dont on a fait un indi- 
vidu C, nous aurons, dans celui-ci, un exemple de deuxième 
génération, 


rains Calcaires et secs, non-seulement cette variété 
ne se reproduit pas par graines, mais elle en 
conserve même pas ses caractères; la couleur 
rouge va Constamment en diminuant de sorte, qu’en 
quelques années cette plante a repris les carac- 
tères du type ; elle est revenue à feuilles vertes. 

.Nous pourrions encore, à l'appui de notre dire: 
citer la plupart de nos plantes potagères dont il 
faut renouveler si souvent les graines, en les ti- 
rant des localités ou elles conservent les qualités qui 
les font rechercher. | 

Le Hêtre à feuilles pourpres présente, au point. 
de vue de Sa multiplication par graines, un fait ana- 
logue à celui que nous venons de rapporter. Ainsi, 
à Ris-Orangis, où cette variété vient pourtant très- 
bien, où ses feuilles sont d’un pourpre très-foncé, 
presque noir, les graines qu’on y récolte ne don- 
nent néanmoins que très-rarement et pour aïnsi 
dire exceptionnellement (parfois 4 à 8 pour 100} | 
de plantes à feuilles pourpres, tandisque les graines. | 
de cette même variété récoltées dans différents: 
endroîts, notamment à Mortefontaine, donnent 
50, parfois 75 pour 100 d'individus à feuilles. 
pourpres. 

Note 45. — Nous avons dit ailleurs (Note 1), 
que les faits soit de dimorphisme, soit de dichroïsme: 
pourraient être partagés en deux catégories : ceux qui 
se manifestestent brusquement et ceux dont l’appa- 
rition est lente. Le Viola Rothomagensis pallidæ 
rentre dans cette dernière catégorie, Voici le fait: 

En 1863 nous avons fait venir des coteaux de 
Vernon, un certain nombre de pieds de Viola Rotho- 
magensis. Plantés au Muséum ils conservèrent à peu 
près tous leurs caractères sauf toutefois la villosité 
qui disparut en grande partie dès la première année. 
Pendant cette année 1863 et toute l’année 1864, 
ils donnèrent abondamment des fleurs bleues. Dans 
l'hiver de 4864 à 1865 tous les pieds, excepté un, 
périrent, le pied qui resta, au lieu de se couvrir 
de fleurs d’un beau bleu ainsi qu'il avait fait 
les deux années précédentes, produisit des fleurs 
presque blanches. Cette couleur se maïntiendra- 
t-elle? Ily aura-til formation d’une race jardi- 
nique? C’est ce que l'avenir nous apprendra. 


MONTEREAU. —— IMPRIMERIE DE L. ZANOTE, 


OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 


QUI SE TROUVENT À LA LIBRAIRIE ASRICOLE. DE LA MAISON RUSTIQUE 


TRAITÉ DES PÉPINIÈRES 


In-18 accompagné de 39 figures explicatives intercalées. dans le texte, Deuxième 
édUOone : PE ET DU Re Er re te Me Mt PR PS le 


GUIDE DU JARDINIER MULTIPLICATEUR 
Ou Art de propager les Végétaux par semis, boutures, greffes, etc. In-18 de 
272 pages 3 fe, 50 
La deuxième édition revue, corrigée et considérablement augmentée, avec un 
grand nombre de gravures, est sous presse. 


TRAITÉ GÉNÉRAL DES CONIFÈRES 


Ouvrage honoré d’une -médaille d’or par la Société impériale et centrale d'Hor- 
ticulture de la Seine, et d’une médaille de vermeil par la Société impériale et 
ceütrale d'Horticulture de la Seine-Inférieure. 1 vol. in-8 de 600 pages. Epuisé. 


LES HOMMES ET LES CHOSES 


Où Vavenir par le passé. 1 volume grand in-8 de 416 pages 


ENTRETIENS FAMILIERS SUR L'HORTICULTURE 
Ouvrage honoré d’une: médaille d’or par la Société impériale et centrale d'Horti- 
culture. de la Seine. 4 volume in-18 de 396 pagesg. .. 3 fr. 50 


CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ESPÈCE 


Brochure grand in-8. Epuisé. 


NOMENCLATURE DES PÊCHES ET DES BRUGNONS 


Brochure in-8 
Yn-18 de 558 pages 


Brochure grand in-8 


LA VIGNE 


. 4 Volume in-19 de 380 pages et 120 gravures : 


Montereau, —— Imprimerie de L. ZANOTE. 


7 


1 a,